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L’agressivité dans les perversions

(Phyllis Greenacre)

On a dit jusqu’à présent fort peu de chose sur le rôle et les formes de l’agressivité dans les perversions et, particulièrement, dans les cas de fétichisme. Les manifestations variées de l’agressivité et les systèmes de défenses élaborés pour tenir en échec méritent une étude beaucoup plus poussée. Dans toutes les perversions, il y a certainement intensification du comportement sado-masochiste, et tendance à entrer dans une colère immotivée pour dissiper l’angoisse; cette colère est manifestement déplacée et a une fonction de décharge plutôt que de remède.

Quand il s’est produit un véritable trauma d’une certaine importance, l’agressivité semble être déviée sur un mode paranoïde et diffus; dans les cas où le préjudice subi a été extrêmement grave, l’agressivité se trouve retenue ou figée d’une manière qui évoque son origine physiologique, avec, simultanément, une altération de la qualité des perceptions conscientes.

Pendant la période de latence, où l’intérêt sexuel persiste mais se trouve plus influencé que d’ordinaire par les pulsions agressives (en particulier lorsque le complexe d’œdipe n’a pas vraiment reçu de solution adéquate), le fétichisme semble affleurer assez normalement (sous la forme de pierres porte-bonheur et d’ornements particuliers) chez les garçons et chez les filles, ainsi qu’une certaine propension au transvestisme sous des formes avortées, en particulier pendant la période incertaine de la prépuberté.

Si je devais donner une formule décrivant le développement des perversions (telles que fétichisme, transvestisme, voyeurisme et exhibitionnisme), je dirais que, du fait de perturbations précoces dans la relation mère-enfant, il se produit une détérioration grave de la relation d’objet qui s’associe à une faiblesse spécifique déterminée des images du corps et de soi, impliquant surtout les organes génitaux. Cela prend davantage de signification lors des périodes phallique et oedipienne, quand l’angoisse de castration est extraordinairement exacerbée par l’intensité de l’agressivité éveillée pendant ces périodes.

Une distorsion des pulsions sexuelles en voie de maturation permet de soutenir l’image corporelle. On se trouve alors en présence d’un cercle vicieux consistant en une panique périodique liée à la castration, vis-à-vis de laquelle le fétiche ou le comportement ritualisé servent presque littéralement de bouche-trou, permettant le simulacre d’un accomplissement ou d’un rapport sexuel un peu plus adéquat. Il se peut que cela ait une valeur narcissique plus qu’une valeur de relation d’objet.

Sadisme de surface et masochisme profond des pervers

Revenons-en au rôle de l’agressivité dans les perversions. Il est clair que la colère peut être utilisée comme décharge pour atténuer l’angoisse ou la tension; et, réciproquement, une forte agressivité peut surgir sans que l’enfant possède la faculté de la décharger sur-le-champ. Ces conditions favorisent les tendances sado-masochistes qui caractérisent toutes les perversions. Ainsi, le sadisme peut apparaître comme la principale manifestation de surface, le masochisme étant vécu, lui, à travers l’identification à la victime.

Il semble donc que le sadique et sa victime ne fassent souvent qu’une seule et même personne, c’est-à-dire qu’ils représentent différents aspects de l’image de soi dans l’inconscient de l’agresseur. Dans certains cas, on constate aussi qu’à l’évidence le masochiste attire et fait surgir le sadisme comme pour se compléter lui-même ainsi. Cela ressemble un peu à ce qui se produit chez certains travestis, qui incarnent les deux parents à la fois et interprètent les différents rôles parentaux à l’aide de parties différentes de leur propre corps.

De plus, l’histoire de nombreux sadiques tend à prouver qu’ils ont été amenés à flirter avec le danger et l’autodestruction, comme si leur véritable but avait été la mort ou le retrait de la vie par l’intermédiaire d’une incarcération prolongée. Mais, là, nous empiétons sur le domaine des perversions qui se présentent sous forme d’actes criminels, et qui soulèvent aussi la question de l’incidence des autres perversions chez les criminels.

C’est là un terrain difficile pour l’analyste, car il n’a guère de possibilité dans ce cas d’analyser le patient. Les seules contributions que l’analyse puisse apporter sont fondées sur des déductions tirées des traitements psychanalytiques appliqués aux cas les moins graves et sur l’étude des rares comptes rendus biographiques des criminels.


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