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Narcissisme et pulsion de mort

(Pr. André Haynal)

Pour le Moi du début de la vie, alors que la réalité ne comporte pas encore les deux pôles intérieur et extérieur, sujet-objet, «soi » -«les autres », le narcissisme est l’investissement de vagues perceptions non structurées. Faute d’intervention des processus secondaires, il implique une méconnaissance de la réalité qui peut entraîner des conséquences allant jusqu’à l’autodestruction.

La «pulsion de mort» peut être comprise comme une tendance à revenir au régime narcissique, avec cette non-structuration qui la caractérise; peut-être également un représentant psychique de la loi d’entropie, luttant contre cette anti-entropie qu’est la vie. Si l’agression contenue dans l’instinct de mort met le Soi en danger, c’est également parce que la distinction entre soi et les autres est ignorée.

« L’aspiration à un état d’inexcitabilité totale... est une constante de la pensée de Freud », fait remarquer André Green. Cette idée implique que tout stimulus extérieur, mais aussi tout changement pose un problème. Quel est donc le «poids » de ce concept : le narcissisme est-il donc l’allié de ce que Freud appellera plus tard la pulsion de mort (Todestrieb), poussant l’individu à se refermer sur lui-même pour atteindre le degré zéro d’excitation, la mort ? ou est-il aussi, dans un autre contexte, en tant que « provisions narcissiques », l’accompagnateur nécessaire de tous nos actes, comme nous le disions au sujet du narcissisme secondaire?

Notons cette remarque de Béla Grunberger : « Pour ne pas être déprimé en considérant la brièveté et la précarité de l’existence, il faut être délirant » - nous dirions plutôt narcissique, au sens de narcissisme protecteur de la vie.

Cette prépondérance du narcissisme au tout début de la vie a été rapprochée de l’égocentrisme cognitif mis en évidence par les recherches de Jean Piaget: ainsi, la décentration cognitive ferait pendant à une « décentration » affective, et l’éclosion d’un monde symbiotique à charge narcissique ouvre un mouvement perpétuel de quête d’un équilibre toujours à reconquérir entre l’investissement de soi-même et celui des relations avec les autres.


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