Le sein à lorigine de certains comportements pervers
(August Stärcke)
D'après un matériel insuffisant, certes, mais sur la base de faits bien établis, je pense pouvoir établir des relations entre le sein et une perversion à l'origine incertaine le sadisme. Si je m'en tiens à l'idée que tout fantasme érotique se fonde sur une expérience réelle, il devient alors évident que la cruauté a pour symbole le prédateur qui mutile ses victimes; par là même, il crée un rapport très net entre la gratification obtenue par le biais de la nourriture et la souffrance, l'humiliation ou l'emprisonnement de ses proies.
Mais ce qui s'explique pour les prédateurs ne s'applique pas à l'espèce humaine ; par conséquent, nous devons renoncer à mettre au compte de l'hérédité ce que nous ignorons, à faire endosser à nos parents la culpabilité que nous ne pouvons pas supporter, et à parler de « réflexe archaïque » là où nous ne voulons pas voir la marque d'un comportement infantile.
Cette difficulté peut être évitée dans notre hypothèse de travail si nous nous tournons vers l'ontogenèse. La situation du prédateur qui possède sa victime vivante est plus ou moins analogue à celle de l'enfant au sein.
Si, au cours de l'allaitement, la mère présente des gerçures au sein ou bien souffre d'une quelconque façon, nous avons affaire à une situation réelle, dans laquelle l'enfant perçoit d'une part la douleur chez la personne dont il prend possession et, d'autre part, de laquelle il tire la plus intense gratification. Cette vérité a effectivement été confirmée dans un cas.
Plusieurs formes de sadisme découlent d'une même source. Si le baiser dérive de la succion, le plaisir sadique de la morsure peut avoir la même origine. Le fait de mouiller son partenaire de salive ou, pour l'enfant, de faire des « gros baisers mouillés » à sa mère doit être rapproché des facteurs qui ont trait aux excréments.
En définitive, donner des coups procure de la jouissance.
Une étude plus approfondie de l'érotisme de succion montre qu'il peut se diviser en deux grands complexes, c'est-à-dire celui du mamelon, grâce auquel la zone buccale de l'enfant trouve sa gratification, et celui du sein, qui érotise sa petite main. Ce dernier complexe sein-main se retrouve dans la manie de la flagellation dont l'objet primaire, les fesses, rappelle ces deux autres hémisphères que sont les seins.
En dehors du sadisme proprement dit, il existe une certaine affinité entre les mains et les fesses. Chaque fessée témoigne de cette relation. Sans sous-estimer l'influence de la zone anale voisine, je préfère voir dans ces connexions un reflet de l'amour infantile et du plaisir que le bébé éprouve à toucher de ses petites mains les premières et les plus importantes sources de la vie.
Je pense que mon hypothèse peut aisément se vérifier, car nombre de mères se rappellent avoir eu des gerçures aux seins. La décision repose sur les faits. Il est probable que les fluctuations relatives au processus d'identification durant l'allaitement préparent l'enfant à la forme ultérieure des processus sujectifs ; cette phase doit également amener la mère à un déplacement libidinal.