banner_bibliotheque.gif (8674 octets)

L’identification à la mère

Les perversions

(Phyllis Greenacre)

Je voudrais résumer ici certaines idées concernant la nature des perversions, en mettant en particulier l’accent sur leurs aspects génétique et dynamique. Je me référerai d’abord au fétichisme qui, après l’homosexualité, est le plus fréquemment rencontré chez les patients que les autres perversions plus marquées. Cependant, ces malades cherchent rarement à se faire soigner, et comme Freud (1927) l’a noté, bien des sujets tiennent leur pratique pour anormale mais ne la considèrent pas comme un symptôme.

Le fétichisme se présente généralement comme une distorsion du comportement sexuel dans lequel on trouve l’utilisation obligatoire d’un objet non génital qui fait partie de l’acte sexuel; sans lui, aucune satisfaction ne peut être obtenue. Habituellement, le fétiche doit posséder des qualités représentant sous une forme à peine dissimulée des parties ou des attributs du corps. Il s’agit d’objets en cuir tels que chaussures, gants, lanières, de vêtements en relation étroite avec le corps comme les sous-vêtements, de tresses et de perruques; tous ces objets ont en commun des propriétés fétichistes.

De plus, le fétiche doit être quelque chose de visible, tangible, inanimé, investi d’odeurs corporelles et difficilement destructible. Dans des cas plus bénins, ces exigences sont moins strictes et une partie du corps peut servir de support fétichiste; par exemple, le fétichiste concentre son attention visuelle ou tactile sur le cou, l’oreille, la poitrine ou les chevilles de la partenaire, de fait ou de mémoire; ou bien encore présente des fantasmes d’une complexité plus ou moins grande pouvant faire office de fétiche pendant le rapport sexuel, et même parfois pendant la masturbation.

L’une des questions qui se posent est la suivante: pourquoi est-il nécessaire que le fétiche soit représenté sous une forme aussi concrète? Pourquoi faut-il qu’il soit visible, tangible, résistant, odorant et à l’entière disposition du fétichiste? Pourquoi l’imagination n’en ferait-elle pas autant? Je reviendrai plus loin sur cette question.

Une conception erronée de l’appareil génital féminin

Mais voyons ce qui arrive dans le véritable acte fétichiste. Il est clair que le sens de l’identité corporelle génitale propre au fétichiste n’est pas solidement établi et que celui-ci a besoin que le fétiche soutienne sa masculinité incertaine, ce fait étant particulièrement apparent dans l’accomplissement de l’acte sexuel. L’existence d’un complexe de castration exceptionnellement grave est évidente de diverses façons et s’associe à deux conceptions opposées de l’appareil génital féminin.

Celui-ci est considéré comme avili, sale et inutile (essentiellement anal); ou bien il y a illusion latente que la femme possède un pénis. Manifeste dans certains cas, cette illusion est le plus souvent préconsciente et se trahit par divers lapsus, rêves et attitudes particulières. Ce hiatus dans le sens de la réalité peut être grave ou seulement bénin; il est quelquefois obligatoirement - mais pas toujours - associé à d’autres troubles importants de la perception de la réalité.

Très souvent, la perception est extraordinairement subtile et claire quand elle ne s’applique pas à la zone génitale, et elle possède une propriété qui rappelle l’intensité du souvenir-écran. Le fétichiste ne croit pas réellement que la femme a un phallus, puisque sa perception généralement bonne et le sens commun lui diraient le contraire.

Dans le fétichisme, et probablement dans la plupart des perversions, il y a prolongation inhabituelle du stade d’introjection-projection, au cours duquel on constate une séparation incomplète entre le « je » et l’« autre » et une oscillation entre les deux. Cela est associé à une aptitude plus grande que d’ordinaire à l’identification primaire. Cette aptitude subsiste cependant, mais à un degré moindre, chez tous les êtres humains, et elle peut être réactivée au sein d’une foule où la communication tactile, visuelle et corporelle se fait avec ou sans participation verbale.

L’identification primaire persistant chez lui à un degré inhabituel, le fétichiste se sent châtré quand il se trouve directement confronté à la zone génitale féminine. Le fétiche sert alors à concrétiser le phallus de la femme. Le sujet peut l’incorporer au moyen de la vision, du toucher ou de l’odorat et se l’approprier, sauvegardant par là sa virilité.


bilan

next