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La théorie du fétichisme

(W.H. Gillespie)

Un bon nombre de raisons font du fétichisme l’une des perversions les plus intéressantes du point de vue psychologique. Tout d’abord, bien qu’il prenne parfois des formes curieuses, il ne fait dans le fond que caricaturer sous bien des aspects l’amour sexuel normal.

Dans sa forme mineure, que nous avons vu apparaître dans le comportement sexuel normal, le fétichisme se traduit par l’exigence que l’objet sexuel possède certaines particularités physiques bien déterminées ou qu’il porte certains types de vêtement. Ici, l’objet sexuel humain a encore une importance. Dans la forme plus pathologique du fétichisme, le processus va plus loin : le désir ardent pour le fétiche, une chaussure, un imperméable, des fourrures par exemple, prend véritablement la place du but sexuel normal d’union génitale. En fait, le fétiche peut être totalement séparé de tout objet humain; la possession de cet objet inanimé et le jeu qui l’accompagne deviennent l’activité sexuelle exclusive du fétichiste.

L’amour qui est ainsi ressenti pour un objet inanimé dans les formes les plus extrêmes du fétichisme trouve un parallèle intéressant dans le développement de nombreux jeunes enfants - phénomène décrit par Winnicott en 1953, qui introduisit le terme d’« objet transitionnel ».

Il entendait par là l’attachement que tant de bébés développent à l’égard d’un objet inanimé spécifique, un châle par exemple, duquel ils ne veulent en aucun cas être séparés et qui doit rester inchangé (il ne doit pas être lavé). Il est cependant important de ne pas confondre « objets transitionnels» et fétiches. Les premiers apparaissent à un stade précoce du développement et sont étroitement liés à l’allaitement ou au biberon.

Bien que sans doute sexuel au sens large, ils ne sont pas spécifiquement apparentés aux organes génitaux ou à leurs fonctions. On les trouve dans les deux sexes, alors que l’un des traits les plus marquants du fétichisme est sa grande rareté chez la femme. Dans certains cas, il peut s’avérer que ce qui est en fin de compte choisi comme fétiche a représenté l’objet transitionnel des premières années de la vie de l’individu. Comme nous le verrons, un fétiche est essentiellement un produit de la phase génitale, même s’il doit être considéré comme une sorte de recul par rapport à cette phase.


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