Les principes de la chirologie
(Charlotte Wolff)
Une corrélation entre la main et le caractère était déjà connue dans l'antiquité (Anaxagore, Aristote); elle fut étudiée au XVIe siècle (Paracelse, Gallien) et au XIXe siècle (Carus, D'Arpentigny). De nombreux ouvrages chirologiques ont été publiés plus récemment, mais les auteurs ne se sont pas détachés d'un certain mélange de chirologie et d'occultisme et ont gardé une conception et une terminologie empruntées a l'astrologie. La superstition qui s'attache à l'étude de la main a probablement empêché les médecins et les psychologues modernes de s'occuper méthodiquement de chirologie; il y a donc sur ce sujet très peu d'ouvrages vraiment scientifiques.
Main (grandeur nature) du Singe Capucin de 3 ans (Zoo de Londres). Remarquer la ressemblance des doigts et du pouce avec la main humaine, plus accentuée que la ressemblance avec la main des Anthropoïdes.
Dans son Essai sur la psychologie de la main (1909), Vaschide traite le problème de l'interprétation de la main en l'abordant de tous les côtés possibles - c'est-à-dire par l'anatomie, la physiologie, la médecine, l'anthropologie, la pathologie et la psychologie. Vaschide examine en outre le canon artistique de la main et étudie la main dans les uvres d'art. C'est, à notre connaissance, l'ouvrage le plus complet et le plus profond sur le sujet qui nous intéresse ici.
Main d'un Orang-outan de Bornéo, 10 ans : paume longue; pouce très petit; les plis longitudinaux de la paume l'emportent sur les transversaux.
E. Kretschmer (Tübingen) a inclu la main dans ses études anthropométriques (Körperbau und Charakter). Il a décelé un rapport entre la forme de la main et quelques maladies mentales. Des recherches analogues, poursuivies en Amérique par Raphaël, Ferguson Saerle (Constitutional factors of schizophrenia) et par N. D. Lewis (Pathology of manioc-depressive reactions, Pathologie des réactions de la cyclothymie) confirment dans les grandes lignes les résultats obtenus par Kretschmer à savoir que la cyclothymie est en corrélation avec une main assez longue et volumineuse et la schizophrénie avec une main trop petite, étroite et plate. E. Wilson a pris pour sujet de thèse de Master of Art à la Columbia University de New York : Mental abnormality as related to hand-markings (Anomalie mentale en corrélation avec des signes dans la main). Cependant, les recherches des Américains, tout intéressantes qu'elles soient par la manière dont elles posent le problème et par la méthode d'investigation, se basent sur un trop petit nombre de cas pour avoir une valeur scientifique véritable.
Main d'un jeune Chimpanzé, 3 ans et 1/2. Plus semblable à la main humaine que celle de l'Orang-outan; doigts plus droits; petitesse du pouce et du 2ème doigt; clarté de la composition linéaire; les plis palmaires sont de préférence transversaux et vont d'un bord à l'autre de la main.
Définition et base de la chirologie
La chirologie étudie des corrélations entre la main et certaines tendances physiques, psychiques et mentales. Il est nécessaire d'examiner des centaines de cas si l'on veut établir avec certitude ces corrélations. Pour aborder un pareil travail, il faut avoir une base théorique, qui corresponde à toutes les exigences scientifiques.
La main et le cerveau
Abordons le problème du côté physiologique. L'aire corticale de la main est située dans l'hémisphère gauche autour de la fissure de Rolando. Cette aire est particulièrement étendue et suit immédiatement l'aire faciale. Cette situation révèle l'importance de la main comme guide d'orientation de l'homme en ce qui concerne le monde extérieur et son corps propre. Wood Jones, l'anatomiste anglais, écrit dans son livre sur les principes de l'anatomie vus dans la main (The principles of analomy as seen in the hand, p. 242) : " Nous pouvons dire que la main n'occupe pas seulement une partie extraordinairement étendue de la région corticale, mais qu'elle a encore une influence directrice sur la représentation corticale d'autres parties du corps. " L'aire corticale autour de la fissure de Rolando nous renseigne beaucoup sur le développement phylogénétique de l'homme. L'aire faciale, qui représente l'espace buccal, est la plus ancienne.
Main d'un vieux Chimpanzé, 8 ans : toute différente de celle d'un Chimpanzé jeune; lignes nombreuses; prédominance de la direction longitudinale des lignes.
C'est ainsi que les représentations du sens olfactif peuvent être considérées comme les plus primitives. L'animal primitif reçoit ses impressions du monde extérieur à travers le sens olfactif, le nez étant son test du monde. L'animal primitif arboricole se renseigne sur le monde extérieur par ses yeux et ses mains. C'est ainsi que le sens visuel et le sens du toucher, ce dernier représenté par la main, sont devenus les guides de l'orientation chez l'homme.
Main d'un Mongolien : déformation du pouce et du 5ème doigt; extrême brièveté de tous les doigts (insuffisance pituitaire); confusion des lignes; non différenciation des lignes principales et des lignes accessoires.
L'espace manuel suit l'espace buccal dans l'histoire phylogénétique et dans l'histoire individuelle du développement de l'homme. C'est seulement après le 3e mois que la main devient le principal outil d'investigation tactile (H. Wallon, L'enfant turbulent, p. 97). L'enfant conquiert le milieu extérieur en touchant chaque objet avec sa main et c'est par elle que la vie se fraye un chemin vers la conscience. La main est le guide de nos expériences, qui constituent d'une part nos réactions à l'égard de nos sensations physiques et du monde extérieur et d'autre part notre faculté imaginative, car toutes nos images sont empruntées à la réalité. Au moyen des fibres de la paume s'est élaborée depuis des milliers d'années notre connaissance du monde.
Main d'un Mongolien : déformation du pouce et du 5ème doigt; extrême brièveté de tous les doigts (insuffisance pituitaire); confusion des lignes; non différenciation des lignes principales et des lignes accessoires.
La réponse du cerveau aux excitations originelles s'est localisée dans la zone même où elles se produisaient. Cette réponse consiste dans nos réactions nerveuses, émotionnelles et mentales qui, par une répétition régulière, finissent par constituer le caractère. La physiologie des muscles nous révèle que chaque émotion se reflète sur le système des moteurs de la main. Nous connaissons le jeu inconscient des muscles de la paume et des doigts, qui révèle nos émotions malgré nous.
Les éléments physiques du caractère
Le caractère est une unité psycho-physique. Son étude comprend la connaissance des éléments physiques et des réactions individuelles de la personne envers elle-même et envers son entourage. La caractériologie est un travail d'analyse et de synthèse; la chirologie méthodique suit la même ligne. Elle nous renseigne sur le terrain constitutionnel en examinant les tendances physiques avant d'entrer dans l'interprétation des qualités individuelles.
Main d'un enfant arriéré et nerveux, fille de 7 ans, qui souffre de crises comitiales : déformation du 5 ème doigt; désordre et défectuosité des lignes; tenue de la main caractérisant une lésion cérébrale.
On sait que le substrat physique du caractère est situé principalement dans le système endocrinien et nerveux végétatif - et que les nerfs sympathique et vague ont une corrélation spéciale avec l'émotion (H. Wallon, Les origines du caractère chez l'enfant). La main nous renseigne-t-elle sur l'état endocrinien et sur le système nerveux végétatif?
Main et glandes endocrines
L'état des glandes à sécrétion intérieure se révèle par la forme et les proportions de la main et par l'état des ongles. La main trop longue et la main trop petite révèlent un trouble de la glande pituitaire. Pierre Marie décrivait en 1896 le changement des proportions de la main dans cette maladie. Le premier type (main en long) va de pair avec une croissance du corps en hauteur, quand la maladie commence avant l'âge adulte; le second (main petite) avec une croissance en largeur, quand la maladie commence après la puberté. Pierre Marie décrit les doigts de la main petite comme en "forme de saucisson" (voir Sir Davy Rolleston, Tue endocrine glands in health and disease).
Main d'un enfant arriéré et nerveux, fille de 7 ans, qui souffre de crises comitiales : déformation du 5 ème doigt; désordre et défectuosité des lignes; tenue de la main caractérisant une lésion cérébrale.
La main du mongolien
Cette "main petite" de Pierre Marie ressemble beaucoup à la main de l'idiot mongolien, décrite par nombre d'auteurs, qui y voient un symptôme important de la maladie. La main du mongolien est caractérisée par la déformation du pouce et du 5e doigt, qui sont particulièrement petits. Le 5e doigt est recourbé dans la paume et nous avons observé qu'il lui manque, dans un certain nombre de cas, une phalange (5 cas sur 45). La petitesse du pouce fait ressembler la main du mongolien à la main de plusieurs singes.
Aussi le type très caractéristique des lignes de la main du mongolien est-il mentionné même dans des ouvrages scientifiques. Crookshank, décrivant les particularités de ces lignes (Tue mongol in our midst, p. 209) les appelle simianlike, du fait que très souvent une des lignes principales transversales manque on sait que cet arrangement est caractéristique pour beaucoup d'espèces de singes (Macaques, Mangaheys, Cebidae). Les plis de la main simienne vont directement d'un côté de la main à l'autre, caractéristique que nous avons trouvée dans les lignes transversales du mongolien. La main du mongolien est donc un exemple classique de la corrélation existant entre la main et le système endocrinien, exemple reconnu par la médecine. Or, un trouble endocrinien va de pair avec un certain type de caractère et de mentalité.
Main d'un enfant anormal et criminel (hyper-émotivité et instabilité, vols répétés et fugues). Gros troubles endocriniens (infantilisme) : absence d'une transversale (émotivité et dégénérescence) et de la grande longitudianle (ligne de comportement social).
Le trouble physiologique se révèle surtout par la forme de la main; le trouble psychique et mental surtout par les ligues. L'absence d'une des lignes principales indique une émotivité anormale. Cette interprétation se trouve chez tous les chirologues sans exception, et les résultats de nos propres recherches la confirment. Nous avons observé en outre que la composition des lignes de ce type de main donne l'impression d'un manque d'ordre. Les lignes sont nombreuses, irrégulières et il n'y a pas de différence visible entre les lignes principales et les lignes accessoires. Ce phénomène n'a pas été décrit. D'après nos recherches statistiques dans des dispensaires de Paris et de Londres, l'abondance et la confusion des lignes vont de pair avec la déficience mentale.
Main d'un enfant anormal et criminel (hyper-émotivité et instabilité, vols répétés et fugues). Gros troubles endocriniens (infantilisme) : absence d'une transversale (émotivité et dégénérescence) et de la grande longitudianle (ligne de comportement social).
Il est étonnant que l'évidence d'un rapport entre la main et un trouble endocrinien, psychique et mental, comme le mongolisme le représente, n'ait pas amené les médecins et les psychologues à étudier méthodiquement la main dans d'autres cas d'anomalies.
La main et le thyroïdisme
D'autres troubles endocriniens sont aussi en rapport avec un type spécial de la main. L'hypothyroïdisme va de pair avec une main petite, large, molle et blanche. Les éminences de la. paume sont très prononcées; les ongles, larges et petits, n'ont pas de lunules; les lignes sont peu nombreuses, larges et profondes. L'hyperthyroïdisme s'annonce par un type opposé : main longue et mince, doigts maigres, ongles longs avec de grandes lunules.
Main d'un psychologue : force du pouce; doigts rectilignes; différenciation entre les lignes accessoires et principales; équilibre de l'ensemble.
C'est le métabolisme caractéristique de ce trouble endocrinien qui se révèle par la croissance accélérée de l'ongle : la cornification de la partie inférieure (lunule) reste incomplète et transparente. Les lignes de ce type de main sont nombreuses, fines et souvent superficielles. La largeur et la profondeur des lignes sont en rapport avec une certaine immobilité psychique, qui trouve sa compensation dans des décharges émotionnelles subites et violentes. La finesse et la superficialité des lignes sont en rapport avec de la vivacité psychique et mentale, mais avec un manque de profondeur et de concentration. Ces interprétations du caractère correspondent aux observations caractériologiques des deux types thyroïdiens. Le cadre de ce travail exige que nous nous limitions à ces exemples.
La main et le système nerveux
L'état du système nerveux végétatif est indiqué par les qualités physiques de la main température. humidité, couleur. La vagotonie par exemple se révèle par des ongles moitié blancs moitié rouges (spasme vasculaire, caractéristique de la vagotonie) et par la froideur et l'humidité de la main.
Main de femme (combinaison de l'éducation artistique et scientifique) : équilibre linéaire; force du pouce; finesse des lignes accessoires (impressionnabilité, tendance aux phobies).
Le fait que d'autres tendances physiques sont aussi en rapport avec la main, spécialement avec les doigts, trouve peut-être une explication dans la réflexion suivante : Le neurologue anglais Head a montré que le pouce et l'index sont affectés quand le nerf facial est paralysé par une lésion cérébrale (Wood Jones). Une corrélation analogue existe d'après Head entre le pied et le 5e doigt, ce dernier étant atteint quand le pied est affecté par une lésion cérébrale. Wood Jones en conclut que l'aire corticale tout entière est largement occupée par la sensibilité respective de chaque doigt. La représentation corticale de la sensibilité de la main serait distribuée selon la séquence des cinq doigts. de bas en haut. Chaque partie du corps correspondrait successivement à un des doigts à travers le système nerveux sensible.
La forme et les qualités des ongles, sont aussi significatives de l'état de la santé. Ils nous renseignent spécialement sur les appareils circulatoire, nerveux et digestif et sur l'état des sels minéraux.
Empreinte de la main de Bernard Shaw : doigts rectilignes; force et largeur de la paume; équilibre des lignes; zone imaginative spécialement accusée.
La main et les activités naturelles
La forme de la main nous renseigne sur le terrain constitutionnel, mais aussi sur les activités naturelles et professionnelles et sur les dons innés de la personne. Elle indique si l'intérêt naturel est situé dans une vie imaginative, artistique et intellectuelle ou dans les activités pratiques.
Zones de la main
Pour faire comprendre la corrélation entre la main et le champ des activités naturelles, nous avons divisé la paume, doigts inclus, en trois zones verticales. La 1re comprend le bord médian de la main et la partie qui appartient au pouce (c'est le thénar) et à l'index. La 2e zone est représentée par le bord latéral et la région de la paume qui appartient au 5e doigt et à la partie latérale du 4e. La 3e zone occupe le milieu de la main, le 3e doigt et la partie médiane du 4e.
Le pouce et l'index sont les doigts spéciaux de l'orientation. C'est par eux de préférence que la connaissance du monde se fraye un chemin vers le cerveau. La connaissance de l'entourage développe la conscience et le sentiment de la position du soi dans le monde. Il est probable que la zone du pouce et de l'index est en rapport avec le moi et la conscience. Le pouce indique la force de la volonté, l'index le sens de la réalité et le pouvoir de s'imposer à elle. La zone latérale, opposée à la première, représente probablement des activités opposées : la vie imaginative et subconsciente. La zone du milieu correspond probablement au comportement social.
Main d'un enfant de 10 ans, nerveux, débile, à tendance paranoïaque : 1° pouce mince, introversé dans la paume (manque de vitalité, de volonté, de défense, hypertension psychique); 2° lignes fines, superficielles, défectueuses (terrain nerveux); 3° brièveté de la première transversale, allongement du bord extérieur, relief de l'hypothénar, importance de la zone imaginative, couverte de petites lignes transversales (tendance aux phobies)
La prépondérance d'une zone sur les autres nous renseigne sur le champ des activités naturelles. Lorsque la première zone (zone du pouce et de l'index) est la plus fortement accusée, elle indique le goût de l'activité pratique, le besoin des satisfactions matérielles. Si la zone latérale est prédominante, le sujet a une tendance vers l'art ou vers une vie imaginative. Quand la zone du milieu est prépondérante, la concentration des forces se fait sur le comportement social. La déficience ou l'absence de la ligne longitudinale, qui en est l'axe, révèle l'absence du sens social.
L'activité physique et, spécialement, les dons pour les sports sont annoncés par le développement musculaire du thénar (éminence autour du pouce) et de la partie médiane du bord extérieur de la main.
Les capacités techniques et artistiques se révèlent principalement par la forme des doigts, mais aussi par la composition des lignes.
Main d'un enfant de 10 ans, nerveux, débile, à tendance paranoïaque : 1° pouce mince, introversé dans la paume (manque de vitalité, de volonté, de défense, hypertension psychique); 2° lignes fines, superficielles, défectueuses (terrain nerveux); 3° brièveté de la première transversale, allongement du bord extérieur, relief de l'hypothénar, importance de la zone imaginative, couverte de petites lignes transversales (tendance aux phobies)
Main, caractère et mentalité
L'aspect général des lignes est déjà significatif pour la structure de la mentalité et du caractère. Une personne psychiquement et mentalement équilibrée possède une main dont les quatre lignes principales se distinguent, par leur profondeur, des lignes accessoires. Toute la composition linéaire donne l'impression de l'équilibre.
Les quatre lignes principales forment la trame de la paume : la demi-circulaire borde le thénar. - La première transversale (comme je propose de nommer cette ligne, connue dans la chirologie traditionnelle sous le nom de ligne de tête) jaillit de la même source, sinon tout près de la demi-circulaire; elle s'étend dans la paume, du bord médian vers le bord latéral. - La seconde transversale se dirige dans le sens opposé à la précédente; elle jaillit du bord extérieur et débouche le plus souvent entre l'index et le médius. - Une grande ligne longitudinale, que je propose de nommer la grande longitudinale, forme l'axe central de la main.
La signification des lignes
Ces lignes ont-elles chacune une signification spécifique? La demi-circulaire a un rapport avec la force vitale, ce qui peut être expliqué physiologiquement; les éminences de la paume, spécialement le thénar, sont bien accusées chez les gens forts et physiquement actifs. Cette demi-circulaire est une ligne de démarcation, qui se développe, le plus souvent, en correspondance avec l'état musculaire du thénar.
La première transversale a probablement un rapport avec la mentalité. Il n'y a pas d'autre preuve ici que la statistique. E. Wilson a trouvé que 50 gens normaux montraient 30 fois une position normale de cette ligne; 50 malades cycloïdiques montraient seulement 7 fois une position normale de cette ligne; 50 schizophrènes, seulement 10 fois. Elle a observé en outre que les anormaux montrent des signes défectifs dans la première transversale, ruptures de la ligne, îles, croix, plus souvent que les normaux. Evidemment, le nombre des cas examinés est trop petit pour en tirer des conclusions valables.
Mais nos propres recherches, faites sur un matériel de 350 cas d'enfants arriérés et imbéciles, confirment dans l'ensemble les conclusions de E. Wilson : la première transversale était anormale dans 335 cas. Les anomalies concernaient la longueur, la largeur, la position, la direction, les signes défectifs ou l'absence de la ligne.
Nous n'avons pas trouvé jusqu'ici de preuve statistique que la seconde transversale ait une corrélation spécifique avec les émotions, comme les chirologues le prétendent. Quant à la grande longitudinale, elle a probablement, nous l'avons dit, un rapport avec le comportement social. Elle subit des changements plus souvent que les autres lignes principales avec l'âge et elle est déficiente ou elle manque entièrement dans les paumes des gens socialement désordonnés. La composition générale des lignes renseigne cependant plus sur la mentalité et le caractère que l'interprétation de chaque ligne.
La main des anormaux
Les résultats principaux de nos recherches statistiques, dans quelques dispensaires et asiles pour enfants retardés et anormaux à Paris et à Londres, sont les suivants : l'abondance des lignes et leur manque d'ordre sont en rapport avec une déficience mentale. Une différence entre lignes principales et lignes accessoires manque. La largeur et la profondeur ou la finesse et la superficialité des lignes, dans un arrangement confus, indiquent d'autres troubles qui accompagnent la déficience mentale. La largeur et la profondeur très accusées signalent de l'émotivité; la finesse et la superficialité indiquent les troubles nerveux. L'absence d'une des lignes principales est en rapport avec un grave déséquilibre émotionnel ou social.
Des lignes peu nombreuses dans la paume révèlent un manque d'impressionnabilité. Si ce symptôme est combiné avec des signes morphologiques qui indiquent de la violence (pouce en bille et ongles très larges et petits) des impulsions criminelles sont à craindre.
Beaucoup de lignes sur le bord extérieur d'une main imaginative, caractérisée par la zone latérale allongée et l'hypothénar en relief (l'hypothénar est l'éminence opposée au thénar) révèlent une disposition aux phobies, surtout si les lignes sont superficielles et en grand nombre.
La main des Chimpanzés
La mentalité et le caractère sont en rapport avec la main non seulement chez l'homme mais aussi chez le Chimpanzé. Nous avons étudié la forme et les lignes des extrémités de 12 Chimpanzés du Jardin zoologique de Londres. L'arrangement des lignes des mains et des pieds change avec l'âge. Le jeune Chimpanzé possède une composition des lignes de la main plus claire et plus proche de l'homme normal que le vieux. C'est un fait connu que les Chimpanzés perdent de leur intelligence en vieillissant, à partir du moment où ils sont sous la domination de leurs émotions sexuelles.
Un seul vieux Chimpanzé faisait exception à cette règle: il avait gardé les compositions des lignes de la main du type juvénile, tandis que ses lignes de pied correspondaient à l'âge. L'intelligence exceptionnelle de cet Anthropoïde, Peter, qui est le plus proche de l'homme parmi tous les Chimpanzés du Jardin zoologique de Londres, s'explique peut-être par un retard de son développement émotionnel.
Le sens du toucher n'est pas distribué de la même façon dans la main des Anthropoïdes et dans la main de l'homme. Nous trouvons dans la paume des Orang-Outans les gouttes d'eau (corpuscules de Paccini en grande quantité) dans le milieu de la main. Chez l'homme elles sont principalement situées sur les phalanges terminales des doigts et sur les éminences à la naissance des doigts.
Des recherches chirologiques étendues sur les singes peuvent apporter de nouveaux éléments à la question de l'évolution. Des recherches de cet ordre ont été déjà commencées au XIXe siècle, par Alix, Manouvrier, Huxley et d'autres.
Nous avons étudié la forme et les dermatoglyphes des mains et des pieds des représentants les plus importants parmi les singes du vieux et du nouveau Monde dans le Jardin zoologique de Londres. Ces études pourraient apporter un nouvel argument en faveur de la théorie qui donne pour ancêtre à l'homme non pas un Anthropoïde mais une espèce de singe beaucoup plus primitive.
Applications pratiques de la chirologie
La chirologie méthodique a un domaine d'applications très large. Elle peut renseigner le médecin sur le terrain constitutionnel, sur la force ou la faiblesse vitale. De plus, elle peut attirer son attention sur quelques tendances maladives des organes, spécialement du système endocrinien.
Mais le domaine propre de la chirologie est la psychologie. L'interprétation de la main renseigne beaucoup, en un minimum de temps, sur la structure de la mentalité et du caractère. Le psychologue a besoin de beaucoup de temps pour connaître les causes des troubles psychiques. Il est si souvent à la merci des récits d'un tiers que son jugement manque parfois d'objectivité. L'observation indirecte est une source d'erreurs, en particulier pour la connaissance du caractère. Il est très possible d'établir une caractériologie d'après la main. Ainsi la chirologie .fournirait à la psychologie un test objectif du caractère.
La connaissance de la structure psychique et l'indication du terrain des psychopathies peuvent compléter les données de la psychanalyse. La chirologie aiderait le psychanalyste au point de vue diagnostique. Elle ne remplacerait jamais un procédé thérapeutique, qui se base sur des lois avec lesquelles les constatations chirologiques n'ont rien à faire.
La chirologie peut rendre service à la pédagogie et à l'orientation professionnelle. La connaissance des activités naturelles et du caractère peuvent donner des indications au pédagogue. La chirologie a aussi une valeur thérapeutique en signalant la possibilité de compensations pour les troubles psychiques et mentaux Les parents et même les pédagogues ne savent souvent pas par quel moyen on peut rendre la vie d'un anormal ou d'un arriéré un peu utile et agréable. La connaissance des intérêts et des dons innés, souvent cachés indiquerait le chemin d'une activité compensatoire.
La chirologie représente ainsi un test du caractère et de la mentalité qui peut apporter un tribut nouveau à la connaissance de l'homme.