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Le fétiche : un substitut du « phallus maternel »

(Phyllis Greenacre)

La gravité du complexe de castration chez les fétichistes est reconnue depuis longtemps; elle fut clairement énoncée par Freud (1927), quand il se référa au fétiche en tant que substitut du phallus maternel auquel le petit garçon avait cru et ne parvenait pas à renoncer. Il décrivit le fétichisme comme « un signe du triomphe sur la menace de castration et un moyen de s’en protéger ». Dans son article sur le clivage du Moi dans les processus de défense, Freud (1938) reprit le thème du fétichisme et considéra que ce clivage défensif rendait compte de la capacité du fétichiste à maintenir deux images opposées des organes génitaux féminins.

Il pensait encore que le complexe de castration avait son origine dans la phase phallique, comme il le décrivit en 1923. Le petit garçon suppose, lui semblait-il alors, que tous les autres êtres humains, de même que les objets inanimés, sont pourvus d’un phallus comme lui-même. Sans aucun doute, il perçoit la différence entre l’homme et la femme, mais n’a pas l’occasion d’établir un rapport avec les organes génitaux. Freud dit nettement que le tout premier développement de la petite fille est inconnu du petit garçon.

Mais nos observations se sont étendues et nos idées sur le complexe de castration et sur le Moi ont quelque peu changé depuis la période s’étendant de 1923 à 1938. Je voudrais rappeler ici les travaux se rapportant à l’agressivité, les études sur la maturation et les fonctions du Moi, les observations concernant le déroulement et les entraves de la séparation et de l’individuation, l’examen minutieux des étapes de la relation d’objet et, de façon tout à fait significative, l’intérêt renouvelé pour l’image du corps, le Moi corporel précoce, la représentation de soi et les problèmes d’identité.

Je pense que tous ces travaux sont précieux pour la compréhension et l’élargissement de nos vues sur l’importance de la phase phallique et de ses variations, dans son étroite relation avec le complexe d’œdipe. Ils nous éclairent sur les nuances et la complexité de l’organisation infantile qui existe déjà quand l’enfant entre dans cette phase phallique.

Il est aujourd’hui courant de dire que l’angoisse de castration chez les garçons et l’envie du pénis chez les filles surviennent plus tôt qu’on ne le pensait auparavant, c’est-à-dire bien avant la phase phallique, généralement à l’âge de deux ans environ. Cette angoisse de castration précoce diffère qualitativement, me semble-t-il, de sa forme tardive, celle de la phase phallique, et apparaît sous la pression et la poussée du conflit oedipien.

Cette crainte de « castration » de la période anale ne paraît pas toujours correspondre à la peur de renoncer aux selles en tant que parties du corps, mais aussi à la peur de perdre le phallus auquel les selles sont si intimement liées par leur forme et leur localisation corporelle.

Mais après un certain temps, les selles deviennent une chose dont on peut disposer et, dans le même temps, le phallus en tant qu’organe séparé acquiert une valeur sensuelle accrue avec la maturation de la phase phallique. La fréquence plus grande des érections à ce moment peut aussi rehausser de façon significative l’importance du phallus, quand elles sont à la fois ressenties et observées, et cela augmente la peur de le perdre.

C’est justement l’intensité particulière du complexe de castration, qui atteint son plein épanouissement et sa réalisation à la phase phallique

- plutôt qu’il n’y trouve son origine, comme Freud l’a écrit en 1923,

- et la culpabilité singulièrement aiguë de la période oedipienne, qui différencient les perversions des névroses. La violence de l’angoisse de castration et de la culpabilité oedipienne chez le patient pervers est proportionnelle à la force et à la qualité de l’hostilité oedipienne. Alors que les principaux problèmes de la phase phallique et du complexe d’œdipe paraissent se révéler avec une force peu commune, un examen plus attentif indique que cela est dû à un effacement de la relation d’objet, accompagné d’une augmentation correspondante des composantes pulsionnelles agressives et narcissiques.

L’envie, le dépit, la possessivité et la dépréciation de l’un ou des deux parents peuvent jouer un rôle plus important que dans la relation d’objet, plus saine, de jalousie, ce qui permet au petit garçon une identification post-oedipienne plus libre au père. La période oedipienne est nettement plus complexe que dans les névroses. Nous pouvons mieux comprendre la situation, me semble-t-il, si nous examinons les vicissitudes du développement prégénital.


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