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Certains homosexuels sont de véritables fétichistes du pénis

(W.H. Gillespie)

Binet, le premier, suggéra en 1887 que le fétichisme résulte d’une expérience, habituellement infantile, où l’excitation sexuelle fut éveillée dans des circonstances particulières restant associées de façon permanente à une telle excitation; sa théorie aurait été sans doute exprimée plus tard en termes de conditionnement. Freud confirma d’abord cette découverte de Binet, mais fit remarquer ensuite que l’expérience initiale d’excitation sexuelle dans des circonstances particulières exige, elle aussi, une explication; en réalité, derrière ce premier souvenir de l’apparition du fétiche, il y a une phase de développement sexuel plus primitive mais oubliée.

En outre, Freud attira l’attention sur la relation symbolique qui parfois explique le sens du fétiche, comme dans le cas du pied, de la chaussure ou de la fourrure, tous symboles bien connus des organes sexuels mâles et femelles. L’importance que de nombreux fétichistes attachent à l’odeur de l’objet est liée aussi au plaisir qu’éprouvent les jeunes enfants pour ce qui, plus tard, en raison du refoulement, sera ressenti comme odeurs désagréables. Lorsque Freud écrivit en 1927 un court article sur le fétichisme, il arriva à la conclusion qu’il se trouve un facteur dans l’étiologie du fétichisme, un facteur essentiel et même primordial, à savoir l’angoisse de castration et l’incapacité de tolérer l’idée qu’il existe des êtres humains dépourvus de pénis, des êtres, donc, qui auraient été considérés par le petit garçon comme châtrés.

Cela conduit à l’impossibilité d’accepter les organes génitaux féminins comme un fait de nature et, à plus forte raison, comme une chose sexuellement excitante et désirable. De tels sentiments, bien sûr, peuvent aisément conduire à un développement homosexuel: la condition sine qua non, pour un homosexuel, est que son partenaire doit posséder un pénis et, en effet, certains homosexuels peuvent être tenus, non sans raison, pour de véritables fétichistes du pénis.

Cependant, le véritable fétichiste évite justement l’homosexualité grâce à la création de son fétiche, car le fétiche représente le pénis douloureusement manquant de la femme, qui peut alors être acceptée sans trop d’angoisse de castration, pourvu que le fétiche rassurant soit présent. Néanmoins, comme nous l’avons vu, dans les cas les plus graves le fétichiste se passe totalement de la femme. L’angoisse de castration implique naturellement que le garçon ait soit perçu les organes génitaux féminins, soit en ait pris connaissance d’une autre façon; par conséquent, une croyance dans le phallus féminin implique le déni d’une perception réelle.

L’enfant entretient alors en esprit deux idées contradictoires dans le même temps, ou plutôt son Moi résout ce dilemme en créant un compromis, le fétiche. Chose concrète et réelle, qui peut être vue et touchée - à la différence du phallus féminin elle représente aussi celui-ci, confirmant ainsi son existence et apaisant l’angoisse de castration. Le fétiche reste le signe d’une victoire sur la menace de castration et épargne au fétichiste la nécessité de devenir homosexuel, en faisant de la femme un objet sexuel tolérable.

Le déni de la perception à la base de ce mécanisme évoque ce qui se produit dans le déni de la réalité du psychotique; mais, chez le fétichiste, seul un courant de la vie mentale s’oriente de cette façon : la vie sexuelle est clivée du reste, qui peut être assez bien adapté à la réalité. Ainsi, Freud en vint à accorder une grande importance au clivage défensif du Moi dans l’étiologie du fétichisme.


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