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Un trouble qui affecte les deux premières années de la vie (perversions)

(Phyllis Greenacre)

Tout d’abord, il faudrait souligner que peu d’analystes voient beaucoup de fétichistes au cours de leur pratique. Cela contraste avec la proportion actuellement assez élevée de patients présentant des défectuosités et des distorsions dans le développement précoce du Moi, et que l’on classe aujourd’hui comme « cas border line ». Puisque les fétichistes ont aussi des problèmes similaires dans le développement du Moi, les éléments déterminants qui les différencient des « cas border line » peuvent être d’une certaine importance.

Ainsi, d’après ma propre expérience, il m’apparaît que se produit généralement un trouble bien précis du développement au cours des deux premières années de la vie, trouble affectant et minant la progression régulière du travail de séparation et d’individuation. Une défaillance dans les soins maternels - que la mère prive ou comble démesurément le bébé - rend le terrain propice au développement ultérieur de tendances perverses, mais cette défaillance n’explique pas à elle seule le contenu spécifique de la perversion.

Cela signifie qu’il y a une augmentation de l’incertitude quant au je et quant à l’autre, et qu’il existe déjà une situation conduisant à une oscillation continue dans les relations. Les conditions tendent aussi à détériorer ou à ralentir la relation d’objet, et, par conséquent, à maintenir anormalement l’agressivité primaire et à augmenter l’agressivité secondaire du fait de la frustration.

Mais la prise de conscience de la différence anatomique entre les sexes apparaît à peu prés à ce moment-là. Déjà, vers la fin de cette période, des formes larvées de l’envie du pénis et de l’angoisse de castration commencent nettement à émerger.

Nous savons aujourd’hui que l’accommodation visuelle apparaît beaucoup plus tôt qu’on avait coutume de le penser (Spitz, 1965); l’effet de la découverte de la différence anatomique dépend, quant à lui, non seulement de ce moment, mais aussi de la fréquence des confrontations avec le sexe opposé et des situations entourant ces observations répétées. Pendant cette première période, deux circonstances semblent particulièrement prédisposer le jeune enfant à la confusion en ce qui concerne la différence anatomique, au point de fausser les perceptions qu’il a de son propre corps, de ses organes génitaux en particulier, et, ainsi, d’entraver le développement d’une image corporelle nette de cette zone.

La première situation est celle où le petit garçon est soumis précocement et de façon réitérée à la vue des organes génitaux féminins; la seconde situation apparaît quand il se produit réellement à cette même époque un trauma corporel grave, survenant chez l’enfant lui-même ou chez un proche.

Si l’enfant n’est pas vraiment exposé à la vue des organes génitaux féminins tôt dans sa vie, alors le postulat de Freud (1923) peut être confirmé le garçon suppose que tous les autres sont comme lui et possèdent le phallus. Mais il semble que, sauf en cas d’isolement extrême, il existe généralement bien des occasions de prendre conscience de la différence anatomique génitale entre hommes et femmes et entre garçons et filles avant l’âge de quatre ans.

Ces conditions se présentent dans les familles où les parents se montrent plus fréquemment nus devant l’enfant, mais davantage encore dans des situations où se trouvent deux enfants de sexe opposé, jumeaux ou n’ayant qu’un ou deux ans de différence, dont on s’occupe en même temps, que l’on baigne et habille ensemble. Si une telle confrontation est aussi répétée, voire presque constante, un intérêt et une confusion concernant les organes génitaux peuvent se développer à la fois.

Une confusion possible entre le je et l’autre

Ces conditions prédisposent à la confusion, même chez des enfants dont la séparation et l’individuation n’ont pas gravement été entravées. Cela est dû au fait que, tandis que les organes génitaux viennent en seconde place par rapport au visage, aux doigts et aux orteils, en tant que centres d’intérêt, ils ressemblent dans une certaine mesure au visage car ils font apparaître des différences identifiables d’une personne à l’autre. De plus, bien que l’enfant ne puisse voir son propre visage, à l’âge de deux ans, on le lui a ordinairement montré souvent dans un miroir, et il a commencé à lui être familier en tant que sien propre, bien que le miroir suscite aussi la question du « je» et de l’« autre» chez les jeunes enfants.

Pour ce qui est de ses organes génitaux, l’enfant peut aussi bien les voir que les toucher, mais sans doute pas aussi clairement ni d’aussi près que les parties génitales de l’« autre», qu’il soit enfant ou adulte. Pour le garçon, il y a, en fait, un décalage entre l’image obtenue en abaissant les yeux sur ses organes génitaux et celle qui est directement reflétée par le miroir. C’est parfois déconcertant.

Un patient disait que, lorsque dans son enfance il se masturbait face à un miroir avec le fantasme qu’on l’observait, il avait toujours l’impression que l’image reflétée n’était pas fidèle, mais démesurément grossie. Ce problème du miroir est exploité dans le livre intitulé A travers le miroir, dont l’auteur s’intéressait particulièrement à la photographie des petites filles prépubères.

Le sein maternel : un réconfort contre l’angoisse de castration

Après avoir appris à se tenir debout et à marcher, le petit garçon voit sous un nouvel angle ses propres organes génitaux, mais, même ainsi, ce n’est pas aussi net que la vision qu’il a des organes des « autres». Les circonstances qui affectent l’individuation de façon à empêcher la séparation de se faire augmenteront naturellement la confusion concernant les organes génitaux et favoriseront une oscillation permanente et la nécessité d’une incessante vérification; chez le garçon, cela se manifeste sous la forme du « Qu’est-ce qui m’appartient? Le possède-t-elle aussi ou non? »

Je pense que les enfants qui, à cette période, subissent un « stress », régressent aux pensées et aux sentiments se rapportant au sein maternel considéré non seulement comme réconfort direct, mais aussi comme substitut venant compenser l’apparente castration de la mère. Il est possible que cela soit une composante de l’oralité mentionnée par Gillespie (1940, 1952) qui apparaît souvent comme une caractéristique importante du fétichiste; et l’intérêt porté au sein dans les préliminaires de l’acte sexuel peut être rassurant pour l’homme dont l’angoisse de castration, sans toutefois exiger un fétiche, est cependant assez grande.

A cela il faut aussi relier le banal et fétiche objet transitionnel qui comble le vide entre le « je » et l’« autre » (Winnicott, 1953). Sa douceur, son odeur, l’importance de son identité propre et la nécessité de le garder prés du visage pour qu’il ait un effet soporifique, toutes ces propriétés trahissent sa parenté avec le sein maternel.


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