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Introversion de la personnalité et schizonoïa

(Jacques Lacan)

Une seconde atypie de la situation familiale se définit dans la dimension des effets psychiques qu'assure l'Œdipe en tant qu'il préside à la sublimation de la sexualité effets que nous nous sommes efforcés de faire saisir comme d'une animation imaginative de la réalité. Tout un ordre d'anomalies des intérêts s'y réfère, qui justifie pour l'intuition immédiate l'usage systématisé dans la psychanalyse du terme de libido.

Nulle autre en effet que l'éternelle entité du désir ne parait convenir pour désigner les variations que la clinique manifeste dans l'intérêt que porte le sujet à la réalité, dans l'élan qui soutient sa conquête ou sa création. Il n'est pas moins frappant d'observer qu'à mesure que cet élan s'amortit, l'intérêt que le sujet réfléchit sur sa propre personne se traduit en un jeu plus imaginaire, qu'il se rapporte à son intégrité physique, à sa valeur morale ou à sa représentation sociale.

Cette structure d'involution intrapsychique, que nous désignons comme introversion de la personnalité, en soulignant qu'on use de ce ternie dans des sens un peu différents, répond à la relation du narcissisme, telle que nous l'avons définie génétiquement comme la forme psychique où se compense l'insuffisance spécifique de la vitalité humaine. Ainsi un rythme biologique règle-t-il sans doute certains troubles affectifs, dits cyclothymiques, sans que leur manifestation soit séparable d'une inhérente expressivité de défaite et de triomphe. Aussi bien toutes les intégrations du désir humain se font-elles en des formes dérivées du narcissisme primordial.

Nous avons pourtant montré que deux formes se distinguaient par leur fonction critique dans ce développement celle du double et celle de l'idéal du moi, la seconde représentant l'achèvement et la métamorphose de la première. L'idéal du moi en effet substitue au double c'est-à-dire à l'image anticipatrice de l'unité du moi, au moment où celle-ci s'achève, la nouvelle anticipation de la maturité libidinale du sujet.

C'est pourquoi toute carence de l'imago formatrice de l'idéal du moi tendra à produire une certaine introversion de la personnalité par subduction narcissique de la libido. Introversion qui s'exprime encore comme une stagnation plus ou moins régressive dans les relations psychiques formées par le complexe du sevrage, - ce que définit essentiellement la conception analytique de la schizonoïa.

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