(2° partie)
Une réalité déniée : linterdit paternel
Reprenant le problème dix ans plus tard dans « Le clivage du Moi dans le processus de défense », Freud va tenter de préciser la nature de la réalité qui est directement concernée par le mécanisme de déni. En effet, lorsqu'on parle de réalité de la castration ou de sa perception, de quoi s'agit-il?
On ne saurait se contenter de dire que ce qui est dénié, c'est le manque de pénis chez la femme, cette absence ne pouvant se constituer comme réalité que dans la mesure où elle est mise en relation avec une présence possible, ainsi que le font justement remarquer J. Laplanche et J.-B. Pontalis.
On ne saurait dire non plus que c'est la castration elle-même qui est rejetée, car alors « le déni porterait non sur une perception (la castration n'étant jamais perçue comme telle) mais sur une théorie explicative des faits (« une théorie sexuelle infantile »). Une lecture attentive du texte freudien tend à montrer que la réalité qui est en cause est désignée comme « réalité du danger (ou de la menace) de castration », expression au-delà de laquelle il faut entendre la réalité de l'Interdit paternel, c'est-à-dire la réalité même de la parole du père.
Nous sommes donc introduits à un type très spécifique de réalité, qui n'est ni la réalité objective, concrète, d'ordre matériel, à laquelle appartient le fait anatomique de la différence des sexes, ni la réalité intérieure du désir et du fantasme, mais une réalité d'ordre culturel, celle de la prohibition de l'inceste, c'est-à-dire la réalité de la Loi.
Certes, dans ce texte de 1938, Freud n'utilise jamais expressément la formule : « déni de la réalité du danger (ou de la menace) de castration», mais il est tout à fait évident qu'il ne se contente plus de parler en termes de déni d'une réalité perceptive. Toute la démonstration qui est la sienne, et qui tourne autour de la notion de « réalité du danger de castration », montre à l'évidence qu'au-delà du fait perceptif, ce qui est fondamentalement contesté par le fétichiste, c'est le danger réel auquel il est soumis du fait même de la satisfaction pulsionnelle qu'il s'accorde.