banner_bibliotheque.gif (8674 octets)

Un portrait psychanalytique des criminels

(Phyllis Greenacre)

Au cours de ces dernières années, quelques écrivains ont utilisé leur talent pour nous donner des études d’ensemble portant sur des criminels et sur leurs crimes. Ce qui m’a frappé, c’est la présence, chez eux, de troubles graves dès la première année de la vie. Il est également évident que, très souvent, il est question d’une vie familiale disloquée, ayant peu de chance d’apporter un apaisement, que l’on doit en même temps considérer dans un contexte social plus vaste (qu’il s’agisse d’une communauté ou d’un groupe social) tendant à stimuler et à perpétuer la prédominance de développements sado-masochistes.

Pour les perversions criminelles les plus graves s’exprimant par la violence un plaisir génital complet se développe rarement, me semble-t-il. La génitalité peut être totalement abandonnée au profit de débauches d’agressivité ayant un support narcissique.

Ou bien cette génitalité continue à suivre un cours hésitant et incertain, avec amalgame disparate d’homosexualité et d’autres perversions pour soutenir son existence fantomatique. Ou bien encore elle trouve à s’exprimer par déplacement et retournement, à travers l’utilisation d’armes offensives. On observe la présence de fortes pulsions orales, directement ou sous forme déguisée, dans l’intensité dévorante de l’agressivité.

En discutant ainsi du crime en tant que forme de perversion, je m expose à la critique pour avoir appliqué des concepts analytiques à des cas que je n’ai pas vus et qui ne peuvent être analysés. Je dois l’accepter; mais j’espère pouvoir un jour présenter le matériel tiré de biographies de criminels et qui me semble significatif. J’ai aussi trouvé une certaine confirmation chez Freud, dans l’article intitulé « Le problème économique du masochisme » (1924).

Après avoir exposé son point de vue, selon lequel l’excitation sexuelle survient en tant qu’effet accessoire d’une série de processus internes dés que leur intensité dépasse certaines limites quantitatives, il poursuit en notant que rien de très important ne se produit dans l’organisme qui ne fournisse une composante à l’excitation de la pulsion sexuelle. Il pensait encore, à cette époque, que la compassion éveillée par la douleur physique et la détresse, de même que l’excitation qui s’ensuivait, relevaient d’un mécanisme physiologique infantile qui cesserait d’agir plus tard.

Il atteindrait un degré de développement variable selon les différentes constitutions sexuelles, mais fournirait de toute façon la base physiologique sur laquelle la structure du masochisme érogène s’édifie, par la suite, dans l’esprit. Plus loin, dans le même article, Freud déclare « En prenant son parti d’une certaine inexactitude, on peut dire que la pulsion de mort qui est à l’œuvre dans l’organisme - le sadisme originaire - est foncièrement identique au masochisme ».

J’aurai simplement à apporter deux légères modifications à cet énoncé : tout d’abord, la douleur physique et la détresse dans la toute petite enfance sont associées à l’éveil de l’agressivité, qui se trouve soulagée en partie par des décharges physiologiques et en partie par le contact avec la mère. Mais quand il n’y a aucun soulagement à attendre d’une relation avec un objet maternel ou son substitut, l’effet est paralysant.

En second lieu, je crois que l’agressivité a une source normale (non hostile) et non liée à un objet, agressivité qui participerait ainsi à l’énorme poussée de la croissance prénatale, celle-ci se poursuivant à un degré élevé mais néanmoins décroissant pendant le premier mois de la vie (Greenacre, 1960). On ne peut considérer ceci comme hostile et franchement sadique tant qu’il n’existe pas tout au moins une ébauche de relation d’objet (sans cela, le nourrisson meurt de maladie physique intercurrente).

Si, cependant, cette ébauche de relation d’objet se trouve très diminuée ou gênée par ce qui semble faire défaut, alors le masochisme et le sadisme originaires se rapprochent beaucoup l’un de l’autre.


bilan

next