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Le fétiche, formation de compromis

(Roger Dorey)

(4° partie)

La spécificité du fétichisme

Il faut croire que cette question de la relation du Moi à la réalité préoccupait Freud de façon insistante puisqu'il en a traité une nouvelle et dernière fois dans l’Abrégé de psychanalyse. Cependant, s'il revient sur l'exemple privilégié du fétichisme, c'est pour dire que le mécanisme de défense qui le caractérise, le déni, n'a en soi rien de véritablement spécifique puisqu'on peut l'observer dans d'autres états pathologiques et au cours même du processus de maturation du Moi.

Il en va de même pour le clivage du Moi qui s'observe tout aussi bien dans la plupart des psychoses. Ce texte nous confirme donc dans le sentiment que la spécificité du fétichisme, comme celle de toute perversion, ne doit pas seulement être recherchée dans la nature des mécanismes de défense en jeu, mais tout autant dans le type même de réalité sur laquelle ils s'exercent, cette réalité que nous avons tenté de préciser plus haut.

Cependant, dans l'Abrégé, Freud ne manque pas de comparer ce clivage du Moi à une autre forme de partage de l'appareil psychique, celle qui résulte de l'action du mécanisme de refoulement telle que nous l'observons dans les états névrotiques, faisant remarquer que la différence entre les deux « est essentiellement d'ordre topographique ou structural».

De ces derniers travaux de Freud se dégage donc une nouvelle orientation, la perspective structurale, dans laquelle vont s'engager de nombreux auteurs qui, à sa suite, complémentairement à la perspective psychogénétique, vont tenter de rendre compte de la structure spécifique propre aux déviations sexuelles. S'appuyant de façon privilégiée, sinon exclusive, sur ce dernier état de sa pensée, leurs études vont porter essentiellement sur les modes de défense élaborés par le Moi dans sa relation à la réalité.

Or il nous est apparu qu'il s'agissait là d'une vue partielle des choses et que l'on ne pouvait véritablement saisir l'originalité de la position freudienne concernant les perversions, qu'à la seule condition de resituer ses dernières propositions dans le cours même de sa pensée, de les remettre en quelque sorte en perspective avec les élaborations théoriques qui les ont précédées. La conception qu'avait Freud de la sexualité perverse est une conception essentiellement évolutive qui ne saurait être réduite à son état dernier, mais qui doit être saisie dans son dynamisme propre.

Ainsi, nous avons été amené à concevoir que la complexité du mécanisme de déni de la réalité du danger (ou de la menace) de castration ne pouvait être appréhendée qu'à la seule condition de reconnaître à l'intérieur même de ce processus défensif l'action du mécanisme de refoulement, d'abord conçu comme l'antagoniste même d'une formation perverse, puis sans cesse réintroduit dans la théorisation, pour marquer à la fois sa différence et sa promixité.


bilan

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