
Jean-Auguste-Dominique Ingres
La grande Odalisque

Toile : 0,91 m x 1,62 m
Elle nest guère exotique, cette longue et blanche femme nue, malgré les accessoires, le turban, léventail de plumes, le narguilé, le brûle-parfums. Peu importe lOrient, dailleurs, peu importe quel modèle français ou romain a posé pour ce corps trop onduleux, aux bras trop longs. Ingres, dédaignant le réalisme anatomique, sacré pour son maître David, qui ne peignait même pas un personnage habillé sans lavoir préalablement dessiné nu, ne pense quà la plastique, à larabesque.
Le nu féminin, thème traditionnel, est cher à Ingres, quil soit Vénus, baigneuse, odalisque, source ou nymphe ; depuis la Grande Baigneuse de 1808 jusquau Bain turc des dernières années, le peintre est hanté sans cesse par la ligne élégante du corps féminin. Il la déforme, ladoucit, lassouplit et lépure jusqu'à la rendre presque invraisemblable, idéalisée et stylisée jusqu'à limpossible.
Le dessin, en effet, est la base de sa peinture ; il est laboutissement de la pensée qui conçoit, la quintessence si décantée des apparences du réel quil dépasse la pureté raphaélesque pour atteindre un maniérisme très subtil. Ce prétendu classique est par là lancêtre de labstraction moderne, précurseur de Modigliani et de certains aspects de Picasso.