La vie sexuelle des animaux
(Pierre Rey)
La reproduction sexuée est générale dans toutes les espèces animales. Il y correspond une fonction sexuelle dont le jeu détermine toute une série de comportements ou d'instincts spéciaux, qui constituent une vie sexuelle plus ou moins complexe, plus ou moins riche, sans que cette complexité ou cette richesse aient une relation quelconque avec la classification zoologique ni avec le degré d'évolution de l'espèce. Les manifestations de la vie sexuelle étant étroitement liées à la physiologie de la fonction sexuelle, rappelons les faits principaux de cette physiologie, dont les détails sont exposés dans un autre volume.
Bases physiologiques
Les comportements sexuels peuvent être considérés comme des caractères sexuels somatiques au même titre que des caractères morphologiques: ils obéissent au même déterminisme.
Chez les Vertébrés, les expériences ont montré que les caractères sexuels somatiques sont conditionnés par les glandes génitales. Si, comme dans les expériences de Pezard, on prive un Vertébré mâle ou femelle de ses gonades, on obtient un animal qui est neutre au point de vue sexuel tant par ses caractères morphologiques que par ses caractères psychiques. Un tel animal n'a pas d'activité sexuelle et celle-ci peut être dirigée dans un sens ou dans l'autre suivant qu'on lui greffe ou des glandes mâles ou des glandes femelles. Les gonades agissent sur les caractères sexuels somatiques par les hormones génitales. L'état fonctionnel des gonades peut à son tour être conditionné par d'autres organes, en particulier par les glandes à sécrétions internes, l'hypophyse par exemple.
Chez les Invertébrés, le déterminisme des caractères sexuels somatiques est beaucoup moins bien connu. Les expériences ont montre que, au moins dans certains grands groupes tels que les Insectes, les caractères sexuels somatiques sont indépendants des glandes génitales. Ni la castration, même pratiquée de bonne heure, ni la greffe de glandes hétérologues ne modifient ces caractères. Par exemple un Papillon mâle, castré à l'état de très jeune chenille, puis pourvu par greffe de 5 ovaires, s'est accouplé comme un mâle normal avec une femelle castrée au même âge et porteuse de 5 testicules greffés après la castration. Les Vers de terre, privés de toute trace d'organes génitaux, s'accouplent fréquemment entre eux, au moins aussi souvent que les entiers et d'une manière normale.
Au cours de la vie d'un animal, la fonction sexuelle suit une évolution caractéristique de l'espèce. Une étape particulièrement importante de cette évolution est celle de la maturité génitale. Elle est marquée par l'apparition plus ou moins brusque de certains caractères, par la modification de certains autres. La reproduction n'est possible que lorsqu'elle est atteinte.
Périodes d'activité
Après la maturité génitale, la fonction sexuelle subit généralement des variations dans le temps dont les modalités sont très différentes selon les espèces. Pour l'immense majorité d'entre elles, la fonction sexuelle est au repos pendant la plus grande partie de l'année et n'entre en activité qu'à certaines périodes pendant lesquelles a lieu la reproduction. Ces périodes, dites périodes des amours, sont de durée plus ou moins longue et coïncident avec une certaine saison de l'année, le plus souvent le printemps ou l'été, plus rarement l'automne. Elles correspondent à des états fonctionnels spéciaux, généralement déterminés par des facteurs extérieurs tels que la lumière et la température, dont la variation saisonnière est précisément très grande.
On peut déterminer l'activité sexuelle chez des mâles d'Oiseaux, en dehors de l'époque normale de la reproduction, en les exposant à une lumière continue. On obtient le même résultat avec les Grenouilles en les plaçant dans des conditions de température déterminées.
L'état nutritif général de l'organisme peut jouer aussi un rôle important : chez les Lombrics, l'inanition ou la sous-alimentation empêchent le développement de l'activité sexuelle, alors qu'une suralimentation notable provoque toujours son apparition. Lorsque les conditions climatiques et nutritives sont approximativement uniformes au cours de l'année, la reproduction est souvent continue (Mollusques, Insectes et autres animaux terrestres dans les îles Philippines). De même les mâles de certains animaux domestiques ont une activité sexuelle continue alors que leurs ancêtres sauvages ne la possèdent pas.
Les périodes d'activité peuvent être liées à des phénomènes de la nature comme chez certaines Annélides marines où elles correspondent à des phases déterminées de la lune. Chez les femelles de Mammifères, l'activité sexuelle est périodique et dépend du cycle de la glande génitale, très régulier et indépendant des conditions extérieures. Ce cycle peut se reproduire plusieurs fois pendant la saison des amours (Vache, Jument, Brebis, Truie), ou n'avoir lieu qu'une seule fois (Chienne). Il comprend plusieurs phases; l'activité sexuelle maximum (période de chaleur) correspond à celle de ces phases que l'on désigne sous le nom d'strus. Il est très rare que l'activité sexuelle soit continue d'un bout de l'année à l'autre. Ce caractère est alors l'apanage du mâle et ne se rencontre guère que chez certains Oiseaux et Mammifères.
La vie sexuelle n'existe qu'au moment où la fonction sexuelle est en activité, en liaison avec l'état physiologique particulier de l'organisme à cette époque. Ce que nous venons de dire permet de prévoir qu'elle occupe dans la vie de l'animal une place plus ou moins importante suivant que les périodes d'activité sexuelle sont plus ou moins fréquentes, plus ou moins longues.
Chez certains animaux la vie sexuelle est très courte. Les Papillons, les Ephémères vivent très peu de temps à l'état adulte et meurent après s'être reproduits; certains Poissons (Lamproies) n'arrivent que très tard à l'état de maturité et meurent également après la reproduction.