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La vie sexuelle de l'homme

La sexualité après la puberté

(Daniel Lagache)

La maturation sexuelle chez la femme

Les phénomènes de maturation affectent chez la femme une allure différente, pour des raisons sociales qui ne font que prolonger les conditions biologiques - mais qui ne paraissent pas éclairer complètement le problème.

Le besoin sexuel est moins pressant, plus diffus que périphérique. La répression plus sévère de la sexualité, la crainte de la fécondation coïncident avec une tendance très animale à défendre l'intégrité corporelle.

Il ne semble pas que l'abandon détermine chez la femme un sentiment de valorisation personnelle, complémentaire de l'affirmation de la virilité chez le jeune homme, bien que les premiers coïts puissent prendre chez elle aussi la valeur d'une affirmation de l'indépendance personnelle. Dans l'ensemble, bien des conditions biologiques et sociales convergent pour retarder les expériences décisives. Les relations avec les prostituées n'ont ici d'équivalent que dans l'initiation plus ou moins complète par un homme expérimenté; et c'est à l'homme que paraît revenir l'initiative.

Les liaisons prénuptiales

Malgré le "tabou de la virginité", la liaison prénuptiale existe chez la femme avec une fréquence aussi grande que chez l'homme : c'est affaire de condition sociale; s'il existe à cet égard et au total plus de liberté dans les familles ouvrières ou paysannes, l'évolution des mœurs n'a pas épargné la famille bourgeoise.

Le rôle éducatif éventuel de la liaison peut-il être considéré comme une fonction? La liaison occupe-t-elle une place nécessaire dans l'évolution féminine? L'opinion est formelle à cet égard: elle est sévère pour les liaisons prénuptiales des jeunes filles, elle est indulgente et même favorable aux liaisons du jeune homme, qui doit s'initier à sa fonction d'initiateur. Il y a sans doute dans ces réactions une part de vérité qu'il faut essayer de dégager.

Pour Heshard, Schwarz, Simmel, les liaisons ont chez la femme une valeur différente et cette valeur est liée à l'éternel féminin. Le monde de la femme est un monde unitaire au centre duquel la femme se développe par auto-différenciation; l'existence masculine a un développement plus chaotique, bipolaire, c'est-à-dire orienté à la fois ou tour à tour vers la vie intérieure et vers le monde, rythmée par des alternatives dont l'essentielle est celle de l'ambition et de l'amour.

De même au point de vue sexuel la sexualité est pour la femme un moment de l'existence tout entière, elle n'est pour l'homme qu'une forme de relation entre autres; à prédominance périphérique chez l'homme, elle est centrale chez la femme, qui attache moins d'importance au fait matériel du coït et au passé sexuel. Schwarz résume ces vues dans cette formule : " la femme mûrit dans la spécification, l'homme mûrit vers la spécification "; ce qui veut dire que la relation amoureuse serait d'emblée personnelle pour la femme; elle se donne toute, entièrement, définitivement, et veut tout en échange; sans doute, elle mûrit elle aussi, s'enrichit intérieurement, et peut donner ainsi davantage au cours de liaisons successives; mais elle donne chaque fois le tout d'elle-même.

Le mariage, seule relation spécifique

La seule relation spécifique serait donc, pour la femme, le mariage. Elle est d'emblée capable de mariage; biographiquement, il peut y avoir des essais répétés avant le mariage, mais la liaison, loin d'occuper dans l'évolution une place nécessaire, n'est jamais qu'un diminutif du mariage, et non un stade du développement.

Sous un jour un peu différent, on peut dire que, si l'homme affirme sa puissance par la conquête d'une femme, cette femme s'abandonne et cet abandon à l'homme est dans une certaine mesure un échec et un accroissement de sa faiblesse; si bien que le besoin de protection, la crainte de l'abandon par l'homme sont directement engendrés par la situation; la seule phénoménologie de l'acte sexuel va dans ce sens : affirmation sadique de la puissance masculine, abandon masochiste pour la femme, qui ne trouve de compensation à sa volonté de puissance que dans une participation durable à la puissance masculine.

Ces sentiments sont renforcés par la notion du risque de la maternité, forme consciente et intellectualisée d'une finalité instinctive ayant pour but la protection du rejeton; cette finalité survit peut-être même lorsque la maternité est délibérément évitée.

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