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Angoisse de castration et perversion

(W.H. Gillespie)

Un autre domaine qui nécessite d’être approfondi est celui de l’angoisse de castration, dont la signification dans les perversions fut soulignée par Freud. Les faits cliniques ne permettent pas de douter que les pervers sont certainement dominés par l’angoisse de castration et les défenses contre celle-ci; cependant, des divergences d’opinion sont apparues parmi les analystes sur la signification de ces phénomènes qui s’offrent à différentes interprétations. Il y a eu une insistance croissante sur l’importance des désirs agressifs et du sadisme, par lequel on entend un composé de pulsions agressives et libidinales.

L’influence de l’agressivité fut de plus en plus reconnue au cours des dernières décennies, et elle a de nombreux rapports avec notre sujet. Par exemple, Freud décrivit en 1922 un mécanisme présent dans certains cas d’homosexualité; la relation homosexuelle constitue une défense contre un état de choses plus précoce où l’individu éprouve une jalousie et une hostilité intenses envers ses frères rivaux. Le rôle des mécanismes primitifs d’introjection et de projection a été largement souligné, et l’influence de l’œuvre de Mélanie Klein fut grande dans ce domaine.

En 1933, Edward Glover suggéra que les perversions pouvaient former une suite de développements reflétant les étapes dans la maîtrise de l’angoisse concernant le corps propre ou les objets extérieurs de l’individu; à son avis, les perversions représentent des tentatives de défense contre l’angoisse liée à l’introjection et à la projection, au moyen d’une libidinisation excessive. Ces mécanismes primitifs sont apparentés aux formations psychotiques; Glover suggéra de plus que certaines perversions devaient être considérées non pas comme le négatif des névroses, mais comme celui des psychoses; selon lui, elles aident à combler des failles dans le développement du sens de la réalité.

Les compléments importants aux premières formulations de Freud sont en rapport étroit avec l’intérêt croissant que des analystes ont porté au Moi et à ses activités, dans les deux ou trois dernières décennies. Un autre aspect doit être mentionné. Je me réfère à ce que Freud appelait le clivage du Moi, et qu’il reliait au mécanisme de négation ou désir. Ce mécanisme diffère sur un point essentiel du refoulement, bien que par ailleurs il lui ressemble. Dans le refoulement, un élément indésirable de la réalité, tel qu’un souvenir déplaisant, est rejeté du conscient; pour le Moi, il a cessé d’exister. En ce qui concerne la négation, l’élément indésirable de la réalité est accepté par la conscience mais, en même temps, il est constamment dénié.

Prenons comme exemple le cas du fétichisme où les sentiments érotiques sont liés, non pas à l’aspect génital d’une personne du sexe opposé, mais à une partie non génitale du corps ou à un vêtement; il peut alors parvenir à éliminer la personne en tant que telle. Pour Freud, la psychopathologie essentielle est ici liée à l’angoisse de castration intense du garçon angoisse qui le met dans l’impossibilité d’accepter la réalité des organes génitaux féminins, car l’absence de phallus constitue une menace trop grave pour l’intégrité de ses propres organes génitaux.

Cette angoisse de castration conduit alors à une défense par le mécanisme du désir: le garçon dénie sa perception de la femme sans pénis. Néanmoins, dans le même temps, il abandonne la croyance selon laquelle le phallus féminin existe, et il constitue à la place un objet de compromis : le fétiche. Le fétiche représente le phallus féminin auquel il peut encore croire et absorbe tous ses intérêts érotiques; cependant, il est conscient de l’existence des organes génitaux féminins et il éprouve un sentiment d’aversion à leur égard. Une telle attitude double vis-à-vis de la réalité inacceptable est ce que Freud a appelé le clivage du Moi.

Vous remarquerez qu’il y a une grande similitude entre ce mécanisme et le mécanisme plus général que Sachs proposait pour toutes les perversions. Le fétiche représente évidemment l’élément de sexualité infantile qui est choisi et accepté par le Moi comme pars pro toto, le reste étant rejeté. La principale raison de ce rejet, selon Freud, est l’angoisse de castration; mais l’expérience clinique de nombreux analystes a montré que la situation est généralement plus compliquée et que des éléments prégénitaux primitifs jouent un rôle important. Après avoir présenté dans un article en 1940 l’analyse d’un fétichiste, j’émis cette hypothèse : le fétichisme serait le résultat de l’angoisse de castration, mais d’une forme spécifique, produit d’un mélange de tendances anales et orales.


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