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Des idéaux grandioses

(Annie Reich)

Il arrive fréquemment que les idéaux du Moi narcissiques ne deviennent apparents qu’à la puberté. Il semblerait que le retrait de la libido des objets dangereux pour le Moi, se produise sous la pression croissante des conflits pubertaires, afin d’effacer le danger de castration, accru du fait de la masturbation pubertaire.

Des idéaux narcissiques ayant un caractère compensatoire, grandiose et phallique, tels que nous les avons décrits, sont alors créés ou réactivés sur un mode régressif. Ce qui sous-entend que les désirs objectaux-libidinaux sont remplacés, sur un mode régressif, par les identifications du type infantile précoce mentionnées ci-dessus.

Les idéaux du Moi pubertaires constituent, cependant, dans des conditions normales, un mélange unissant ces identifications précoces à divers éléments du Surmoi. La persistance des idéaux narcissiques sous leur forme initiale indique la présence d’une pathologie plus ou moins grave. Des traces d’identifications narcissiques peuvent toutefois être décelées dans le Surmoi normal.

Parmi ces résidus d’identifications précoces - que je désignerai sous le nom d’éléments « archaïques » - je ne traiterai que des éléments positifs et grandioses. J’ai délibérément omis l’instabilité des premières images - la transformation subite d’un « bon » objet en un « mauvais » objet, avec toutes les conséquences graves qu’entraîne un tel changement en matière d’identification précoce et d’équilibre narcissique.

De plus, il y a lieu d’insister sur le fait qu’il est évident que, dans la plupart des cas, l’idéal du Moi et le Surmoi sont fondus, enchevêtrés et superposés l’un à l’autre dans une telle mesure que la différenciation de ces structures relève plutôt de la théorie. Il apparaît, d’autre part, que toute tentative d’appréhension des états narcissiques non psychotiques doit faire appel au concept d’idéal du Moi.

Alors que la prévalence d’idéaux du Moi conduit à une pathologie si grave qu’on ne peut manquer de la remarquer, des cas plus bénins passent souvent inaperçus. L’adjonction au Surmoi d’éléments narcissiques, non modifiés, de l’idéal du Moi, se traduit souvent par un sentiment d’identité totale avec l’idéal, en l’absence d’une transformation suffisante du Moi et d’un accomplissement réel.

Il n’est pas très facile de déceler ces sentiments dans l’analyse. Lorsqu’on y parvient, ils créent l’impression d’une légère confusion en ce qui concerne l’image que le sujet a de lui-même. Tout se passe comme si une fantaisie narcissique à propos du soi était devenue réalité, comme si les buts narcissiques avaient été atteints et comme si la distinction entre la fantaisie et la réalité était impossible dans certains secteurs limités. Il y a une absence totale d’objectivité lorsqu’il s’agit de soi-même.

Il arrive souvent, toutefois, que ces sentiments soient bien cachés et ne s’expriment pas ouvertement. En outre, il peut s’agir de sentiments passagers constituant une réponse immédiate à une situation particulière - par exemple, le danger d’irruption des pulsions incestueuses - et représentant une régression défensive à l’identification précoce.


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