
Pierre Bruegel
Les Mendiants

Bois : 0,18 m x 0,21 m
Avec Bruegel la peinture flamande franchit une nouvelle étape dans la conquête de la vie, dont elle semble avoir fait son but essentiel. Ce tout petit panneau réussit en effet, par une étonnante virtuosité plastique, à donner une impression de pullulement. Cette cour des miracles en miniature, c'est toute l'angoissante misère humaine accusée encore par l'exquise lumière de printemps qui se répand sur les herbes et les feuillages légers du fond.
Peut-être, d'ailleurs, comme d'autres uvres de la même époque, ce tableau a-t-il une intention politique et fait-il allusion à la situation dramatique des Pays-Bas, en révolte contre les Espagnols. Les queues de renards qui ornent les costumes des lamentables estropiés étaient employées pour ridiculiser le gouvernement espagnol.
Ce petit chef-d'uvre fit probablement partie de la collection de Christine de Suède.
Il se situe dans la dernière période de Bruegel, celle des fameux tableaux des Mois : la Rentrée des troupeaux, la Journée sombre, les Chasseurs dans la neige (Vienne), la Fenaison (collection Lobkowitz), la Moisson (Metropolitan Museum, New York), celle de la Parabole des aveugles (Naples).
L'artiste qui avait jusque-là laissé à la nature le pas sur l'homme, oppose ce dernier au monde et lui rend le premier rôle. En lutte pour son existence ou écrasé par la fatalité, l'homme est toujours le héros.