
Jacob van Ruysdael
Le Coup de soleil

Toile : 0,83 m x 0,98 m
Sous un grand ciel animé de nuages, Ruysdael a dramatisé l'aspect familier en Hollande d'un large fleuve coupé d'un pont. C'est dans la dernière période de sa vie, vers 1670 - 1675, quand la nuance de mélancolie romantique de son art se fit plus marquante, qu'il peignit ce tableau. Au réalisme plus précis de ses débuts il ajoute un sens dramatique du temps qui passe.
Ici tout est instable, tout est mouvement, les nuages qui se bousculent au ciel menaçant, le coup de soleil qui éclaire d'une lumière fragile, presque surnaturelle, le paysage devenu vision imaginaire, l'eau qui court, rapide comme un torrent. Les oiseaux volent vite, le cavalier, drapé dans son manteau rouge, s'en va. La tristesse de ce qui s'écoule saisit et angoisse, car les petits personnages ne peuvent rien; ils son perdu dans l'immense nature.
Les construction humaines aussi semblent déjà des ruines. Mais ce ne sont pas là détails pittoresques ou littéraires. Ruysdael exprime le même sentiment par la grandeur savante de sa composition par obliques - oblique des nuages blancs qui traversent la toiles, oblique du fleuve qui descend à droite, obliques des collines - qui donnent une impression d'instabilité. La lumière extraordinaire surtout frappe par son côté fugitif.
Cette résonance philosophique se retrouve dans toutes les uvres de Ruysdael, leur imprimant une gravité, une richesse de correspondances sensibles entre l'homme et la nature, une valeur spirituelle uniques dans l'histoire de l'art. Ruysdael n'est pas seulement un paysagiste, la nature est pour lui l'occasion de méditer et d'atteindre l'émotion religieuse.