Un portrait psychanalytique des criminels
(Phyllis Greenacre)
Au cours de ces dernières années, quelques écrivains ont utilisé leur talent pour nous donner des études densemble portant sur des criminels et sur leurs crimes. Ce qui ma frappé, cest la présence, chez eux, de troubles graves dès la première année de la vie. Il est également évident que, très souvent, il est question dune vie familiale disloquée, ayant peu de chance dapporter un apaisement, que lon doit en même temps considérer dans un contexte social plus vaste (quil sagisse dune communauté ou dun groupe social) tendant à stimuler et à perpétuer la prédominance de développements sado-masochistes.
Pour les perversions criminelles les plus graves sexprimant par la violence un plaisir génital complet se développe rarement, me semble-t-il. La génitalité peut être totalement abandonnée au profit de débauches dagressivité ayant un support narcissique.
Ou bien cette génitalité continue à suivre un cours hésitant et incertain, avec amalgame disparate dhomosexualité et dautres perversions pour soutenir son existence fantomatique. Ou bien encore elle trouve à sexprimer par déplacement et retournement, à travers lutilisation darmes offensives. On observe la présence de fortes pulsions orales, directement ou sous forme déguisée, dans lintensité dévorante de lagressivité.
En discutant ainsi du crime en tant que forme de perversion, je m expose à la critique pour avoir appliqué des concepts analytiques à des cas que je nai pas vus et qui ne peuvent être analysés. Je dois laccepter; mais jespère pouvoir un jour présenter le matériel tiré de biographies de criminels et qui me semble significatif. Jai aussi trouvé une certaine confirmation chez Freud, dans larticle intitulé « Le problème économique du masochisme » (1924).
Après avoir exposé son point de vue, selon lequel lexcitation sexuelle survient en tant queffet accessoire dune série de processus internes dés que leur intensité dépasse certaines limites quantitatives, il poursuit en notant que rien de très important ne se produit dans lorganisme qui ne fournisse une composante à lexcitation de la pulsion sexuelle. Il pensait encore, à cette époque, que la compassion éveillée par la douleur physique et la détresse, de même que lexcitation qui sensuivait, relevaient dun mécanisme physiologique infantile qui cesserait dagir plus tard.
Il atteindrait un degré de développement variable selon les différentes constitutions sexuelles, mais fournirait de toute façon la base physiologique sur laquelle la structure du masochisme érogène sédifie, par la suite, dans lesprit. Plus loin, dans le même article, Freud déclare « En prenant son parti dune certaine inexactitude, on peut dire que la pulsion de mort qui est à luvre dans lorganisme - le sadisme originaire - est foncièrement identique au masochisme ».
Jaurai simplement à apporter deux légères modifications à cet énoncé : tout dabord, la douleur physique et la détresse dans la toute petite enfance sont associées à léveil de lagressivité, qui se trouve soulagée en partie par des décharges physiologiques et en partie par le contact avec la mère. Mais quand il ny a aucun soulagement à attendre dune relation avec un objet maternel ou son substitut, leffet est paralysant.
En second lieu, je crois que lagressivité a une source normale (non hostile) et non liée à un objet, agressivité qui participerait ainsi à lénorme poussée de la croissance prénatale, celle-ci se poursuivant à un degré élevé mais néanmoins décroissant pendant le premier mois de la vie (Greenacre, 1960). On ne peut considérer ceci comme hostile et franchement sadique tant quil nexiste pas tout au moins une ébauche de relation dobjet (sans cela, le nourrisson meurt de maladie physique intercurrente).
Si, cependant, cette ébauche de relation dobjet se trouve très diminuée ou gênée par ce qui semble faire défaut, alors le masochisme et le sadisme originaires se rapprochent beaucoup lun de lautre.