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Vers la différentiation progressive du Moi et du monde externe

(August Stärcke)

Pour nous résumer, disons qu'en dehors des excréments, c'est bien l'allaitement qui constitue le véritable support des désirs, des forces et des prédispositions que recouvre le terme de complexe de castration. Sur la base de cette théorie infantile, « la femme au pénis », il se peut que nombre de symptômes névrotiques, de détails concernant l'objet incestueux, de certaines formes de sadisme, ainsi que le processus de l'allaitement, jouent un grand rôle dans le mécanisme de la projection.

Si l'on me demandait ce que la thérapie psychanalytique peut tirer de ces observations, je devrais admettre que la découverte de mobiles moins désagréables, cachés derrière l'organisation érotique sadique anale, et soumis à un tel refoulement, ne suffit pas à en briser la barrière.

Et comme la thérapie vise justement à le supprimer, on aura avantage à prendre en compte l'élaboration ultérieure des aspects érotiques oraux refoulés après expériences du « déplacement vers le bas ». Il n'y a d'ailleurs aucune raison de voir des problèmes là où il n'y en a pas.

En effet, ce n'est pas parce que j'insiste sur l'importance de l'interprétation érotique-orale que, pour moi, l'analyse devrait s'arrêter là. Bien que le sens profond de nombreux symptômes soit à chercher dans l'érotisme oral, et qu'il soit à la base de l'ontogenèse, tous ces facteurs ne sont pas pour autant les plus sévèrement refoulés.

Nous le savons parfaitement: dans notre société hollandaise de psychanalyse, l'interprétation du comportement érotique-oral des individus normaux qui fument beaucoup ou qui aiment particulièrement les sucreries rencontre bien des résistances

J'ai donc commencé par l'analyse de quelques rêves. De là, j'ai procédé par cercles concentriques, comme lorsqu'on jette un caillou dans l'eau. J'en arrive maintenant au dernier cercle.

Ma conclusion s’inspire des observations pertinentes de Von Uexküll, et, surtout, de ses idées concernant l'influence du « plan structural » sur le monde externe et interne des animaux. « En réalité, prétendre que les différents individus d'une même espèce sont plus ou moins adaptés à leur environnement est une pure invention. Chaque individu évolue en fonction de son plan structural et de son environnement.

Le plan structural engendre automatiquement le monde extérieur de l'animal et ses limites », écrit-il. « Observer n'importe quel animal dans son environnement est chose facile, mais ne résoud pas le problème. L'observateur doit définir les facteurs qui, dans l'environnement, agissent sur l'animal, et la manière dont cela se passe. Notre point de vue anthropocentrique doit évoluer, et celui de l'animal seul devient décisif.

Tout ce qui nous paraît évident se trouve bouleversé la nature tout entière, la terre, le ciel, les étoiles, les objets qui nous entourent. Il ne reste plus des facteurs originels que ceux dont l'influence, correspondant au plan structural de l'animal, exercent un certain effet sur lui. Leur nombre et leur homogénéité sont déterminés par le plan structural.

Si l'on examine cette relation du plan structural avec les facteurs extérieurs, un nouveau monde, complètement différent du nôtre, se crée alors autour de chaque animal. On doit tout autant tenir compte des facteurs externes que de leurs effets sur le système nerveux. Ils sont tamisés et régularisés par le plan structural, et constituent ensemble le monde interne de l'animal. »

Von Uexküll trouve évidente la distinction entre monde interne et monde externe, mais à la seule condition que le Moi de l'animal soit précisément délimité dès le départ. Cette distinction n'a rien d'assuré, si, comme le préconise l'auteur, on se place au plan de l'animal. Elle est même plutôt anthropocentrique. Selon toute vraisemblance, les êtres vivants ne parviennent que graduellement à l'opérer ; on passe à l'origine par une période au cours de laquelle le Moi et le monde extérieur ne sont pas différenciés.

J'ai déjà fait remarquer que ce sont les processus de succion, de défécation et de miction (et peut-être aussi, pour les humains, le fait de se déshabiller) qui constituent les causes principales de cette discrimination. A partir de ce stade, le narcissisme primaire aboutit à une vie consacrée au plaisir et divisée en deux parties l'une est réservée au narcissisme, l'autre à l'amour objectal. Ces deux facteurs évoluent séparément, bien qu'ils aient des effets réciproques. La discrimination apparaît progressivement et n'intervient pas en même temps dans les différentes zones érogènes.

Puisqu'elle est absente pendant la phase de narcissisme primaire, on ne peut parler de monde externe et de monde interne ; tout ce que l'on peut dire, c'est que les traces mnésiques se constituent dès lors et qu'elles seront à la base de tout effort pour distinguer le Moi du monde externe.


bilan

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