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Une béance jamais comblée

(Pr. André Haynal)

Dans la ligne freudienne, P. Federn s’est attaché à examiner l’investissement narcissique des frontières du Moi. Celles-ci seraient perturbées dans les états de dépersonnalisation de différentes nuances et dans les psychoses où, suivant en cela Nunberg, l’auteur insiste sur l’importance de la perte d’objet. Les sentiments d’étrangeté et de dépersonnalisation traduisent des troubles de l’expérience du monde extérieur, et en même temps de l’image du Moi corporel, le sentiment de la réalité des objets dépendant des investissements libidinaux narcissiques du « Selbstgefühl » de Freud (1914).

On peut dire que, selon Federn, la connaissance de l’objet, de ses limites et de sa permanence dépend des investissements libidinaux du Moi: «Ici le narcissisme fonde l’objet », comme le dit S. Lebovici: préséance théorique en tout cas, et peut-être factuelle dans les premiers temps de la vie humaine.

Le narcissisme accompagne notre vie comme une ombre. Il renvoie au concept de Paradis originaire (peut-être intra-utérin), puis au stade narcissique où l’enfant croit à la toute-puissance de ses pensées (Freud, 1912-13), alors qu’il n’a pas à se préoccuper de la satisfaction de ses besoins et qu’il ignore le désir, faute d’exister en tant qu’individu; ensuite, c’est le passage de ce premier état de béatitude à une réalité où le petit homme se sent fragile et démuni.

Freud parle alors de la « Hilflosigkeit » de l’enfant (démunissement, déréliction du tout petit enfant) qui marque la vulnérabilité narcissique humaine et les points de réminiscence, de fixation narcissique ultérieure. Cette blessure peut être suffisamment pansée par des approvisionnements narcissiques dans la relation avec la mère et l’évolution ultérieure; sinon, elle laissera une béance jamais comblée, une vulnérabilité constante et une soif perpétuelle d’être reconnu et confirmé dans son narcissisme.


bilan

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