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Castration, culpabilité, perversion

(W.H. Gillespie)

Nous essaierons de présenter aussi simplement que possible la théorie psychanalytique des déviations sexuelles ou perversions, avec une référence particulière au fétichisme. Avant de commencer, il serait utile, à mon avis, de considérer ce que nous entendons par « perversion sexuelle ». Evidemment, nous traitons d’un type de déviation du comportement sexuel normal, et cela implique naturellement que nous ayons un modèle normal de référence.

Ce n’est cependant pas aussi évident que cela peut paraître à première vue, car le fait est qu’il existe nombre de variations dans le comportement sexuel, même dans une culture comme la nôtre. Assurément, certaines de ces déviations doivent être tenues pour normales, sans quoi nous serions dans la situation ridicule qui consisterait à postuler l’existence d’un modèle normal qu’on ne trouverait en fait que dans une faible proportion de la population.

Bien qu’il soit imprudent de donner une définition à la fois rigoureuse et rapide, je pense qu’il est juste de dire ceci : nous ne devons parler de perversions sexuelles que si nous nous référons au comportement sexuel habituel d’un individu plutôt qu’à une manifestation occasionnelle ou à un pur fantasme. En fait, comme Freud l’a signalé plus d’une fois, les deux particularités qui nous permettent de considérer comme pathologique un type donné de comportement sexuel sont tout d’abord sa nature tenace et répétitive, et, deuxièmement, son caractère exclusif et sa tendance à remplacer une relation sexuelle amoureuse avec un adulte du sexe opposé.

Cette approche provisoire nous oblige, il est vrai, à étudier et à classifier les perversions sexuelles comme l’ont déjà fait un certain nombre de chercheurs tels que Krafft-Ebing et Havelock Ellis. Cependant, c’est la conception de Freud qui m’intéresse le plus ici; pour lui, essentiellement, dans ce domaine comme dans celui des névroses, il s’agissait d’aller au-delà de la classification et d’essayer de comprendre les origines et les significations psychologiques de ces états.

Freud publia sa première étude d’ensemble des perversions sexuelles en 1905 dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité. Sa découverte centrale, celle qui est au cœur des Trois Essais, est celle d’une relation étroite entre la sexualité infantile, les névroses, les perversions et le développement de la sexualité adulte normale pendant et après la puberté. Le terme « sexualité infantile » renvoie aux activités et aux fantasmes sexuels que Freud considérait comme un phénomène habituel aux quatre ou cinq premières années de la vie de l’enfant.

Avant Freud, il était généralement admis que les manifestations sexuelles apparaissent normalement, pour la première fois, à la puberté et prennent la forme d’une attirance irrésistible pour les individus du sexe opposé. Cela impliquerait que la fonction sexuelle est, à un degré extrême, innée ou instinctuelle. En dépit de sa propre hypothèse, selon laquelle la sexualité est essentiellement fondée sur l’instinct, Freud vit clairement que l’idée populaire d’une poussée instinctuelle de l’activité sexuelle survenant seulement à la puberté ne correspondait pas aux faits, et qu’une histoire longue et décisive dans l’enfance précède et détermine pour une bonne part l’issue de la puberté.


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