(3° partie)
Un Moi clivé
Cette interprétation que nous proposons semble justifiée par la remarque préliminaire par laquelle Freud introduit cet article. Il note en effet : « Je me trouve dans cette position intéressante de ne pas savoir si ce que je veux communiquer doit être considéré comme connu depuis longtemps et allant de soi, ou comme tout à fait nouveau et déconcertant. Tel est, je crois, plutôt le cas », dit-il.
Si nous nous interrogeons sur le sens de cette déclaration, nous remarquons que ce qui est connu depuis longtemps c'est, à n'en pas douter, le clivage déterminé à l'intérieur de l'appareil psychique par l'action du mécanisme de refoulement. Ce qui est nouveau et déconcertant pour Freud, c'est d'abord de découvrir que le Moi lui-même, dont on connaît bien la fonction synthétique, puisse être à son tour le siège d'une scission; c'est-à-dire que l'on puisse constater dans cette instance la coexistence de deux attitudes opposées à l'égard de la réalité.
Mais s'agit-il véritablement d'une découverte? Pas à proprement parler, puisqu'un tel phénomène a déjà été décrit, par lui, antérieurement. Ce qui le déconcerte le plus, selon nous, c'est de constater que dans le fétichisme le Moi se clive lorsqu'il est confronté avec une forme spécifique de réalité; d'une réalité qui s'en vient remettre en question l'opposition fondamentale : dedans-dehors, monde intérieur-monde extérieur, réalité psychique-réalité matérielle, un troisième terme donc, qui médiatise ces oppositions binaires et qui est le registre propre de la Loi.