Dans lintérêt dun développement favorable du nourrisson dans la position paranoïde-schizoïde, il faut que les bonnes expériences prédominent sur les mauvaises. Le vécu réel du nourrisson dépend de facteurs à la fois extérieurs et intérieurs. La privation extérieure, physique ou mentale, empêche la gratification; mais même lorsque le milieu est propice à des gratifications, celles-ci peuvent encore être modifiées ou même évitées par des facteurs internes.
Mélanie Klein décrit lenvie comme étant un de ces facteurs qui agissent depuis la naissance et affectent matériellement les toutes premières expériences du nourrisson. Lenvie a été reconnue depuis longtemps par la théorie psychanalytique et dans sa pratique comme une émotion de la plus grande importance. Freud surtout a accordé une grande attention à lenvie du pénis chez la femme.
Cependant, limportance dautres espèces denvie na pas été reconnue aussi spécifiquement comme, par exemple, chez lhomme, lenvie de la puissance dun autre homme ou des propriétés et conditions féminines, ou, chez la femme, lenvie envers une autre femme. Dans la littérature analytique et dans la description de cas, lenvie joue un rôle important, mais, à lexception du cas spécial de lenvie du pénis, il existe une tendance à confondre envie et jalousie.
Il est assez intéressant de trouver, dans les écrits analytiques, la même confusion que dans le langage de tous les jours, où lenvie est couramment appelée jalousie. Dautre part, il est effectivement très rare que la jalousie soit décrite comme de lenvie; le langage quotidien - et le langage analytique reflète le même fait - semble éviter le concept denvie et tendre à le remplacer par celui de jalousie.
Dans Envy and Gratitude (Envie et Gratitude), Mélanie Klein distingue nettement entre les sentiments denvie et de jalousie. Elle pense que lenvie est le plus ancien des deux et fait valoir que ce sentiment est fondamental et un des plus primitifs. Cette envie primitive doit être distinguée de la jalousie et de lavidité.
La jalousie se fonde sur lamour, et elle tend à la recherche de la possession de lobjet aimé et à lélimination du rival. Elle fait partie dune relation triangulaire et concerne par conséquent une époque de la vie où les objets sont nettement reconnus et distingués les uns des autres. Lenvie, au contraire, est une relation duelle où le sujet envie lobjet pour quelque propriété ou qualité; aucun autre objet vivant na rien à y voir.
La jalousie est nécessairement une relation à un objet total, alors que lenvie est essentiellement éprouvée par rapport à des objets partiels, et pourtant elle pénètre et persiste dans des relations à des objets totaux.