
Giovanni Bellini
Christ bénissant

Bois : 0,58 m x 0,42 m
Sur un fond de paysage de couleurs d'orage, le Sauveur ressuscité , gardant les marques de la passion, le visage émacié, encore tiré de souffrance, bénit du geste rituel des deux doigts. Il tient le Livre, symbole de la Parole, qu'il laisse à ses disciples. Ce Christ est sans doute celui, "rarissimo per la devotione et per la diligenza", qui fut offert par Bellini au couvent de San Stefano de Venise. Ce Sauveur bénissant est un sujet unique dans l'uvre du Vénitien, qui se plaisait à peindre le Christ au bord du tombeau, à mis-corps, seul ou soutenu par les anges ou par la Vierge et saint Jean, dont le plus remarquable est celui de la Brera à Milan.
La beauté des modelés durs, comme taillés dans la pierre, la rigueur figée qui donne au Christ une âpre grandeur permettent de situer cette uvre, ainsi que le Christ au sacrophage du Musée Poldi-Pezzoli de Milan, comme le Christ au mont des Oliviers de la National Gallery de Londres, dans la période où Bellini a subi l'influence de Mantegna, devenu son beau-frère en 1453. Bellini a assimilé la technique de Mantegna, et par là il ouvre à l'école vénitienne la voie de la Renaissance, mais il est resté bien vénitien, c'est-à-dire sensible. Sensibilité capable de créer ce paysage inquiétant sous un ciel où courent les nuages effilés traduisant dans la nature l'angoisse du Christ sortant du tombeau.
C'est un sentiment religieux poignant qui rayonne du visage douloureux du Sauveur, où le regard a la douceur de l'amour infini de Dieu.