
Rembrandt
Bethsabée au bain

Toile : 1,42 m x 1,42 m
Bethsabée à sa toile vient de recevoir la lettre où David lui déclare sa passion. Pensive, elle réfléchit. Le thème n'est pas tout à fait conforme à l'Ecriture, qui raconte que c'est en apercevant Bethsabée dans son bain que David se prit d'amour pour elle jusqu'à l'enlever à son mari, Uri, qu'il fera mourir.
Peut-être est-ce d'ailleurs la lettre annonciatrice de cette mort que tient ici Bethsabée et qui l'entraîne dans cette méditation profonde. Mais le thème religieux compte peu pour Rembrandt, qui a voulu surtout traiter un nu. C'est la chère Hendrickje Stoffels qui a posé, et Rembrandt a peint ce corps dans sa beauté et ses imperfections avec une tendresse égale.
Le nu est rare dans la peinture hollandaise, protestante et puritaine, alors qu'il est courant chez les Flamands, qui lui donnent une sensualité mythologique ou allégorique, et chez les Italiens, qui se plaisent à en dégager l'élégance plastique.
Rarement le magicien Rembrandt a atteint une aussi parfaite réussite technique. Ce nu lumineux et nimbé d'or sort de l'ombre animée au fond par un féerique damas, d'or lui aussi. L'épaisseur grenue de la pâte accroche la lumière, qui rayonne ainsi plus puissamment. C'est par la beauté de ce clair-obscur que le réel devient vision et la simple et lourde servante néerlandaise, évocation mythique : incompréhensible alchimie du génie !
La lumière arrive latéralement pour éclairer une note de rouge, une draperie blanche, seuls éléments colorés du tableau. Ces agréments accroissent la réalité charnelle de ce nu, incarnation de l'amour de Rembrandt pour la femme.