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La période ascensionnelle

La personnalité

Rôle de la constitution dans l'étiologie de la psychose

(Eugène Minkowski)

La constitution n'est évidemment pas la psychose. Un individu peut rester sa vie durant schizoïde sans devenir schizophrène. La constitution n'épuise point ainsi l'étiologie de la psychose. Par elle-même, elle n'indique qu'une vulnérabilité particulière de l'individu. Pour la schizophrénie plus particulièrement, avec sa tendance à l'évolution progressive, il semble bien qu'il faille admettre l'intervention d'un facteur nocif susceptible de transformer la schizoïdie en processus morbide sous forme de schizophrénie évolutive. Ce facteur est encore inconnu; mais quelle qu'en soit la nature, c'est lui qui déclenche la maladie, la schizoïdie déterminant seulement la forme particulière sous laquelle se manifestera cette maladie.

C'est ainsi que la constitution peut expliquer aussi l'apparition des symptômes de nature schizophrénique ou de nature maniaco-dépressive au cours d'une maladie bien déterminée par ailleurs comme la paralysie générale.

D'autre part, la constitution interviendra également lorsqu'il s'agira de préciser le rôle déterminant de chocs émotifs, de conflits, de facteurs d'ordre moral. Ici cependant le problème se complique du fait qu'il peut être question non seulement d'une plus ou moins grande réceptivité pour des facteurs de cet ordre, mais encore de ce que la constitution, selon ses caractères, contribue elle-même, dans l'interaction de l'individu avec l'ambiance, à créer des conflits ainsi qu'elle permet de les "digérer" plus ou moins facilement lorsqu'ils se sont produits. Les conflits ne sont point des données fixes, venant du dehors; ils naissent en fonction des particularités du sujet. Le rapport de cause à effet, à la suite de cette intrication inévitable, est encore plus difficile à établir ici que dans le domaine organique, et les conflits ne peuvent point être considérés directement comme causes efficientes.

Rôles différents des facteurs schizoïde et syntone

Du point de vue psychopathologique, le passage de la schizoïdie à la schizophrénie et de la syntonie aux accès de la psychose maniaco-dépressive ne se ramène pas non plus a un simple plus ou moins, comme cela a lieu pour les dispositions affectives-actives dans le système de Delmas et Boll. Les mécanismes seront plus complexes. La schizophrénie pourra encore à la rigueur être considérée comme une exagération de la schizoïdie, la maladie accentuant de plus en plus les mécanismes autistiques du sujet; mais il ne sera guère possible de considérer le malade atteint de psychose maniaco-dépressive comme plus syntone que le syntone normal.

La syntonie, en tant que faculté de vibrer a l'unisson avec l'ambiance, donnant la mesure de cette faculté, il ne saurait être question d'une augmentation de celle-ci; d'autre part, sa diminution mène vers la schizoïdie.

C'est donc au sein même de la syntonie que devront se produire des modifications, susceptibles de nous expliquer ce fait qu'au cours de la psychose maniaco-dépressive, le malade continue à rester en contact avec l'ambiance, contrairement au schizophrène, ce contact toutefois étant un contact dégradé par rapport à la syntonie normale. Le contact du maniaque qui répond à toutes les stimulations venant du dehors semble être limité à l'instant présent; il n'atteint point de ce fait la plénitude ni la profondeur propre à la syntonie, qui implique nécessairement de la durée vécue. Il en est de même du déprimé dont la vie mentale, et plus particulièrement le délire, traduisent un rétrécissement de la faculté de s'épanouir et de se déployer dans le temps. Ainsi s'avère a nouveau le rôle différent et asymétrique que les facteurs schizoïde et syntone remplissent dans la vie.

Le reproche de stérilité, dans le domaine pratique, adressé a la notion de constitution, ne résiste point à un examen plus approfondi de la question. En visant l'interaction constante de l'individu avec l'ambiance, cette notion, dans sa forme moderne, fournit des lignes directrices d'ordre médico-pédagogique. Tout en sachant respecter les limites qu'elle trace elle-même pour chaque individu, elle indique en même temps, dans ces limites, un mode d'action.

C'est que tout individu, selon sa constitution et en suivant la ligne du moindre effort, cherche a prendre de l'ambiance ce qui lui convient le mieux; il décuple ainsi les points faibles de la constitution qui lui est propre. Chez les syntones, il y a donc lieu de développer dès le jeune âge les intérêts impersonnels, susceptibles de les rendre moins dépendants de leur besoin constant de contact avec l'ambiance et de leur donner ainsi un point d'appui plus solide dans la vie, tandis que le schizoïde autiste demande, au contraire, à être orienté vers le monde extérieur et vers une activité pragmatique.

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