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Narcissisme primaire et narcissisme secondaire

(Pr. André Haynal)

Freud, en 1910, parle dans Le Trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique (1910), de pulsions du Moi (Ichtrieb), ayant déjà fait allusion antérieurement aux pulsions «égoïstes » et aux «désirs ambitieux égoïstes » (1907, 1908, 1909).

Son souci théorique, surtout dans la controverse avec Jung, est de maintenir sa conception de libido sexuelle qui aura, outre le versant objectal, un versant narcissique.

Si le concept de narcissisme primaire est compris comme «un état précoce où l’enfant investit toute sa libido sur lui-même » (Laplanche et Pontalis), le narcissisme secondaire serait l’intériorisation d’une relation, notamment celle avec la mère; il constituerait l’un des fondements essentiels du psychisme, comme le montrent les états découlant de la carence ou privation de cet amour (Bowlby, Spitz et d’autres).

L’interprétation de ce que Freud a appelé «narcissisme primaire» soulève une série de questions. S’agit-il vraiment d’un stade parmi les autres, et la psychanalyse doit-elle envisager l’évolution de l’enfant comme une suite de stades distincts, parmi lesquels celui du narcissisme primaire trouverait sa place ? Ou faut-il le considérer comme l’un des «moments fondateurs, qui se caractérise par l’apparition simultanée d’une première ébauche du Moi et son investissement par la libido » (Laplanche et Pontalis) ?

L’hypothèse d’un tel moment fondateur est-elle en contradiction par exemple avec une idée comme celle de l’« amour primaire» de Michael Balint? Ainsi, l’amour primaire pourrait être conçu comme proche du narcissisme: « L’amour d’objet est une fraction transitive où alternativement l’objet est soit la mère soit l’enfant. L’enfant devient l’objet de l’objet dans la relation d’illusion de l’unité mère-enfant »(A. Green).

L’évolution de l’être humain comporte nécessairement des oscillations entre amour narcissique et amour libidinal. Le narcissisme secondaire, tel qu’il a été décrit par Freud, puis étudié par d’autres auteurs (parmi lesquels Pierre Luquet), représenterait l’amour de la mère introjecté par l’enfant qui, une fois séparé d’elle et sorti de la symbiose, conscient de son indépendance et de son altérité, « s’aimera tel que sa mère l’a aimé », c’est-à-dire qu’il ne pourra s’aimer (« narcissiquement ») que comme on l’a aimé («libidinalement »).

L’« amour de soi» (Selbstliebe de Freud, 1915) dans un régime de repli sur soi-même peut impliquer du plaisir de ses propres zones érogènes : ces plaisirs auto-érotiques ne sont cependant pas confondus avec le concept du narcissisme, plus large et d’une autre dimension que l’auto-érotisme, qui n’en couvre qu’un secteur.


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