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Théodore Chassériau

Les Deux Sœurs

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Toile : 1,80 m x 1,35 m

L’adolescent prodige de la peinture romantique avait à peine vingt-quatre ans quand il exécuta le double portrait de ses sœurs. Il les aimait toutes deux beaucoup. Marie-Antoinette, familièrement appelée Adèle, a ici trente-trois ans ; elle eut dans la famille Chassériau le rôle d’une sœur aînée effacée et douce et veilla particulièrement sur le jeune peintre. Geneviève, rebaptisée Aline, a vingt et un ans et garde, malgré son air sérieux, des joues rondes, presque enfantines. L’une et l’autre, pareillement vêtues et drapées dans le même châle des Indes dont le rouge flatte leur teint de brunes, rayonnant d’un charme infléchi, corrégien, identique à celui que l’artiste s’est donné quand il s’est peint, charme que les Chassériau devaient à leur mère, créole.

Exposée au Salon de 1843, la toile resta dans la famille jusqu’en 1918, au moment où le baron Chassériau l’offrit au Louvre.

On peut étudier dans ce chef-d’œuvre la beauté du dessin et des modelés que Chassériau a appris de son maître Ingres; on peut reconnaître dans le savoureux accord du rouge et du vert du fond la trace de l’admiration de Chassériau pour Delacroix, qui lui a découvert la couleur; cela compte moins que de saisir l’unité profonde du tableau, marquée par l’invention du parallélisme volontaire des gestes, du costume et des châles qui semblent réunir les deux bustes en un corps unique, symbole de la tendresse que porte le peintre à ses sœurs. L’intensité du sentiment ne fait-elle pas la grandeur de ce portrait que Degas tenait pour le plus beau du siècle?

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