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Le travesti s’identifie à la femme phallique

(W.H. Gillespie)

En relevant ces mécanismes et ces fantasmes essentiels, Freud semble avoir délaissé les autres aspects du fétichisme qu’il avait pourtant été le premier à mettre en évidence. Il insistait sur la façon dont l’angoisse de castration peut survenir chez un garçon à la suite de menaces de castration liées à la masturbation, elles-mêmes suivies d’une possible observation des organes génitaux féminins. Cette séquence a pour effet de convaincre le garçon que la menace de castration n’est pas une vaine menace, mais correspond à « quelque chose qui est réellement arrivé à d’autres», et qui, donc, pourrait lui arriver. Cependant, il semble que ce ne soit pas là toute l’histoire. Avant qu’une telle perception des organes génitaux puisse constituer une menace, il est évidemment nécessaire que le petit garçon s’identifie lui-même à la petite fille ou à la femme, du moins à certains égards.

Dans son article de 1930 sur le problème très proche du transvestisme, Fénichel essaie de montrer que le travesti combine les manœuvres défensives du fétichiste à celles de l’homosexuel. Ce dernier a résolu l’amour possessif qu’il éprouve pour sa mère en s’identifiant à elle, tandis que le fétichiste n a pas accepté l’absence de pénis chez la femme. Le travesti, selon Fénichel, se représente toujours dans ses fantasmes la femme dotée d’un pénis, afin d’apaiser son angoisse de castration; de plus, il s’est lui-même identifié à cette femme phallique. Il semble cependant que cette double défense puisse également se trouver dans des cas cliniquement tenus pour des cas de fétichisme et non de transvestisme.

L’importance de l’identification dans le fétichisme fut clairement mise en évidence par Bak en 1953. Il montra qu’il existe une double idée de la mère, à la fois pourvue et dépourvue d’un pénis. Le garçon s’identifie parfois à la mère phallique, parfois à la mère non phallique et parfois simultanément aux deux; ces différentes identifications correspondent au « clivage du Moi » décrit par Freud. L’identification à la mère sans pénis conduit à un désir de renoncer à son propre pénis, et cela crée un conflit aigu avec l’orgueil narcissique et le désir de le conserver. Les deux dangers qui menacent le garçon, la séparation d’avec la mère et la castration, sont écartés par le compromis fétichiste. L’insistance sur l’existence du pénis de la mère est réellement une protection contre le désir inconscient de perdre le pénis afin de rester semblable à la mère.

La relation particulière du fétichiste à son objet est d’une importance cruciale et un certain nombre de facteurs y participent, autre que ceux déjà mentionnés. Comme nous l’avons vu, il y a fuite d’un objet total en chair et en os vers une partie de celui-ci ou vers une chose inanimée ayant un rapport avec l’objet. L’objet substitutif, le fétiche, possède certains avantages outre celui de préserver le fétichiste de l’angoisse de castration. Ils ont principalement trait, pour la plupart, au souci de conserver intact l’objet d’amour oedipien originel, la mère.

Les angoisses dues au complexe d’œdipe conduisent à une régression libidinale considérable vers des formes précoces de sexualité infantile associées aux processus alimentaire et excrétoire (stades oral et anal). Sans doute les fixations à ces stades précoces caractérisent-elles le fétichiste. Une particularité dominante de ces formes prégénitales de sexualité consiste en ceci qu’elles comportent une très puissante composante agressive qui fusionne avec les pulsions libidinales pour produire le sadisme. Ainsi, l’objet sexuel, menacé par ces pulsions sadiques, a besoin de protection.

Un exemple de ces attaques prégénitales serait la destruction par l’urine dangereuse, et l’imperméable-fétiche aurait dans ce cas un rôle protecteur. D’une façon beaucoup plus générale, le transfert d’intérêt de l’objet humain au fétiche épargne cependant le premier, et permet que l’objet soit approché à la fois libidinalement et agressivement avec moins de risques de rejet ou de représailles.


bilan

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