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Les troubles du narcissisme

(Pr. André Haynal)

Pour Kernberg, et aussi pour les tenants de l’école kleinienne, l’envie et les rages sadiques-orales sont des déterminants cruciaux des troubles de caractère proches des états-limites, dont ils se différencient principalement par le recours à des mécanismes primitifs tels que le clivage, le déni, l’identification projective, l’idéalisation pathologique et le régime de toute-puissance.

Pour Kohut, par contre, le narcissisme suit une ligne d’évolution et sa pathologie découlerait d’un arrêt dans ce développement au niveau du Soi grandiose, des imagos parentales idéalisées, de phénomènes cliniques tels que le transfert en jumeau, etc. Les travaux de ces deux écoles aux Etats-Unis (d’ailleurs bien après ceux de Grunberger en France) ont mis en valeur l’importance des troubles du narcissisme que les psychanalystes d’aujourd’hui rencontreraient plus fréquemment qu’auparavant. Nous reviendrons encore, plus loin, sur la problématique impliquée par cette assertion.

Mais, comme nous l’avons déjà dit, ce concept est destiné à un certain moment à expliquer des phénomènes auxquels Freud se heurte, sensibilisé par les travaux de C.G. Jung et de K. Abraham à la clinique Burghölzli à Zurich. Jung était préoccupé par le problème des psychoses, et c’est à sa demande que Freud commenta le livre du Président Schreber. En 1908, Abraham , de son côté, pose ce jalon pour la compréhension de la psychose: « La caractéristique psycho-sexuelle de la démence précoce est Je retour du patient à l’auto-érotisme ».

Ainsi le sens donné à « narcissisme » suit-il son parcours historique: d’abord, pour Havelock Ellis et Näcke, une perversion pour laquelle l’objet sexuel du sujet est son propre corps: l’amour de soi-même, jusqu’à l’oubli total du monde dans la psychose, aboutissant d’ailleurs à l’élaboration des concepts de narcissisme primaire et secondaire (ce dernier englobant tout apport par introjection de 1’« objet ») dont nous avons déjà fait mention. A côté du narcissisme « sain », narcissisme quotidien, il existe donc le narcissisme défensif qui peut aboutir à la dénégation de l’objet perdu, au risque pour le sujet de quitter le monde du réel et d’être précipité dans la folie.

Supposant que le sujet narcissique est seulement préoccupé de lui-même, Freud pensait qu’il n’était pas susceptible de faire un transfert. Cette hypothèse est discutable pour la plupart des psychanalystes d’aujourd’hui, puisqu’on parle de « transfert narcissique » (cf. Kohut), ou au moins d’éléments narcissiques du transfert.

L’amour de soi-même, narcissique, à travers une relation spéculaire, dans le miroir d’une autre personne identique à nous (notre jumeau) ou supposée être comme nous, ainsi que la mère à une certaine époque de la vie (l’enfant s’aime dans la lueur de ses yeux), ou bien amour de quelqu’un de semblable à soi, chez qui l’on retrouve les traits de caractère qui sont les nôtres, d’où l’idée de Freud (1910) que certains attachements homosexuels sont enracinés dans cette forme d’amour narcissique.


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