La troisième génération: la fin de l'age classique 

- La querelle des anciens et des modernes

- La Bruyère

- Fénelon 

La fin   du XVIIe siècle fut marquée par la Querelle des Anciens et des Modernes. Elle fut particulièrement vive entre 1687 et 1697. Les champions des modernes étaient Perrault, Fontenelle; les défenseurs des anciens, La Bruyère, Boileau. Les modernes finirent par l'emporter. Cette crise marque la dissociation de l'idéal classique. Il était formé de deux éléments: le goût de la raison qui entraînait l'esprit vers l'avenir; le goût de la beauté, qui l'incitait à imiter le passé. Ce fut le premier qui l'emporta, et l'art fut éliminé de la littérature pour un siècle. Le XVIIIe siècle est donc en germe dans la Querelle. Il se manifeste déjà par différents traits dans l'œuvre des derniers classiques: La Bruyère et Fénelon. 

La Bruyère (1645 - 1696) fit partie de la maison de Condé, d'abord comme précepteur, puis comme gentilhomme du duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. Ce milieu, où défilait tout ce qui comptait en France, était un champ d'observation magnifique: il y puisa la matière de son livre, Les Caractères (1688), recueil de maximes et de portraits, classés en seize chapitres. 

Comme moraliste, La Bruyère dénonce avec âpreté les abus fondamentaux de la société. Cependant ce n'est pas un révolutionnaire: il voit les causes du mal social dans la dépravation du cœur humain, non dans les vices de l'organisation politique. Il est surtout inimitable comme peintre de portraits. Il s'est attaché à noter minitieusement tous les détails extérieurs qui révèlent le caractère: il a ainsi transformé l'observation psychologique des grands clasiques en observation pittoresque, et sert de transition entre Molière et Lesage. La Bruyère a composé et écrit son livre avec un grand souci de la variété: d'abord parce qu'il voulait tenir le lecteur en haleine; ensuite parce qu'il aimait le style pour le style, et particulièrement, - ce qui est nouveau et annonce Montesquieu, - le style brillant et coupé. 

Fénelon (1651-1715) dirigea pendant de longues années les missions chargées de catéchiser les protestants de l'Ouest. En 1689, il devint précepteur du petit-fils de Louis XIV, le duc de Bourgogne, sur lequel il acquit un grand ascendant; puis il fut nommé archevêque de Cambrai. Il eut alors à soutenir contre Bossuet une lutte très ardente à propos du quiétisme; elle se termina par sa condamnation en cour de Rome. Il se confina désormais dans son diocèse, où il sut gagner l'affection de tous. C'était une nature complexe, à la fois séduisante et autoritaire, et qui au fond ne prenait jamais conseil que de son sens intime: donc un moderne. Ses ouvrages sont pour la plupart des ouvrages de théologie. 

Néanmoins il composa: à la demande d'une amie , le Traité de l'Education des Filles (1687) qui doit, selon lui, être guidé de façon tout  utilitaire par la considération du rôle que jouera la femme dans la famille et la société; - pour le duc de Bourgogne son élève, le Télémaque (1699), roman pédagogique, où l'on trouve plus d'une critique indirecte contre Louis XIV, notamment contre l'absolutisme du grand roi, son goût pour les guerres et le faste; - pour l'Académie, une Lettre fameuse (publiée en 1716), dans laquelle il lui soumettait un vaste plan de travail et donnait ses idées sur la littérature (notamment sur l'éloquence, la poésie, la tragédie, l'histoire). 

Fénelon tient aux deux siècles: au XVIIe par la foi et le goût de l'antiquité; au XVIIIe, par son goût pour les théories politiques, - par sa sensibilité, - par sa croyance à l'innocence de la nature. 

La querelle des Anciens et des Modernes 

Cause profonde du débat 

L'idéal classique est fait de deux élément différents: le goût de la raison et le goût de la beauté. Le goût de la raison éloignait de l'antiquité et engageait à ne consulter que soi. Le goût de la beauté ramenait à l'antiquité et invitait à en étudier les inimitables modèles; il avait barré, contenu pendant tout le siècle l'influence du premier élément sur la littérature; c'est par lui que la notion de l'art avait été maintenue; presque tous les chefs-d'œuvre oratoires et poétiques du temps sont sortis de la petite école des admirateurs de l'antiquité. 

Mais le progrès du rationalisme ne pouvait être plus longtemps enrayé, et nous assistons à la fin du siècle à la dissociation, à la destruction de l'idéal classique: c'est cette crise que l'on désigne sous le nom de Querelle des Anciens et des Modernes. 

Histoire de La Querelle. 

Elle a des origines lointaines. Le goût précieux avait donné naissance à des épopées prosaïquement emphatiques, dont les auteurs puisaient généralement leurs sujets dans l'histoire moderne. Ils prirent fort mal l'admiration que l'école de 1660 professait pour l'antiquité, et surtout sa tendance à renouveler des sujets antiques. L'un d'eux, Desmarets et Saint-Sorlin, entreprit de défendre la cause de tous. Il ne le fit pas sans porter plus d'une atteinte aux poètes anciens, ce qui tendait à instituer le procès général de toute l'antiquité. 

Vers le même temps la lutte s'engagea sur un autre point: il s'agissait de savoir si l'inscription d'un arc de triomphe dirait la gloire du roi en latin ou en français. Il se fit de gros volumes pour et contre l'emploi des deux langues, et là encore la question tendit à se généraliser. 

Mais on s'en tenait encore aux escarmouches, aux actions de détail. Une manifestation audacieuse de Charles Perrault, l'auteur des contes de Fées, déchaîna le grand conflit. Le 26 janvier 1687, en pleine Académie, il lut un poème dans lequel il proclamait la supériorité des poètes modernes sur les grecs et les romains: 

La belle antiquité fut toujours vénérable.

Mais je ne crus jamais qu'elle fût adorable.

Je vois les anciens sans plier les genoux:

Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous;

Et l'on peut comparer, sans crainte d'être injuste,

Le siècle de Louis au beau siècle d'Auguste. 

Après cette éclatante affirmation de sa thèse, Perrault en entreprit la démonstration: de 1688 à 1697, il fit paraître ses Parrallèles des anciens et des modernes, dialogues ingénieux et superficiels; qui enveloppent l'argumentation suivante: la loi de l'esprit humain , c'est le progrès; dans les sciences, nous savons plus que les anciens; donc dans les lettres aussi nous devons leur être supérieurs. Les anciens étaient des enfants en tout, les modernes représentent la maturité de l'esprit humain. L'étude des ouvrages littéraires vérifie cette généralisation: Pascal est au-dessus de Platon; Despréaux vaut Horace et Juvénal, et "il y a dix fois plus d'invention dans Cyrus que dans l'Iliade." Bien des causes expliquent cette supériorité des modernes: le seul fait d'être venus les derniers, la plus grande exactitude de leur psychologie, leur méthode plus parfaite de raisonnement, l'imprimerie, le christianisme… 

Aux côtés de Perrault s'était rangé dès le premier jour Fontenelle, qui avaitt lancé son exquise et suggestive Digression sur les anciens et les modernes (1688), où la question était traitée et résolue a priori. La nature est toujours la même, inépuisable en sa force, constante en ses effets: donc il naît autant de bons esprits aujourd'hui que jadis. Chaque âge lègue au suivant ses découvertes: donc les bons esprits d'aujourd'hui possèdent toutes les pensées des bons esprits de l'antiquité, et de plus celles qu'ils peuvent former eux-mêmes. Il se peut qu'en fait les poètes anciens n'aient pas été dépassés; s'ils ne l'ont pas été, ils peuvent l'être, ils doivent l'être. - Les "modernes", enthousiasmés, poussaient Fontenelle à l'Académie, où sa réception était la confusion des "anciens". 

Ceux-ci ripostaient par la réception de La Bruyère. Cependant Boileau, dont tout le monde attendait une réplique foudroyante, Boileau s'en tenait aux épigrammes. Il était en réalité dans une fausse position. Comment soutenir l'infériorité des modernes après Racine et La Bruyère, après Bossuet, après La Fontaine et Molière, après Pascal et Corneille? Il finit par entreprendre, de mauvaise grâce, une réfutation des "erreurs" de Perrault dans les Réflexions sur Longin; mais il n'aboutit qu'à faire œuvre lourde et mesquine. Les modernes restaient sur leurs positions. Et plus tard Boileau, réconcilié avec Perrault, lui concéda que le XVIIe siècle pouvait être égalé à n'importe quel siècle de l'antiquité. 

Portée et conséquences du débat. 

Il est facile de saisir le sens et la portée du débat. Les adversaires des anciens, Perrault, Fontenelle, sont des cartésiens: ils appliquent à la littérature l'idée cartésienne de progrès, et, au nom de cette idée, ne voyant dans la poésie et dans l'éloquence que les oeuvres de la raison qui est essentiellement et nécessairement perfectible, ils déclarent les écrivains modernes supérieurs aux anciens. Les gens du monde, que la vie de salon rend incapables de concevoir d'autres beautés que celles de l'esprit de conversation et de la vie élégante, se joignent à eux et assurent leur succès. 

Or le succès de Perrault, qui affranchit la littérature moderne de l'imitation et du respect de l'antiquité, ce n'est rien de moins que l'élimination de l'art, ou du moins du grand art classique, sévère et noble. Mais avec l'art s'en iront la poésie et l'éloquence. Et l'idée fatale à l'art, cette idée de progès qui fournit aux modernes leur principal argument, c'est l'idée maîtresse de la philosophie du XVIIIe siècle. Ainsi, dans le débat sur les anciens et les modernes, le XVIII siècle s'annonce. 

Déjà, dans la nature complexe des deux écrivains que nous allons étudier maintenant, certains traits apparaissent, qui ne sont plus du XVIIIe siècle. 

La Bruyère 

Vie de La Bruyère. Son caractère 

Un seul fait compte dans la vie silencieuse de Jean de La Bruyère, né à Paris en 1645: en 1684, ayant presque atteint la quarantaine, il entre, sur la recommandation de Bossuet, chez les Condé pour y diriger les études littéraires du duc de Bourbon, alors âgé de seize ans. Cette éducation terminée, La Bruyère resta dans la maison comme gentilhomme de M. le Duc. C'était une terrible race que ces Condé; ils n'étaient pas faciles à vivre. Le grand Condé, avec sa face d'oiseau de proie et son âme de bandit féodal, avait des emportements qui faisaient trembler; encore savait-il, quand il voulait, plaire et séduire. Mais le duc d'Enghien, son fils, était "le fléau de son plus intime domestique;" et quant à son petit fils, le duc de Bourbon, l'élève de la Bruyère il était au dire de Saint-Simon, indocile, agressif jusqu'à la férocité et pareil "à ces animaux qui ne semblent faits que pour dévorer…" 

Dans un tel milieu, où il fallait toujours être sur ses gardes et ne pas donner prise, La Bruyère ne fut pas heureux, il y partaît bien à un certain ton d'amertume répandu dans son livre. Néanmoins il vécut là dix ans, presque jusqu'à sa mort (1696), incapable sans doute de renoncer à ces champs d'observation magnifiques qu'étaient l'hôtel de Condé et le château de chantilly. Tout ce qui comptait en France passait et repassait sans cesse sous les yeux du philosophe et du peintre. Si sa bonne fortune ne l'eût placé dans ce poste, La Bruyère n'aurait sans doute pas fait son livre. 

De tempérament comme de naissance, La Bruyère est un bourgeois de Paris: un esprit libre, sans préjugés, très peu révolutionnaire, mais satirique et frondeur; nourrissant au fond une secrète ambition et répugnant en même temps aux bas moyens par lesquels tout peut s'obtenir: la flatterie, la bassesse, l'intrigue; - par suite, condamné à voir son mérite laissé sans emploi. Voilà la plaie incurable de La Bruyère, la source secrète de son chagrin, de sa colère contre les grands qui ne savent pas discerner le talent, contre la société qui ne fait pas de place au mérite personnel. Il cachait du reste cette amertume avec soin, et elle n'a guère paru que dans son livre. "C'était, dit Saint-Simon, un fort honnête homme, et de très bonne compagnie, simple sans rien de pédant, et fort désintéressé." 

L'action lui étant interdite, il se rejeta sur la pensée et sur l'art. Il publia en 1688 ses Carctères, qui eurent un grand succès, succès de scandale autant que d'estime. 

Les Caractères de La Bruyère. 

La première édition des Caractères portait ce titre modeste: Les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle, Cette dernière partie fit le succès du volume. En huit années, neuf éditions se succédèrent; l'auteur remaniait et accroissait sans cesse son ouvrage, qui doubla, puis tripla d'étendue: de 420, le nombre des morceaux constituant un tout passa à 11 20. Le texte en usage est celui de la neuvième édition, qui fut posthume. 

La Bruyère a prétendu que tout le livre avait été écrit pour préparer cette conclusion. En réalité, ce dernier chapitre, comme le chapitre Du souverain placé au milieu du volume, était destiné à désarmer les pouvoirs temporel et spirituel, au cas où ils auraient pris ombrage de l'indépendante franchise qui règne dans le retse du livre. 

Un plan génaral semble néanmoins avoir présidé à la distribution des chapitres: la doctrine littéraire en préface (I), le mérite personnel, qui n'a aucune place dans la hiérarchie sociale (II),  le monde (III-V), les classes (VI-IX), l'Etat (X), l'homme et sa destinée (XI-V). Mais il ne faut pas se laisser abuser par cet ordre apparent; il n'est pas dans l'invention, il est dans le classement. Les Caractères ont été faits au jour le jour; ce sont des notes prises devant la réalité. Quand son portefeuille a été assez rempli, l'auteur a classé ses notes sous différents titres trouvés après coup; il a tâtonné pour certaines, qui figurent tantôt dans un chapitre, tantôt dans un autre, selon les éditions. Ce décousu de la composition a son avantage: La Bruyère dit tout ce qu'il voit, les nuances les plus voisines, les contradictions les plus flagrantes; cela ne l'embrasse pas, puisqu'il juxtapose sans fondre. 

Il a placé son œuvre sous le patronage d'un ancien, Théorphraste. Mais son œuvre a des origines plus modernes et tout immédiates: le goût de la société polie pour les maximes et les portraits. Or, des maximes et des portraits, c'est tout le livre de La Bruyère. Pour les maximes, il avait un prédéceseur illustre, La Rochefoucauld, qu'il ne sut pas égaler; pour les portraits il en avait beaucoup, qu'il a éclipsés tous. En effet, ce n'est pas un moraliste profond, mais un admirable artiste. 

La Bruyère moraliste 

Sa peinture de l'homme est juste, un peu banale: c'est l'homme de La Rochefoucauld, de Pascal, de Montaigne; égoïste, inconstant, vaniteux, toujours en deçà ou au delà du vrai, prenant pour raison sa fantaisie, son habitude ou son intérêt, incapable d'un sentiment profond et durable. 

Plus serrée et plus personnelle est la peinture de la société. Il la voit fondée sur la naissance, idolâtre de l'argent, dont il annonce le règne et les ravages. Un chapitre rend même un son étrange: c'est le chapitre XIV, De quelques usages. D'un bout à l'autre, on y sent l'homme mécontent de ce qui est. Or que contient ce chapitre ? La critique des abus fondamentaux de la société du XVIIe siècle: abus dans la noblesse qui s'achète et qui n'est plus qu'un moyen de ne pas payer l'impôt; abus dans la religion, tournée en spectacle mondain; abus dans la famille, où les filles sont  inhumainement sacrifiées à l'orgeuil social et cloîtrées sans vocation; abus dans la justice, lente, coûteuse, injuste, etc. 

Or les points touchés par La Bruyère sont précisément ceux par où les philosophes du siècle suivant saperont l'ancien régime: La Bruyère est déjà philosophe au sens que voltaire et Diderot donneront à ce mot. - L'âpreté du ton est également du XVIIIe siècle. Il y a ce cri: s'il faut opter entre les grands et le peuple, "je ne balance pas, je veux être peuple". Et beaumarchais ne jugera pas les grands avec plus de sévérite. On sent couver sous ces critiques le rancune personnelle, ce qui est nouveau à cette date: La Bruyère a certainement souffert, dans le cour insolente de Chantilly, de se sentir ignoré ou dédaigné. 

Et cependant ce n'est pas un révolutionnaire. Comme tous les mécontents du XVIIe siècle, il attribue le mal social à la dépravation du cœur humain, non aux vices de l'organisation politique. Il parle en moraliste chrétien qui veut réformer l'homme, non en sociologue désiteux de transformer la société. 

La Bruyère artiste.

Ce moraliste est surtout un artiste. Ses observations sont en général d'autant plus aiguës qu'elles portent sur des réalités plus concrètes et plus sensibles. 

Il est incomparable dans l'observation des signes extérieurs par quoi les passions se manifestent. Voilà proprement son domaine. Il a recueilli avec une sagacité minutieuse et patiente tout ce qui, dans l'homme qu'on voit, trahit et découvre l'homme qu'on ne voit pas, port de tête, regard, démarche, geste, mot, tics et plis, habitudes physiques, actions familières (Portraits de Giton (VI), de Ménalque(XI), etc). Ses personnages sont dessinés avec une telle netteté, ils sont si particuliers dans leur air et dans leur action qu'on a peine à croire que l'artiste les ait composés et non copiés. La malignité des contemporains a voulu à tout prix découvrir les originaux. 

Des "clefs" parurent: La Bruyère les désavoua toutes: il avait soin de puiser "un trait d'un côté et un trait d'un autre," en sorte que ses portraits sont composites et vraiment généraux. - Cependant ce patient ajustage de petits traits adroitement choisis avait un inconvénient: il ne pouvait créer la vie et la flamme, et les portraits de La Bruyère pâlissent à côté de ceux de Molière, qui procède par intuition, va de l'intérieur à l'extérieur, et peint à larges touches (comparez par exemple les deux portraits de l'hypocrite: onuphre (XIII, et Tartuffe). 

Cette aptitude à saisir le geste caractéristique conduit naturellement à trouver le mot caractéristique aussi, et à montrer le personnage en action. (Portraits du fleuriste (XIII), de l'amateur de prunes (XIII), etc.). Sans cesse le portrait tourne en chapitre de roman (Zénobie (VI), Emire (III), etc.), en scène de comédie (Irène (XI), etc.). Il est évident que La Bruyère avait en lui l'étoffe d'un romancier, mais d'un romancier d'une sorte nouvelle: par son manque de profondeur philosophique, par son tempérament étrangement apte, au contraire, à saisir les formes et les apparences vivantes, La Bruyère transforme le réalisme psychologique des grands classiques en réalisme pittoresque, et sert de transition entre Molière et Lesage. 

La Bruyère écrivain. 

La forme de ce livre si dense est profondément originale. Maximes, silhouettes, dialogues, apostrophes, tableaux, pastiches s'entremêlent avec une étourdissante variété; et les débuts ingénieux, les arrêts subits, les hyperboles, les paradoxes, les conclusions imprévues piquent sans cesse la curiosité. Les contemporains, habitués à la régularité du style périodique, ont été séduits par cette diversité de tours et par ces traits vifs, aiguisés, incisifs. - C'est que La Bruyère, appréhendant avec raison qu'une succession d'observations sans suite ne présentât quelque monotonie, a voulu tenir le lecteur en haleine. - Du reste son tempérament d'artiste y trouve son plaisir: il aime le style pour le style, et voilà encore une nouveauté. Les classiques recherchaient surtout la netteté de la pensée, persuadés que l'exactitude de l'expression suivrait; La Bruyère s'attache particulièrement de l'expression. Il ne lui suffit plus de faire exact, il veut faire brillant. Lui-même a dit ingénument pourquoi: "On a mis dans le discours tout l'ordre et toute la netteté dont il est capable: cela conduit insensiblement à y mettre de l'esprit." Il a donc cherché à mettre de l'esprit dans le style. Aidé par sa connaissance parfaite des ressources de notre langue et de son vocabulaire, même technique, même archaïque, il y a le plus souvent réussi. Parfois il a abusé de sa virtuosité, et il n'a pas toujours évité l'affectation.  

Cependant, ce style coupé, ce style brillant qui abonde en traits spirituels ou perçants, c'est déjà le style de Montesquieu. 

3. Fénelon 

Vie   de Fénelon.

Son caractère. 

François de Salignac de la Mothe-Fénelon est né en 1651 au château de Fénelon en Périgord. Il avait l'âme tendre et ardente; il entra dans les ordres, il rêvait d'être missionnaire; mais en raison de sa santé fragile, il dut se contenter de la direction des Nouvelles Catholiques (protestantes converties); il le conserva dix ans; puis, quand la révocation de l'Edit de Nantes fut promulguée, il reçut la direction des missions chargées de catéchiser les calvinistes de Saintonge et de Poitou. Toutes missions délicates dont il se tira avec honneur et qui lui valurent la protection du grand Bossuet, son aîné de vingt-quatre ans.  

Leur succès, joint à la noblesse de sa race, le désignèrent en 1689 pour remplir auprès du duc de Bourgogne, appelé aussi le petit dauphin, la charge de précepteur que précisément Bossuet avait remplie, quelque vingt ans auparavant, auprès du grand dauphin. C'était un enfant réputé indomptable que ce petit-fils de Louis XIV. A force d'impérieuse douceur, Fénelon parvint à le mater, à le réduire, à le subjuguer au point qu'il pouvait rêver de jouer, si la disparition prématurée de l'héritier présomptif amenait un jour le petit dauphin sur le trône, le rôle de Richelieu ou de Mazarin. Cette éducation terminée, il fut nommé archevêque de Cambrai et sacré par Bossuet. 

Mais déjà était engagée la lutte qui allait mettre aux prises les deux prélats et consommer la disgrâce de Fénelon. Il défendait le quiétisme où sa nature mystique se complaisait. Bossuet, nature vigoureuse qui répugnait à tout mysticisme, en dénonça les dangers. La polémique devint ardente et se poursuivit pendant cinq ans, jusqu'au jour où le pape condamna Fénelon (1699). Il se soumit aussitôt et il se confina résolument dans son diocèse d'où le roi, indisposé par les allusions satiriques que l'on avait relevées dans le Télémaque, n'aurait point permis, il le savait, qu'il sortit. "Ses aumônes, écrit Saint-Simon, ses visites épiscopales réitérées plusieurs fois l'année, et qui lui firent connaître par lui-même à fond toutes les parties de son diocèse, la sagesse et la douceur de son gouvernement, ses prédications fréquentes dans la ville et les villages, la facilité de son accès, son humanité avec les petits, sa politesse avec les autres, ses grâces naturelles qui rehaussaient le prix de tout ce qu'il disait et faisait, le firent adorer de son peuple." C'est ainsi qu'il attendait patiemment l'heure de sa revanche. Il crut la voir toute proche quand le grand dauphin mourut: le petit dauphin devenait l'héritier direct du vieux roi; mais le petit dauphin mourut l'année suivante et Fénelon lui-même mourut trois ans après, quelques mois même avant Louis XIV (1715). 

Peu de natures furent aussi complexes. Une irrésistible puissance de séduction émanait de lui. Mais elle enveloppait un amour-propre tenace, incapable de se rétracter, habile à donner le change, comme on le vit bien dans la querelle sur le quiètisme. Bossuet s'évertue vainement à saisir dans les réseaux de son argumentation logique cet adversaire fugace, perfide, glissant. Cet amour-propre tend à devenir, en gardant les dehors de la douceur, esprit de domination; il tend à régir les actes, les pensées mêmes des autres, bref à se subordonner autrui. - Et pourtant Fénelon est tout amour. Il aime passionnément les idées, les êtres, les choses qui flattent sa nature, sans trop se soucier de l'incohérence que peuvent présenter ses préférences: jamais il ne s'est cru lié par le respect de la logique ou le sens du possible. "C'est, disait Louis XIV, le plus bel esprit, mais le plus chimérique de mon royaume." - C'est donc à la fois un autoritaire, un mystique, un artiste, ou pour mieux dire, sous toutes ces formes un individualiste qui prend conseil que de son sens intime, - donc un moderne. 

La plupart des écrits de Fénelon sont trop spécialement théologiques pour qu'il soit possible de les étudier ici. Il en est pourtant quelques-uns qui sont accessibles à tout le monde: le Traité de l'Education des Filles (1687); le Télémaque (1699); la Lettre à l'Académie (1716). 

Le Traité de l'Education des Filles. 

Depuis la préciosité, qui avait marqué l'avènement de la femme dans le royaume des idées, on controversait sur l'éducation féminine. Molière avait rassemblé, dans Les Femmes savantes (1672), les arguments en présence. Vers 1683, Fénelon composa son Traité à la demande d'une duchesse de ses amies qui avait huit filles à élever; il le publia en 1687, au lendemain de la création de Saint-Cyr où allait régner, grâce à Mme de Maintenon, un esprit semblable à celui qu'il préconisait. Il concluait à peu près comme Molière à la nécessité d'une éducation modérée. Toutefois Molière avait, à son ordinaire, envisagé l'éducation des femmes surtout dans ses conséquences sociales; Fénelon, prêtre soucieux de vie intérieure, y vit en outre le principe d'une dignité nouvelle. 

Ce petit traité comprend quatre parties: 

1° Un préambule : les filles peuvent ignorer bien des choses sans inconvénient; mais elles auront "une maison à régler, un mari à rendre heureux, des enfants à bien élever." Et il importe de meubler leur esprit afin d'éviter qu'il ne devienne romanesque. 

2° Une méthode pédagogique générale: assurer aux enfants une bonne santé; les instruire en les amusant, en tâchant d'obtenir tout de bonne grâce et par la voie de l'affection. 

3° Une application de cette méthode à l'éducation des filles. Pour remplir ses futurs devoirs, la jeune fille doit savoir lire et écrire correctement, savoir compter; posséder quelques notions de droit, afin de pouvoir administrer ses biens; connaître l'histoire grecque, l'histoire romaine, un peu d'histoire de France; du latin; la poésie, la musique, - bien que ce soient des arts dangereux parce que la sensualité y règne trop souvent, - et le dessin. 

4° Devoirs des parents: choisir avec soin la gouvernante de l'enfant, et ne pas troubler par l'exemple d'une vie dissipée l'éducation qu'elle donne. 

Ce charmant petit livre révèle une fine et sûre intuition de l'âme féminine. Les idées y abondent, souvent justes, parfois aventureuses, toujours intéressantes: éducation agréable, leçons de choses, emploi de l'art et du sens esthétique, exclusion de la musique (agent d'exaltation nerveuse) au profit du dessin, subordination du savoir au jugement et à l'utilité pratique, etc. Fénelon fait tout découler d'un principe unique: la considération du rôle que la femme doit jouer dans la famille et le monde. - A ce principe s'en joint un second, qui inspire toute la méthode: il faut suivre la nature, la redresser au besoin, surtout la developper. Ce prêtre croit, notons-le, à la bonté de la nature. 

Les Aventures de Télémaque. 

Le Télémaque est un roman pédagogique composé pour le duc de Bourgogne et destiné à former le sens moral du jeune prince, tout en lui faisant repasser l'histoire poétique de l'antiquité grecque. Il fut divulgué en 1699 par l'indiscrétion d'un copiste, et Fénelon, qui venait d'être condamné par le pape à propos du quiétisme, fut définitivement compromis aux yeux du roi. - L'ouvrage comprend dix-huit livres. Sa composition rappelle celle de L'Enéide: le héros, jeté par la tempête chez calypso qui s'éprend de lui, lui raconte ses aventures (I-VI); puis il arrive à Salente chez Idoménée; combats et réformes (VII-XVIII). 

Homère nous montrait au début de l'Odyssée Télémaque partant à la recherche de son père, mais revenant bientôt dans Ithaque. Fénelon prolonge son voyage: il suppose que le jeune héros, conduit par Minerve sous la figure de Mentor, son précepteur, parcourt depuis longtemps les mers quand une tempête le jette dans l'île de Calypso. La déesse, qui ne peut se consoler du départ d'Ulysse, s'éprend de son fils; elle le prie de raconter ses aventures. Le récit de Télémaque occupe les cinq premières livres. Calypso sent redoubler sa passion pour Télémaque qui s'éprend de son côté de la nymphe Eucharis. Mentor, pour l'arracher à cet amour, le précipite à la mer, s'y jette après lui, et tous deux demandent au capitaine d'un vaisseau phénicien qui les a recueillis de les ramener à Ithaque. Mais le pilote, trompé par les dieux, les conduit à Salente, capitale toute nouvelle d'un royaume qu'Idoménée vient de fonder. Mentor pacifie le pays, alors en guerre, et entreprend de donner au nouvel Etat des lois équitables et sages (Ce chapitre x est le chapitre capital de l'ouvrage; Fénelon y a groupé tous ses projets de réforme: réglementation du commerce et de l'administration; suppression du luxe et des arts inutiles; remise en honneur de l'agriculture; retour à une frugale simplicité).  

Télémaque, de son côté, termine victorieusement une campagne entreprise au profit d'Idoméménée et s'oppose au démembrement du pays des vaincus. Toujours inquiet de son père, il descend aux enfers, pénètre jusqu'aux champs-Elysées où les premières places sont réservées aux bisaïeul lui apprend enfin qu'Ulysse vit encore et lui donne de sages instructions sur l'art de régner. Et il revient à Salente; il y admire les transformations opérées par Mentor. Tous deux quittent Idoménée dont la fille est promise à Télémaque; Mentor, dont le rôle va finir, se révèle à Télémaque sous sa véritable figure et lui donne de sages instructions. Arrivé à Ithaque, Télémaque retrouve son père chez le fidèle porcher Eumée. 

Le Télémaque fut le point de départ de la réaction contre le gouvernement de Louis XIV, que Fénelon a vraiment haï: il ne lui pardonne pas, comme chrétien, les guerres, - comme noble, l'abaissement de la noblesse, - comme philosophe, la misère du peuple. Il eut beau se défendre de toute intention satirique: spontanément, en suivant sa nature, il avit appris à son élève à haïr la politique de son aïeul; et tout naturellement, les princes qu'il avait voulu rendre odieux au duc de Bourgogne pour le détourner de les imiter, avaient tous quelques traits du grand roi. Idoménée, intelligent mais trop ami de la guerre, du luxe, du plaisir, semblait être Louis XIV lui-même. 

L'idéal constitution de Salente, et divers écrits de Fénelon, (notamment les tables de Chaulnes) nous renseignent sur le gouvernement que Fénelon rêvait de donner un jour à la France, par l'intermédiaire de son élève: c'eût été une monarchie patriarcale, soutenue par la noblesse et travaillant au bonheur d'un peuple laborieux de commerçants et de laboureurs. Plus de dilapidations, mais une répartition équitable de l'impôt et une gestion honnête des finances publiques: suppression de la vénalité des charges, suppression des financiers. Plus de luxe insolent, grâce à des lois somptuaires. Plus de guerres, car les guerres, même profitables, sont trop coûteuses. - Ainsi les souvenirs lointains d'une féodalité rurale se mêlaient aux rêves littéraires d'un retour à l'age d'or. On voit assez combien toutes ces idées étaient nouvelles; mais elles n'étaient nullement révolutionnaires: elles ne touchaient pas aux principes fondamentaux de la monarchie. 

Les intentions pédagogiques et politiques que Fénelon a enveloppées dans son récit sont trop souvent apparentes, et la vraisemblance s'en trouve diminuée. La langue enguirlandée d'épithètes douceâtres et pompeuses prétend être un pastiche d'Homère, mais on y sent trop d'élégance aristrocratique et d'intelligence spirituelle. Avec tout cela, ce style n'est point factice: il sort naturellement d'une imagination toute pénétrée de la poésie homérique et échauffée d'une sincère admiration pour l'antiquité. 

La Lettre à l'Académie 

La Lettre à l'Académie est une œuvre de circonstance. En 1713, l'Académie avait prié ses membres de lui suggérer une occupation pour le jour où le dictionnaire serait achevé. La réponse de Fénelon fit tant de plaisir qu'on lui demanda de la publier. Il la reprit et l'étendit pour la rendre plus digne de l'Académie. Elle ne fut publiée qu'un an après sa mort, en 1716. - Il lui avait conservé le tour familier d'une lettre; à propos des différents projets qu'il soummet à l'Académie, il dit en toute simplicité ses idées, son impression, son goût sur les genres et sur les œuvres. - Il touche singulièrement juste sur un certain nombre de points: l'éloquence de son temps lui paraît trop scolastique, la poésie trop spirituelle, la tragédie trop pompeuse, l'histoire trop puérile et fausse. Même, le tableau qu'il trace de l'histoire telle qu'il la conçoit est si complet qu'il faudra attendre A. Thierry et Michelet pour en voir l'exécution. 

La Lettre à l'Académie comprend dix chapitres. - Les deux premiers, Projet de Dictionnaire, Projet de grammaire, sont brefs. - Chapitre III. Projet d'enrichir la langue. Fénelon regrette qu'on l'ait appauvrie en voulant la purifier et propose de l'enrichir en adoptant des mots étrangers, en forgeant des mots nouveaux. (Idée chimérique, comme l'insuccès de la Pléiade l'avait déjà montré). - Chapitre IV. Projet de rhétorique. Fénelon rêve, avec raison, d'une éloquence fondée sur le raisonnement et la passion, sans recherche de l'élégance et de l'esprit. - Chapitre V. Projet de poétique. Il rêve d'un beau si naturel, si familier, si simple que l'on soit perpétuellement séduit, jamais étonné. - Chapitre VI. Projet d'un traité sur la tragédie. Il faudrait éviter la fade galanterie, la fausse élégance, l'enflure surtout, revenir à la simplicité de Sophocle dans son Œdipe. - Chapitre VI. Projet d'un traité sur la comédie.  

Fénelon préfère à tout Térence et la comédie sentimentale. Il blâme Molière de s'être parfois exprimé en "galimatias," d'avoir outré les caractères et surtout "d'avoir donné un tour gracieux au vice, avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu." Néanmoins, le mot essentiel est dit: il admire Molière et le trouve "grand," plus grand même que Térence. - VIII. Projet d'un traité sur l'histoire. Ici tout est excellent, tout est neuf. L'histoire doit être impartiale ("le vrai historien laisse tomber les menus faits… ". Il s'efforce de "découvrir les liaisons"), dramatique (le vrai historien doit respecter la couleur historique: "Notre nation ne doit point être peinte d'une façon uniforme; elle a des changements continuels.") L'histoire enfin sera écrite, d'un style clair et nu: par la composition, les proportions, l'unité, elle sera une œuvre d'art. - Les deux derniers chapitres contiennent la réfutation de quelques objections possibles et des réflexions sur les Anciens et les Modernes, entre lesquels Fénelon ne choisit pas. Mais sa préférence pour les Anciens et les Modernes, entre lesquels Fénelon ne choisit pas. Mais sa préférence pour les Anciens est sensible dans toute sa lettre. 

Cette Lettre à l'Académie est le plus important ouvrage de critique du siècle, après L'Art poétique; avec elle, nous sommes à la fois tout près et très loin de Boileau; les résultats semblent identiques, mais la méthode et l'esprit diffèrent. Fénelon admire les anciens: mais il ne fonde pas son admiration sur des règles absolues et évidentes, il nous donne ses impressions plutôt qu'il ne formule des règles. Ici encore, c'est son sens individuel qui admire les anciens. Avec la Lettre à l'Académie, le goût, éminemment variable avec chaque individu, devient secrètement le principe de la critique. 

Fénelon écrivain. 

Il est malaisé de définir le style de Fénelon, qui a toujours recherché la pureté plutôt que l'originalité. Ce style est avant tout aisé, abondant, à la fois élégant et familier, comme il sied à la conversation d'un grand seigneur. Pas de rigueur logique, aucun raisonnement en forme: nous n'avons pas affaire à un dialecticien. Mais des reprises, des redites nonchalantes, qui visent à suggérer une impression: procédé de poète. Le rythme est toujours équilibré, toujours égal, toujours harmonieux; les hiatus y sont rares. Une grâce un peu molle règne dans l'ensemble. La langue n'a point vieilli. 

Complexité de Fénelon. 

Fénelon est une figure singulièrement complexe. Il appartient à la fois au passé et à l'avenir. Deux attaches évidentes le retiennent dans le XVIIIe siècle dont il est le dernier représentant: la foi et le goût de l'antiquité. Mais hors de là, par l'active curiosité de son esprit, par l'indépendance et les direction spontanées de sa pensée, par tout son tempérament enfin, il est déjà tout près de Rousseau. Et les pholosophes n'auront point tort de le réclamer pour l'un des leurs. (Il est vrai qu'ils se méprendront fortement en célébrant en lui un philantropedont la philantropie dériverait à peine du christianisme, et une victime sans défense sur laquelle se seraient méchamment acharnés le pape et le roi). 

Il y a en lui un philosophe, qui aime la paix, ma bonne administration, les "lumières"; il a le goût des théories politiques, qui semblait perdu. - Il est sensible. Il a l'amour de l'humanité, le sentiment social et philanthropique: il est bienfaisant et prêche à la bienfaisance. Il l'exerce aussi; il l'a montré à Cambrai pendant les plus dures années de la guerre. Il veut plus de bien-être, de tranquillité, moins de charges pour le menu peuple. - Et, ce qui inaugure vraiment un esprit nouveau, il voit la nature innocente, bonne, heureuse en son premier état; il indique cette thèse du retour à la nature que prêchera Jean-Jacques. - En vérité, ce prêtre mystique, ce grand seigneur porte en lui bien des germes de l'avenir, de ce XVIIIe siècle qui précisément tuera la noblesse et mettra en péril la religion.

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