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Le Stade du miroir

(Pr. André Haynal)

Pour faire un pont entre toutes ces conceptions, on pourrait imaginer, dans une perspective diachronique, des transformations du narcissisme à chaque étape évolutive, marquées par l’organisation de la représentation de soi: le moment où cette dernière est «investie »avec la libido narcissique dans l’expérience fondamentale que J. Lacan a désignée sous le nom de «stade du miroir» («l’assomption jubilatoire devant le miroir étant l’expression de l’affect devant l’image narcissique du corps », A. Green).

Winnicott a insisté, pour cet investissement, sur le rôle de la mère, ses réactions, l’introjection de son attitude profonde.

Le stade du miroir est en quelque sorte le paradigme d’une relation duelle, pour Lacan l’institution du monde de l’imaginaire se voyant comme si l’image de soi était un autre dans le miroir. L’importance du nom ne s’y ajoute qu’à un niveau triangulaire, par la Loi. Il ne s’agit donc pas, selon Lacan, du problème de l’existence réelle, ni d’une existence symbolique. Il s’agit de l’image : se voir dans l’Autre. Ainsi, le Moi serait une construction, une statue imaginaire, un moule dans lequel on jette son identité aliénée.

Pour Lacan, qui a montré en 1936 l’importance de la découverte du corps perçu non plus comme un corps morcelé, mais comme une unité, la fascination de l’enfant pour l’image de l’Autre constitue une anticipation, par identification à cette image, d’une unité corporelle qui ne sera atteinte qu’ultérieurement. L’idée centrale est que cette expérience primordiale fait du Moi une structure imaginaire. Le stade du miroir constitue la source des identifications ultérieures.

Lacan rejoint là beaucoup d’auteurs qui pensent que l’investissement narcissique des objets et l’investissement par la libido objectale ne sont pas deux identités séparées, mais des modes coexistants. L’idée que l’Autre, dans le transfert, soit ressenti comme pareil - non identique -, comme maître absolu (dans le sens du maître et de l’esclave de Hegel), ou comme esclave absolu jouant le mort par son silence, rejoint l’idée de Rank (1914) selon laquelle l’expérience du double est une confrontation avec l’Autre, avec sa contrepartie, avec le jumeau, et finalement également une rencontre avec sa propre mort.

En quelque sorte, dans cette perspective, la relation duelle n’est pas si différente de la relation avec soi-même; elles ont des liens étroits, fait fondamental pour la compréhension de la dimension narcissique.

Néanmoins, on assiste à une certaine convergence dans l’appréhension de cette notion si difficile, dont la psychanalyse ne pourrait certainement pas se passer. Le fait, d’ailleurs, que de nombreux auteurs s’y attachent, essaient de la cerner, de la récupérer dans leur système conceptuel, montre bien à quel point elle est nécessaire.

Même si les accents sont différemment placés, on remarque de surprenantes concordances. Par exemple, Lacan rejoint Grunberger lorsqu’il suppose l’existence d’un point « pivotal » important entre le narcissisme et la structure œdipienne. Cela se situe d’ailleurs dans la ligne de Freud selon qui l’Œdipe échouerait par son impossibilité et, à ce moment, c’est la libido narcissique qui triomphe sur la libido objectale, et le sujet renonce à l’objet pour survivre.


bilan

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