
Théodore Géricault
Le Radeau de "La Méduse" (esquisse)

Toile : 0,38 m x 0,46 m
La frégate la Méduse voguait en juin 1816 vers le Sénégal lorsquelle séchoua sur le banc dArguin. Les passagers construisirent un radeau, où sentassèrent cent quarante-neuf personnes. Au bout de douze jours de navigation le navire lArgus croisa la route des malheureux, dont une quinzaine seulement restaient encore en vie. Deux dentre eux, Corréard et Savigny, publièrent un récit de leur atroce odyssée. Géricault, toujours frappé par le fait divers tragique, voulut peindre la catastrophe de la Méduse. Il composa son tableau avec un soin presque scientifique. Après avoir pensé représenter lépisode de lembarquement des naufragés sur le radeau, il préféra linstant despoir extraordinaire qui soulève les misérables en apercevant le bateau qui va les sauver.
Lartiste fit différentes toiles préparatoires, interrogea Corréard et Savigny, commanda au charpentier de la Méduse un radeau semblable à celui des naufragés, demanda à des survivants de poser, étudia des mourants et des cadavres à lhôpital Beaujon. De ce patient et minutieux travail préalable, cette esquisse est un témoignage. Le peintre a déjà trouvé sa composition : la longue diagonale qui de la jambe raidie du cadavre à gauche monte et sachève sur la loque tragique agitée pour alerter le vaisseau sauveur.
Le grand tableau, exposé au Salon de 1819, neut pas le succès quespérait Géricault : il ne fut pas acheté par lEtat. Il fut très critiqué par les classiques, et Géricault, aigri, lemporta en Angleterre, pensant quil aurait plus de succès à Londres quà Paris.
Ce chef-duvre de tension et de drame créait une esthétique nouvelle : il était le ferment puissant qui allait féconder tout le romantisme.