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Envie ou jalousie ?

(Hanna Segal)

Dans l’intérêt d’un développement favorable du nourrisson dans la position paranoïde-schizoïde, il faut que les bonnes expériences prédominent sur les mauvaises. Le vécu réel du nourrisson dépend de facteurs à la fois extérieurs et intérieurs. La privation extérieure, physique ou mentale, empêche la gratification; mais même lorsque le milieu est propice à des gratifications, celles-ci peuvent encore être modifiées ou même évitées par des facteurs internes.

Mélanie Klein décrit l’envie comme étant un de ces facteurs qui agissent depuis la naissance et affectent matériellement les toutes premières expériences du nourrisson. L’envie a été reconnue depuis longtemps par la théorie psychanalytique et dans sa pratique comme une émotion de la plus grande importance. Freud surtout a accordé une grande attention à l’envie du pénis chez la femme.

Cependant, l’importance d’autres espèces d’envie n’a pas été reconnue aussi spécifiquement comme, par exemple, chez l’homme, l’envie de la puissance d’un autre homme ou des propriétés et conditions féminines, ou, chez la femme, l’envie envers une autre femme. Dans la littérature analytique et dans la description de cas, l’envie joue un rôle important, mais, à l’exception du cas spécial de l’envie du pénis, il existe une tendance à confondre envie et jalousie.

Il est assez intéressant de trouver, dans les écrits analytiques, la même confusion que dans le langage de tous les jours, où l’envie est couramment appelée jalousie. D’autre part, il est effectivement très rare que la jalousie soit décrite comme de l’envie; le langage quotidien - et le langage analytique reflète le même fait - semble éviter le concept d’envie et tendre à le remplacer par celui de jalousie.

Dans Envy and Gratitude (Envie et Gratitude), Mélanie Klein distingue nettement entre les sentiments d’envie et de jalousie. Elle pense que l’envie est le plus ancien des deux et fait valoir que ce sentiment est fondamental et un des plus primitifs. Cette envie primitive doit être distinguée de la jalousie et de l’avidité.

La jalousie se fonde sur l’amour, et elle tend à la recherche de la possession de l’objet aimé et à l’élimination du rival. Elle fait partie d’une relation triangulaire et concerne par conséquent une époque de la vie où les objets sont nettement reconnus et distingués les uns des autres. L’envie, au contraire, est une relation duelle où le sujet envie l’objet pour quelque propriété ou qualité; aucun autre objet vivant n’a rien à y voir.

La jalousie est nécessairement une relation à un objet total, alors que l’envie est essentiellement éprouvée par rapport à des objets partiels, et pourtant elle pénètre et persiste dans des relations à des objets totaux.


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