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Honoré Daumier

Crispin et Scapin

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Toile : 0,60 m x 0,82 m

L’éclairage blafard de la rampe souligne les traits et la mimique de ces personnages du répertoire classique. Il accentue les contrastes, creuse les ombres, simplifie les volumes dans les clairs.

Absorbé par son œuvre de lithographe, Daumier se mit assez tard à la peinture. Il a particulièrement dessiné et illustré les thèmes de théâtre, le jeu des artistes, leurs gestes outrés, leurs attitudes, qu’il note avec rapidité subtile du journaliste. Il saisit non seulement les acteurs, mais une partie de la salle. Tel plus tard Degas et Toulouse-Lautrec, il aime la lumière artificielle de la scène, qui accuse les caractères des visages et des silhouettes. Avant les impressionnistes il possède ce sens de la « modernité », définie par Baudelaire, qui l’admirait beaucoup. Mais Daumier n’est pas uniquement un caricaturiste, il est, comme souvent le Français, psychologue et moraliste. Ce qui l’a séduit dans le dialogue des deux valets de Molière, c’est l’incarnation même de la ruse. Nulle page littéraire n’a jamais décrit avec tant d’acuité le plissement des paupières, le regard de biais du fourbe et le sourire du malin, satisfait déjà du succès de son mauvais tour, croisant les bras d’un air de triomphe. A l’image de celui des comédiens, l’art de Daumier est à la fois réaliste et expressif jusqu’au symbole.

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