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Le travail professionnel

Nature et organisation

(Dagmare Weinberg)

Ce sont les physiciens qui, les premiers, étudient au XVIIème siècle l'aspect psychophysiologique du travail humain. Euler essaie de définir le travail maximum, Lavoisier envisage les relations entre la consommation d'oxygène et le rendement. Coulomb formule les règles â observer dans l'effort physique. Ces tentatives restent isolées. Ce n'est que tout a la fin du XIXème siècle et au début du XXème qu'on voit des recherches systématiques et qui aboutissent à des réalisations. Trois courants se précisent et convergent : ce sont d'abord les efforts d'organisation poursuivis par les ingénieurs qui se préoccupent d'augmenter le rendement de l'ouvrier (Taylor et ses disciples); puis les études des physiologistes sur le moteur humain (Marey, Imbert, Chauveau); enfin, le développement de la psychologie expérimentale qui, après avoir étudié "l'homme", découvre "les hommes" et prend les différences individuelles pour objet des recherches scientifiques (Galton, Catiell, Binet, Ed. Toulouse).

Trois étapes se découpent dans la vie professionnelle d'un être humain : le choix du métier, son apprentissage, son exercice; trois problèmes leur correspondent dans l'ordre de la psychologie appliquée : orientation et sélection professionnelles, organisation de l'apprentissage et rationalisation du travail.

Sélection et orientation professionnelle

Le choix de la profession échappe aux considérations psychologiques tant que l'accès aux métiers reste soumis aux prescriptions sociales rigides : castes dans l'ancienne Egypte et aux Indes; corporations, privilèges au moyen âge. La Révolution de 1789, en décrétant que tous les citoyens, étant égaux aux yeux de la loi " sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents" (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen) fournit les premières conditions qui rendront plus tard l'orientation et la sélection professionnelles possibles. La sélection professionnelle a pour objet de choisir, pour un emploi, les personnes les plus aptes à le remplir; l'orientation professionnelle consiste à diriger une personne vers le métier qui lui convient le mieux.

Fondements psychologiques

Ici et là, mêmes prémices psychologiques qui peuvent être résumées ainsi:

1- dans les mêmes conditions les différents travailleurs n'accusent pas le même degré de réussite professionnelle;

2- les êtres humains différent entre eux par de nombreux caractères psychophysiologiques, dont la plupart sont mesurables par des méthodes précises : notion des différences individuelles; ceux qui sont supérieurs du point de vue de certains caractères ne le sont pas nécessairement d'autres points de vue complexité d'une personnalité humaine;

3- les individus qui possèdent certains caractères ont plus de chance que d'autres de réussir dans un métier: notion d'aptitude professionnelle; les caractères utiles pour la réussite dans un métier diffèrent d'un métier à l'autre: diversité psychologique des métiers.

Différences de réussite professionnelle

Dans une même spécialité, dans le même atelier, la production diffère sensiblement d'un ouvrier à l'autre sans que puisse être mise en cause quelque différence dans les conditions extérieures ou dans la formation antérieure des sujets. De l'ouvrier le moins habile au plus habile la vitesse du travail varie du simple au double ou davantage, parfois du simple au quintuple (Farmer).

D'autre part, l'étude statistique des accidents de travail montre que les accidents ne sont pas accidentels, ou du moins ne le sont pas exclusivement; en présence des mêmes risques objectifs, certains travailleurs se blessent plus souvent que d'autres. Le classement des individus - d'après le nombre de blessures par eux subies pendant un laps de temps - reste relativement constant d'une période à l'autre (Marbe, Greenwood et Woods, Farmer et Chambers).

Enfin, les individus qui accomplissent le même travail n'en retirent pas tous le même degré de satisfaction morale, la même joie ni la même peine (enquêtes de De Mann).

Différences psychologiques entre individus

A côté des différences de réussite professionnelle, on constate, d'une personne à l'autre, des différences psychophysiologiques importantes, ce qui suggère l'idée d'une relation de cause à effet entre celles-ci et celles-là. Ainsi naît et se cristallise la notion d'aptitude; ce terme désigne "tout caractère psychique ou physique considéré sous l'angle du rendement" (Claparède).

Dans un sens plus restreint on entend par aptitude professionnelle tout caractère psychophysiologique, ou tout ensemble de tels caractères, dont la présence favorise le succès professionnel.

De la psychologie des différences individuelles sur laquelle on ne peut s'étendre ici, il convient de rappeler les points suivants: cette étude fait largement appel à la méthode des tests; elle a montré que, des différents caractères psychophysiologiques étudiés, la plupart se répartissent dans une population homogène d'individus selon la loi normale de Gauss "en cloche"; elle a permis d'aborder le problème du rôle respectif de l'hérédité et du milieu dans le développement des caractères psychophysiologiques de l'homme (étude comparative de frères, de jumeaux univitellins et bivitellins, d'orphelins transplantés dans divers milieux) et de mettre en évidence l'existence d'aptitudes innées dont le développement, influençable sans doute par le milieu et l'éducation, se trouve cependant largement déterminé par l'apport héréditaire. On peut en déduire que l'adaptation d'un être humain à la tâche professionnelle ne se réduira pas à un problème d'organisation et d'apprentissage; la sélection et l'orientation professionnelles trouvent leur justification psychologique dans la diversité des aptitudes natives.

Mais le problème capital est celui du degré de parenté ou d'indépendance des aptitudes. En "passant à la limite", on pourrait supposer que, si la présence d'une aptitude prononcée entraînait des supériorités dans tous les autres domaines, seul pourrait subsister le problème de la sélection, mais non celui de l'orientation professionnelle, car un sujet doué pour une activité le serait pour toutes les autres. Malgré de nombreuses recherches suscitées notamment par la théorie du psychologue anglais Spearman (qui affirme la présence, dans chaque caractère psychologique, d'un facteur général commun à toutes les activités - sensorielles, mnésiques, affectives, - et d'un facteur spécifique, propre uniquement à une tâche particulière), le problème du dénombrement des aptitudes et de leurs interrelations est loin d'être clarifié.

Ce qui apparaît comme certain, c'est que tout individu présente en général une physionomie mentale complexe, où des aptitudes voisinent avec des infériorités.

En mesurant chez un même individu un grand nombre de caractères, on les voit se répartir encore selon une loi proche de la normale avec seulement une dispersion un peu moindre que celle qu'on rencontre lorsqu'on mesure le même caractère sur une population d'individus différents. On peut penser qu'une personne apte à un métier ne l'est pas nécessairement à tous les autres; que cependant elle sera, en règle générale, apte à tout un groupe de métiers, et non pas uniquement à un seul. Reste à établir dans quelle mesure les caractères psychophysiologiques mesurés par les tests constituent des aptitudes professionnelles.

Diversité psychologique des métiers

Les techniques de travail étant en continuelle transformation, il ne saurait en exister de répertoire psychologique immuable. D'autre part, la structure psychologique d'un métier, même le plus simple, reste complexe; la personnalité humaine tout entière y participe, avec cependant des polarisations variables suivant les métiers, qui mettent à contribution certains aspects de la personnalité plutôt que d'autres, exigent plus particulièrement la présence de certaines qualités neuromusculaires, sensorielles, mentales ou affectives au détriment d'autres.

Classification à priori

Différentes classifications psychologiques des métiers ont été proposées, dont presque toutes appuyées sur l'expérience vulgaire (Claparède), mettant l'accent, suivant les opinions personnelles des auteurs, sur tel aspect psychologique ou tel autre.

Piorkowski (Berlin) a distingué : les professions non qualifiées qui n'exigent pas d'apprentissage et pas d'aptitudes spéciales; et les professions qualifiées qui sont subdivisées en trois classes : professions spécialisées mettant en jeu certaines formes d'attention ou de réactions toujours les mêmes; professions moyennes exigeant un certain degré d'intelligence et la mise en jeu de plusieurs aptitudes, d'ailleurs dans des cadres étroits et prévus; professions supérieures faisant appel aux activités complexes d'intelligence (décisions à prendre, organisation, recherche des solutions nouvelles).

Pour Lipmann (Berlin), les limites dans lesquelles une activité professionnelle dépend de l'intelligence créatrice du travailleur constituent le critère primordial, selon lequel les professions sont classées en professions inférieures, moyennes et supérieures. Celles-ci sont à leur tour subdivisées, d'après la forme d'intelligence qu'elles sollicitent et l'objet sur lequel s exerce l'activité intelligente, d'où les rubriques suivantes (avec exemples concrets inscrits dans le cadre) :

 

Etres humains

Choses

Pensées

Gnostique (qui vise la connaissance)

Juge d'instruction

Anatomiste

Logicien

Technique ou pratique (qui vise les modifications à apporter)

Educateur

Ingénieur

 

Symbolique (projection de la personnalité au moyen de symboles)

 

Sculpteur

Littérateur

Les conceptions de Lipmann semblent avoir exercé une influence marquée sur les travaux ultérieurs.

La classification proposée par Mira (Barcelone) a l'avantage de faire intervenir, outre l'intelligence, le caractère et le tempérament. Baumgarten (Berne) considère nettement les manifestations de la volonté comme l'aspect psychologique prépondérant du travail et distingue à ce point de vue: les professions d'exécution (ouvriers d'usine et des champs, certaines catégories d'artisans et de fonctionnaires) ; les professions "formatrices", (gestaltende Berufe), modellistes, ouvriers d'art; les professions de direction qui exigent la prise des dispositions à faire exécuter par des subalternes; les professions d'action humaine (éducateurs, magistrats, vendeurs); les professions créatrices (savants, artistes, inventeurs). Des points de vue complémentaires permettent des subdivisions plus fines.

Les auteurs anglais n'ont recours à des classifications psychologiques des métiers que pressés par une nécessité pratique immédiate; Burt (Londres), au cours d'une expérience d'orientation professionnelle conduite sur un groupe d'enfants qui quittaient l'école primaire, a distingué les métiers d'après le niveau et la forme d'intelligence qu'ils mettent en jeu, envisageant, de ce dernier point de vue, les formes : verbale, mécanique et sociale.

Enquêtes objectives - Classifications limitées

Des classements très incomplets, mais appuyés sur des données précises, ressortent de certaines expériences américaines et anglaises. Signalons deux sortes de classifications : par niveau mental et par attitudes affectives. Pendant l'imposante expérience de l'armée américaine, en 1918, lorsque plus d'un million et demi de recrues se trouvèrent soumises à des tests de niveau mental, des différences caractéristiques apparurent entre les représentants des différents métiers.

Une expérience récente a livré des résultats analogues (…). Pour cette expérience, les tests employés ont été choisis parmi ceux qui renseignent le mieux sur la pensée verbale et abstraite. La réussite moyenne - pour le groupe de sujets qui exercent un métier - a été considérée comme niveau mental caractéristique de ce métier. Les résultats indiquent un classement des professions, classement dont il ne faudrait pas oublier le caractère limité. Il est défini par une forme particulière d'intelligence, tributaire de la pensée verbale et largement influencée par le dressage scolaire (Piéron, Syrkin).

D'un point de vue tout différent, des essais ont été tentés aux Etats-Unis, en vue de différencier les métiers, du moins certains d'entre eux, d'après les facteurs affectifs et notamment les goûts, les préférences que marquent ceux qui les exercent. La technique, en gros, est la suivante : sur un questionnaire qui contient l'énumération des objets, des activités professionnelles, sportives et autres, des descriptions de types humains, le sujet indique, en face de chaque question, s'il aime ou n'aime pas l'objet désigné. Une réponse, dont la fréquence, dans un groupe professionnel déterminé.. est très différente de la fréquence rencontrée dans la population générale, est considérée comme caractéristique de ce groupe professionnel et intervient, avec un coefficient approprié, dans l'établissement de la note affective. Une même réponse est cotée différemment suivant le métier considéré; il y a autant de codes que de métiers étudiés. Notées d'après le code convenable, les réponses de sujets qui appartiennent à un métier se différencient nettement des notes obtenues, d'après le même code de notation, par ceux exerçant d'autres métiers.

D'ailleurs, la netteté avec laquelle un métier se différencie des autres n'est pas la même pour tous les métiers; les artistes présentent les attitudes affectives les plus caractéristiques et les réponses qu'ils livrent permettent de les identifier correctement dans 95 % des cas; les employés de bureau sont à cet égard les moins bien définis et ne se trouvent identifiés, parmi huit autres métiers, que dans 53 % des cas (d'après Strong).

Analyses psychologiques des métiers

Des essais de descriptions plus complètes ont été tentés (monographies diverses : Mauvezin, Fontègne, Kitson). Cependant, des analyses plus exhaustives sont encore nécessaires.

Pour ces analyses, des méthodes multiples et qui se complètent mutuellement sont utilisées : méthodes d'observation, le psychologue pouvant observer et décrire les phases du travail exécuté par l'ouvrier, employant au besoin des méthodes d'enregistrement graphique, cyclographique et cinématographique; méthodes d'introspection sous leurs différentes formes: interrogatoire des travailleurs (questionnaire de Lipmann), apprentissage du métier par le psychologue (méthode de Spielrein). Dans tous les cas, l'étude doit porter non seulement sur les tâches précises dont l'exécution constitue un métier, mais sur tout le régime de vie que le métier impose (observations de Spielrein, fiche biotypologique de Laugier et Weinberg).

Les données fournies par ces analyses exigent un contrôle expérimental. On soumet donc aux mêmes tests psychophysiologiques (dont le choix provisoire a été suggéré par l'analyse préalable du métier) des sujets qu'on sait être nettement différents sous le rapport de l'aptitude professionnelle, en opposant, par exemple, les travailleurs qui réussissent brillamment dans un métier à ceux qui, dans les mêmes conditions, y échouent. Mais, comme il subsiste toujours, d'un être humain à un autre, des différences multiples, en plus de celles que l'on se propose d'étudier, il convient, pour isoler le facteur d'aptitude professionnelle, de multiplier les sujets, opposant un groupe de bons travailleurs au groupe de travailleurs médiocres et qui exercent le même métier. On peut alors supposer qu'on a noyé les différences fortuites, laissant subsister, se renforcer même, la seule différence intéressante, celle de la valeur professionnelle et des caractères qui en relèvent.

L'appréciation du succès professionnel est souvent, il est vrai, délicate; on retient, quand cela est possible, des critères objectifs (rapidité et qualité de la production, fréquence des fautes professionnelles, etc.), ou des appréciations combinées de plusieurs chefs. On verra, à titre d'exemple, les profils qui résument les résultats d'une étude du métier d'aiguilleur (Laboratoire du travail des chemins de fer de l'Etat). Compte tenu de certaines précautions usuelles dans l'interprétation des résultats d'une statistique, on admet que les épreuves qui livrent, en moyenne, des résultats sensiblement différents, suivant qu'on s'adresse au groupe des bons travailleurs ou à celui des mauvais, touchent à des fonctions auxquelles l'aptitude professionnelle est intimement liée; celle des épreuves dont les résultats se montrent du même ordre, dans un groupe de travailleurs comme dans l'autre, sont considérées comme n'ayant pas avec l'aptitude professionnelle de liens appréciables. Le degré de liaison est souvent précisé au moyeu du calcul des coefficients de corrélation.

Pour épuiser le contenu psychophysiologique du métier, de telles études doivent être d'emblée assez complètes; elles s'efforcent d'atteindre tous les aspects de la personnalité humaine, de fournir des bons et des mauvais travailleurs une description biotypologique. Car l'efficience dans une activité professionnelle n'est liée de façon rigide à aucune aptitude isolée, mais se montre, en général, tributaire de tout un ensemble d'aptitudes qui offrent un jeu d'interactions et même de suppléances (ainsi que l'ont montré notamment les essais de rééducation des mutilés).

On en est, pour le moment, à recueillir ainsi des données sur des métiers isolés; une classification à la fois générale et objective ne pourra venir qu'ensuite.

Le caractère, aptitude professionnelle

Sur un point important, nos méthodes d'examen restent encore assez pauvres: pour l'étude du caractère des fonctions affectives d'un individu (outre les goûts dont il a été question plus haut), des tests satisfaisants font encore défaut. Nul doute, cependant, qu'à côté de. aptitudes physiques et mentales, il ne faille envisage des aptitudes caractériologiques dont le rôle, dans l'efficience professionnelle, paraît réellement important. A côté de certains traits de caractère à valeur "omnibus" (ténacité, volonté au travail) d'autres, favorable à l'exercice d'un métier, ne comptent pas ou même constituent un handicap pour une activité différente. Il n'est pas jusqu'à certains défauts (défauts selon le code moral usuel) qui ne constituent, pour tel ou tel métier une réelle aptitude professionnelle (Baumgarten).

D'autre part, les tendances affectives qui poussent certains sujets à rechercher certaines formes d'activité et fuir certaines autres représentent une donnée importante et qu'on aurait to de confondre avec le désir professionnel consciemment exprimé par le sujet (Walther). Dans une certaine mesure, la tendance la vocation peuvent suppléer à un manque d'aptitude et, selon la théorie bien connue d'Adler, l'absence d'aptitude et le sentiment d'infériorité qui en découle créerait une tendance compensatrice efficace : Démosthène, bègue, devient orateur; Byron, boiteux, un sportif remarquable; le physiologiste NAGEL, atteint de daltonisme, se spécialise dans la physiologie de la perception des couleurs. Ces cas restent tout de même assez exceptionnels pour qu'en moyenne se trouve vérifiée la relation positive entre l'aptitude et le succès professionnel.

Procédés de sélection

Une fois établis, pour un métier donné, la batterie de tests et le critère de sélection, le système fonctionne en quelque sorte automatiquement, ce qui constitue le moyen indispensable pour éviter des injustices tout en conservant à ces procédés le maximum de précision.

Toutefois les tests ne sont définitivement choisis et le critère établi qu'après une étude qui comporte pour chaque métier : l'analyse psychologique préalable du travail; le choix provisoire d'une batterie d'épreuves et son application, à titre d'essai et sans valeur élective, à un groupe de sujets déjà en fonction et de valeur professionnelle connue (ou prêts à entreprendre l'exercice du métier et dont on suivra la réussite professionnelle ultérieure); enfin la comparaison des résultats atteints dans les épreuves avec la valeur professionnelle des sujets établissement de la valeur diagnostique ou pronostique de chaque épreuve et fixation des critères de sélection. Dans chaque entreprise, pour chaque spécialité professionnelle, les méthodes de sélection psychotechnique ne sont en général introduites qu'après une étude préalable et un contrôle expérimental de leur efficacité.

Transports publics

La sélection psychologique est la plus répandue dans les métiers des transports publics, où l'inadaptation du sujet à la tâche peut entraîner des risques graves d'accidents.

C'est à la suite de la terrible catastrophe de Lagerlunda (Suède, 1875) due, semble-t-il, à des altérations du sens chromatique chez le mécanicien, que la nécessité de l'examen de la sensibilité chromatique du personnel des chemins de fer et de la marine est posée par Holmgren, et reconnue plus tard par les autorités compétentes. A la sélection médicale (élimination des cas pathologiques) vient s'ajouter la sélection psychophysiologique : élimination des inaptes qui ne sont pas des anormaux et choix des mieux doués. Après les essais de Munsterberg, dès 1910, sur la sélection des conducteurs de tramways, des téléphonistes, des officiers de la marine, on voit les progrès de la sélection s'affirmer pendant la guerre 1914-1918, notamment aux Etats-Unis où près de 2.500.000 recrues sont soumises à des examens psychologiques en vue de leur répartition rationnelle dans les diverses spécialités.

Actuellement, la sélection psychotechnique dans les chemins de fer fonctionne de façon plus ou moins généralisée en Autriche, Allemagne, France, Pologne, Suisse, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, U. R. S. S. Elle repose sur des épreuves multiples qui notamment (pour les conducteurs de véhicules) mettent en jeu la rapidité et surtout l'exactitude des réponses conventionnelles â des signaux optiques et acoustiques variés (pressions sur des clefs de Morse ou de pédales du côté droit ou gauche, en réponse à l'apparition de lampes de différentes couleurs ou de sons déterminés); ainsi que sur des épreuves d'appréciation des vitesses et des distances. et des épreuves de sang-froid. Des épreuves analogues sont utilisées pour les conducteurs d'autobus (Lahy à Paris). La sélection psychophysiologique des aviateurs militaires date de la guerre (Gemelli en Italie; Neper et Camus en France).

Autres métiers manuels

La sélection des ouvriers qualifiés et des apprentis d'industrie a eu le plus d'applications pratiques en Allemagne. Les épreuves d'habileté manuelle (rapidité et précision des mouvements. coordination des mouvements des deux mains) et surtout les tests dits d'intelligence technique (représentation mentale des. formes et grandeurs dans l'espace, compréhension intuitive des mécanismes en mouvement, aptitude à rassembler les parties d'un objet usuel présenté en pièces détachées) se sont montrés particulièrement significatifs pour ces métiers. Des recherches toutes récentes dans les écoles d'apprentissage en U. R. S. S. tendent à l'établissement des schémas de sélection plus différenciés, suivant les spécialités professionnelles des tourneurs, serruriers, fraiseurs (Levitof et Skossyrev).

Métiers de bureau

Les tests classiques d'intelligence générale, qui comportent de brèves questions dont la solution met en œuvre les capacités de raisonnement, de jugement, de bon sens, de critique. ainsi que, pour certaines spécialités surtout, des épreuves de raisonnement sur des données numériques semblent bien adaptées à la prévision du succès professionnel.

D'autres résultats ont été notés et qui seraient moins facilement prévus a priori, tels, par exemple, l'importance de la capacité pulmonaire dans certains métiers (aiguilleurs, soudeurs, d'après Laugier et Weinberg). De telles constatations posent le problème des conditions biologiques sous-jacentes au rendement professionnel des individus. problème essentiel de la biotechnique, et dont l'intérêt scientifique profond déborde le cadre des applications pratiques.

Professions dites libérales

L'étude en est moins avancée. Les tests d'intelligence générale constituent un bon procédé de sélection pour les écoles secondaires (sélection des mieux doués, notamment dans diverses villes en Allemagne) et pour les universités (aux Etats-Unis, dans nombre d'universités les tests d'intelligence font partie de l'examen obligatoire d'admission). Mais la différenciation psychologique précise des métiers de médecin, de juriste, de professeur... reste à faire. Les aptitudes qu'ils supposent n ont pas été identifiées de manière objective; et l'on a vu récemment un auteur qualifié en nier l'existence, affirmant l'importance exclusive des attitudes affectives dans l'exercice d'une profession 'libérale, une fois atteint le niveau suffisant d'intelligence générale (Walther).

Risques d'accidents

Enfin, dans les métiers qui comportent des dangers fréquents d'accidents, une proportion importante des sinistres est imputable à une prédisposition particulière de certains sujets. Cette prédisposition semble relever d'une fragilité physiologique générale se traduisant par un taux élevé des maladies (Laugier, Monin, et Weinberg) et, du point de vue psychologique, d'une incapacité de s'occuper de deux ou plusieurs tâches à la fois, d'une lenteur d'adaptation dans le passage d'une tâche à une autre ("viscosité", défaut de "réaiguillage") (Marbe et ses élèves), d'un défaut de coordination neuromusculaire (Farmer et Chambre), d'un trouble peut-être d'origine émotive en présence des tâches à rythme imposé (Lahy et Korngold.

L'application des méthodes psychologiques et physiologiques à la sélection du personnel a pour effet de diminuer les frais d'apprentissage, d'élever la production horaire par ouvrier, de réduire le taux d'accidents et l'instabilité professionnelle.

L'orientation professionnelle

Le conseil d'orientation professionnelle s'appuie sur les éléments suivants: Goût exprimé par l'intéressé. Données relatives à son état de santé, consignées par le médecin sous la forme d'une fiche de contre-indications médicale signalant les métiers dont l'exercice n'est pas à recommander au candidat en raison de son état de santé; les grilles de Laugier et Bonnardel permettent au médecin de reconnaître d'emblée les métiers pour lesquels il y a contre-indication absolue ou relative dans tel cas pathologique. Aptitudes du candidat consignées sur la fiche du profil psychologique. Considérations sociales (désirs et possibilité de la famille). Etat du marché du travail. C'est là un ensemble assez complexe et souvent hétérogène dont les différents éléments sont dosés par l'orienteur, plutôt au moyen d'une intuition subtile que par une évaluation rigoureuse.

Les enquêtes de contrôle sont délicates. Elles révèlent, cependant, que les adolescents qui suivent les indications fournies par les examens médicaux et psychologiques réussissent mieux que ceux qui adoptent un métier contraire a' ces indications, présentent une plus grande stabilité, gagnent davantage et fournissent une plus grande proportion de satisfaits (enquêtes de l'Institut de psychologie industrielle de Londres, de l'Institut national d'orientation professionnelle de Paris).

L'apprentissage professionnel

Les aptitudes natives ne dispensent pas de la nécessité d'un apprentissage et dans la masse des activités professionnelles il n'y en a aucune - l'humble besogne du manœuvre à peine exceptée - qui n'exige l'acquisition de quelques connaissances ou d'habitudes particulières, et même des unes et des autres. On retrouve évidemment, à la base de l'apprentissage professionnel, les lois générales de la mémoire et de l'acquisition des habitudes.

Organisation rationnelle de l'apprentissage

Elle exige d'abord la division de la matière à apprendre et l'organisation des exercices.

Des essais ont été tentés (notamment en Allemagne) pour décomposer un travail en apparence simple en ses parties : l'enfoncement d'un clou comporte le maintien du marteau dans une position correcte, la visée, le dosage de l'effort. Les recherches sur la valeur comparée de la méthode globale et de la méthode partielle d'apprentissage ont fourni des résultats souvent contradictoires, ce qui ne saurait étonner apprendre d'emblée un ensemble trop complexe est difficile, mais vouloir faire surgir un tout des parties qui ont été déchiquetées de façon psychologiquement incorrecte est plus difficile encore.

La division en parties doit se faire selon les parentés psychologiques, et non simplement logiques la méthode montessorienne qui exerce l'enfant à se servir d'un crayon pour des dessins au pochoir, à effectuer les mouvements utiles en repassant le doigt (sans trayon) sur un texte écrit en relief, permet, on le sait, l'acquisition rapide d'une belle écriture et présente une supériorité considérable sur la méthode traditionnelle des pages de barres et de ronds.

Pour l'espacement des exercices, la loi de Jost, qui indique une plus grande efficacité des exercices lorsqu'ils sont espacés dans le temps au lieu d'être poursuivis d'affilée, pourrait être

mise à profit; elle parait trop souvent ignorée. D'autre part, la possibilité pour l'apprenti de suivre l'effet immédiat de ses efforts constitue un facteur favorable des plus importants; c'est en ce sens que peuvent être utiles des exercices sur appareils spéciaux (Amar) où l'enregistrement rend immédiatement visible non seulement le résultat, mais encore les différentes caractéristiques du mouvement exécuté par l'apprenti.

Enfin les expériences de laboratoire et les observations faites dans l'industrie s'accordent à montrer que l'apprentissage s'effectue de façon plus satisfaisante lorsque tout l'effort du débutant porte sur l'exactitude; la rapidité s'acquiert ensuite; au contraire, les sujets qui dès le début recherchent un certain degré de rapidité se trouvent ensuite ralentis dans leurs progrès.

Stabilité des différences individuelles

L'apprentissage a-t-il pour conséquence d'augmenter ou de diminuer, voire d'effacer ou même de renverser les différences initiales entre les individus ? Les expériences ont montré :

1- que les sujets malhabiles dans leurs débuts font en général des progrès plus importants que les sujets au début supérieurs, le progrès étant exprimé par la différence entre le degré d'efficience atteint à la fin de l'apprentissage (vitesse ou qualité du travail produit, ou les deux) et l'efficience initiale du sujet;

2- qu'une constance appréciable subsiste néanmoins dans le classement des sujets avant et après l'apprentissage, malgré une diversité notable des courbes individuelles. Il semble, d'autre part, qu'à moins d'intervention de facteurs perturbateurs particuliers, par exemple, changement de méthode, il soit possible d'après la portion initiale de la courbe d'apprentissage d'un sujet d'en prévoir avec assez de précision la partie finale (Gorïaïeva).

Le transfert

Les effets d'un apprentissage peuvent retentir sur d'autres activités non exercées : d'avoir exercé une main, augmente l'habileté de l'autre, parce qu'on a acquis, semble-t-il, une meilleure méthode de travail. Le transfert est de beaucoup plus considérable si les exercices sont accompagnés d'une explication verbale instruisant le sujet sur la manière de travailler et d'apprendre (Cox).

L'exercice du métier

Au fur et à mesure qu'il se prolonge, et sous l'action des conditions matérielles et morales dans lesquelles il s'exerce, le travail humain varie dans ses effets. Effets psychiques, subis par celui qui travaille; effets extérieurs qui se traduisent par des variations dans la rapidité et la qualité de la production.

Courbes de travail

Depuis les premières études de Kraepelin mettant en évidence, par des expériences de laboratoire, les variations systématiques de la production au cours d'une séance, l'examen des courbes de travail est utilisé, notamment en Angleterre, pour l'étude et l'amélioration des conditions du travail industriel.

Au début de la journée, on note généralement une augmentation progressive de la production horaire qu'on attribue à la mise en train, à l'échauffement; puis baisse à la fin de la matinée, qu'on attribue à la fatigue; allure semblable après la pause de midi. Le matin et surtout le soir, à l'heure qui précède la clôture, une nouvelle hausse se produit quelquefois, probablement sous l'effet stimulant que procure la conscience de voir approcher la fin du labeur. Dans le courant de la semaine, avec repos dominical, la production journalière croît généralement jusqu'à mercredi ou jeudi pour décroître les jours suivants. La loi générale englobe des différences individuelles parfois notables; chez certains, la mise en train se prolonge et le plein rendement n'est atteint qu'en fin de journée.

Fatigue

La fatigue est une notion familière, mais assez mal définie; elle englobe les effets négatifs - d'ordres divers - d'une activité qui se prolonge. Sensation subjective de malaise et impression d'avoir à cesser le travail; baisse progressive de la production en qualité et vitesse; effets physiologiques (respiratoires, circulatoires, etc.) mieux définis dans le cas d'une activité musculaire et dont le mécanisme initial relève probablement d'une consommation rapide des réserves énergétiques de l'organisme avec accumulation des déchets; modifications de l'efficience mentale se traduisant par un fléchissement des fonctions mentales les plus complexes (Wallon), les plus tardivement acquises avec, parfois, exaltation momentanée des fonctions inférieures, des automatismes libérés de l'action inhibitrice des centres supérieurs.

Ces quatre aspects de la fatigue ne sont pas nécessairement corrélatifs; en particulier, la vitesse de la production peut, pendant un certain temps du moins, se maintenir à un niveau constant, elle petit même progresser, malgré la sensation prononcée de fatigue subjective. Mais, à moins qu'il n'y ait action de l'apprentissage masquant l'effet antagoniste de la fatigue, la production n'est maintenue que par un effort volontaire de plus en plus intense et de plus en plus coûteux, suivi d'une baisse d'autant plus prononcée.

L'importance relative des différents aspects de la fatigue varie, suivant la nature du travail préalable; après un travail purement mental, même intense, les perturbations circulatoires, respiratoires font généralement défaut ou ne sont présentes qu'à un bien faible degré. Mais les causes profondes de la fatigue semblent de nature voisine qu'il s'agisse de travail physique ou mental; dans un cas comme dans l'autre, elle a son origine dans une modification de l'état des centres nerveux. On a pu montrer, notamment, en comparant le travail musculaire volontaire au travail provoqué par excitation électrique (les muscles se contractent en effet, indépendamment de la volonté du sujet, lorsqu'un courant électrique leur est appliqué directement ou par l'intermédiaire de leur nerf) l'origine presque exclusivement centrale de la fatigue qui oblige à la cessation du mouvement volontaire bien avant que soient décelables les signes de la fatigue des muscles engagés dans l'action (sauf dans les cas où des efforts violents se poursuivent à un rythme extrêmement rapide, d'après Reid).

Si la fatigue n'est pas excessive et si le repos est suffisant l'organisme récupère rapidement l'intégrité de ses fonctions; au cas contraire, des résidus de la fatigue subsistent et cumulent leurs effets d'un jour à l'autre, d'une semaine à l'autre; on a affaire au surmenage.

Durée du travail et du repos

Le raccourcissement, jusqu'à certaines limites, de la journée de travail produit, à lui seul, un effet des plus favorables sur la rapidité et la qualité de la production horaire non seulement dans le travail aux pièces, mais aussi dans le travail à l'heure. Le changement ne se manifeste toutefois que progressivement, après une période d'adaptation parfois longue de plusieurs semaines. Inversement l'allongement de la journée diminue la production horaire et, dans ce cas, l'effet est immédiat. L'homme qui travaille semble régler le débit de son effort, inconsciemment peut-être, sur l'effort qui reste à fournir.

Mais, poursuivi au delà de certaines limites, le raccourcissement de la journée de travail entraîne au contraire mie baisse de la production horaire, soit que l'exercice soit insuffisant pour maintenir l'ouvrier à l'état d'entraînement, ou que la période de mise en train, au début de chaque séance, pèse d'un trop grand poids dans l'ensemble, soit peut-être que la réduction du travail soit ressente par l'ouvrier comme une manifestation de la crise économique et une menace de chômage, abaissant le moral ou entraînant même une restriction volontaire du rendement (Miles). La longueur optimum de la journée de travail, longueur qui permet d'atteindre le maximum de production par muté des frais engagés par l'entreprise, semble proche, en moyenne, de 8 heures, mais varie considérablement suivant la nature du travail et celle de l'ouvrier; elle semble plus longue pour les ouvriers plus habiles et plus robustes qui se montrent moins fatigables (Lipmann).

L'introduction de courts intervalles de repos accroît sensiblement la production; et lorsque le moment de la pause est connu des ouvriers cette amélioration a parfois lieu non seulement dans les périodes qui suivent la pause, mais encore dans celles qui la précèdent : à l'effet réparateur du repos se joint un effet psychique stimulant. Un simple changement de tâche constitue un facteur favorable permettant de remplacer par d'autres les groupes musculaires et nerveux déjà fatigués; et probablement aussi parce qu'il introduit mie diversion stimulante dans la monotonie d'une tâche qui se prolonge. Là encore, un optimum existe, le morcellement trop fréquent du travail étant préjudiciable.

Méthodes et outils de travail

Le rendement maximum du travail humain a été recherché par Taylor et ses disciples en vue de réaliser : pour l'entreprise, l'augmentation du travail produit par unité de frais engagés; pour l'ouvrier, l'augmentation de salaire par unité de temps. Mais l'intensification considérable du travail constitue un danger réel de surmenage et d'usure précoce pour l'organisme de l'ouvrier. Le travail trop intense est physiologiquement plus coûteux. D'où la notion du rendement optimum préconisé par les physiologistes : minimum de dépenses physiologiques par unité de travail produit.

L'oxygène consommé étant un indicateur assez précis de l'énergie (au sens physique) dépensée par l'organisme dans la production du travail, on a cherché (Chauveau en France, Atzler et ses élèves en Allemagne), pour un certain nombre de travaux types (tourner mie manivelle, pousser ou tirer sur mi levier, porter des fardeaux), à préciser ces conditions optima.

Exemple : dans le travail qui consiste à tourner une manivelle, Atzler et ses élèves évaluent l'énergie physiologique nécessaire par kgm. de travail utile produit à 11,7 petites calories dans le cas le plus favorable (manivelle de 28,4 cm. de diamètre, placée à 114,3 cm. du sol, charge correspondant à un travail de 13 kgm. par jour); mais cette dépense peut tripler (33,5 grandes calories par kgm. de travail produit) dans d'autres conditions (manivelle de même diamètre, mais placée à une hauteur de 162 cm. du sol; charge correspondant à 32,5 kgm. par tour).

Certains modèles d'outils sont physiologiquement plus économiques que d'autres, et ces différences ne sont pas toujours visibles à l'œil nu des praticiens les plus avertis.

Contrairement à une opinion répandue, le travail à la chaîne ne constitue pas nécessairement une forme pénible du travail; il semble y avoir, au contraire, une économie d'effort volontaire par suite de l'apparition automatique et rythmique des pièces de travail (Dücker), à condition que le rythme des déplacements du ruban transbordeur soit convenablement choisi.

Dans le travail mental aussi un rendement optimum est réalisable, le même effet utile pouvant être atteint par une dépense variable de temps ou d'effort. Les conditions psychologiquement économiques sont plus faciles à préciser dans le cas de travaux routiniers (classement, calculs), que pour des tâches intellectuelles d'un ordre élevé. Dans celles-ci interviennent en effet des élaborations complexes et notamment des éléments d'invention, tributaires d'un travail subconscient de maturation préalable dont les modalités, le rythme sont encore assez mal connus. Disons que dans les travaux routiniers - travaux de bureau par exemple - un allégement est produit par toute organisation qui substitue à une tâche complexe la succession de tâches simplifiées, quitte à faire reprendre la même besogne par une suite d'approximations, évitant ainsi les efforts difficiles de la simultanéité mentale.

Facteurs économiques affectifs

De tous les besoins qui trouvent dans le travail professionnel leur satisfaction ou leur dérivatif, le besoin économique parait le plus important du moins pour la majorité de ceux qui travaillent. De là, en partie, mais non entièrement, la plus grande efficience du travail payé aux pièces comparé au travail payé à l'heure. D'ailleurs, tout ce qui lui rend directement visible le fruit de son effort constitue pour l'ouvrier un facteur stimulant.

Ainsi. l'affichage périodique des relevés indiquant la production de chacun a permis de réaliser, dans certains travaux. une augmentation de plus de 20 % (Sachsenberg). L'émulation, ainsi que l'expérience de l'U. R. S. S. vient de le montrer, constitue un stimulant des plus puissants, en rapprochant le travail du sport, où les efforts les pus violents sont librement consentis et réalisés avec joie. En général, des facteurs d'ordre social ont une répercussion extrêmement importante. mais encore insuffisamment étudiée, sur le moral comme sur le physique du travailleur et sur son efficience professionnelle.

Par ailleurs, les différentes formes du travail peuvent évidemment satisfaire aux besoins différents. L'intérêt direct à la tâche qu'on accomplit se manifeste parfois dans les labeurs les plus humbles. L'uniformité du travail dans l'industrie moderne crée un sentiment de monotonie qui peut devenir une source de réelles souffrances; mais d'importantes différences individuelles entrent ici en jeu certains travailleurs supportent aisément le travail monotone, soit qu'ils en apprécient le rythme, soit qu'ils y trouvent des éléments infimes de variété (Munsterberg) ou encore qu'ils s'en affranchissent par la rêverie (Wunderlich, Mayo). La joie au travail prédomine sur l'ennui et la peine chez les ouvriers d'élite (enquête de De Mann sur les auditeurs d'une université ouvrière); mais les enquêtes de Levenstein auprès de 5.000 mineurs, métallurgistes et ouvriers du textile en Allemagne révèlent une faible proportion de cas de joie au travail (de 7 à 17 %).

L'ambiance matérielle

Elle est constituée essentiellement par les conditions d'éclairage,' de température, de ventilation et d'état hygrométrique de l'air.

L'intensité lumineuse optimum (éclairage suffisant et cependant exempt d'effets d'éblouissement), la distribution judicieuse de la lumière (en évitant notamment la présence de sources lumineuses, même atténuées, dans le champ visuel) exercent un effet favorable non seulement sur les fonctions visuelles du travailleur, mais encore sur son tonus psychique : la réduction de la fatigue et l'augmentation de la production se manifestent même dans les travaux exécutés sans le secours de la vue (Luckiesh et Moss).

Les sensations de chaleur ambiante et de manque de confort résultent non seulement de la température de l'air, mais encore de son état hygrométrique et de la vitesse de la ventilation. Le travail physique à chaud conduit à un épuisement plus rapide et une accélération plus prononcée que dans les conditions normales bien que le coût énergétique déterminé d'après la consommation d'oxygène du travail ne soit pas sensiblement augmenté (Hild et Cambell, Dill et Allii, Liberson et Marques).

Le travail mental simple peut être poursuivi avec la même efficience que dans les conditions normales, mais avec un sentiment subjectif de malaise croissant (travaux de la Commission américaine de la ventilation). Dans les usines qui comportent de fortes sources de chaleur - lamineries, fonderies, aciéries - la production baisse sensiblement (jusqu'à 13 %) pendant les mois chauds de l'été, le travail étant lui-même ralenti et les pauses spontanées étant en outre plus longues (Vernon); ces inconvénients peuvent être sensiblement réduits par une ventilation convenable.

Les applications de la psychologie à l'étude et à l'organisation du travail professionnel, bien que relativement récentes, ont atteint un développement considérable, sont devenues réalité sociale dans plusieurs pays. Des résultats pratiques importants sont acquis dans l'appropriation de l'homme à la tâche professionnelle et dans l'organisation de cette tâche, en accord avec les modes de fonctionnement de l'organisme humain, afin que "les machines servent l'homme, au lieu de l'asservir" (Laugier).

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