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Le champ clinique des phénomènes inconscients : L’hystérie 1886-1893

(Paul Bercherie)

(2ème partie)

La paralysie hystérique, paralysie psychique

Dès son retour de la Salpêtrière en 1886, Freud annonce la parution dans les Archives de neurologie d'un article issu « d'un vif échange d'opinions avec le professeur Charcot sur les points de vue émanant de ses investigations » et portant sur la « comparaison entre symptomatologies hystérique et organique ».

L'article, directement rédigé en français, ne paraîtra que sept ans plus tard, en 1893, avec un titre plus limité « Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques; la correspondance avec Fliess nous permet de penser que les trois premiers paragraphes en ont été rédigés en 1888, le dernier datant manifestement de 1893 puisqu'il s'agit d'une référence explicite à la « Communication préliminaire » des Etudes sur l'hystérie.

On trouve donc dans la partie de cet article écrite en 1888 la conception des symptômes hystériques à laquelle Freud fut d'emblée conduit et à laquelle il se réfère à plusieurs reprises durant cette période; elle lui paraît pouvoir « servir à saisir quelques caractères généraux de la névrose et conduire à une conception sur la nature de cette dernière ». Le problème est d'entrée posé comme Babinski le fera dix ans plus tard:

« On a souvent attribué à l'hystérie la faculté de simuler les affections nerveuses organiques les plus diverses. Il s'agit de savoir si d'une façon plus précise elle simule les caractères des [...] paralysies organiques. » Freud se livre alors à une discussion d'une impeccable rigueur, avec toute l'assurance qu'on lui trouve toujours dans ses textes neurologiques.

Eliminant toute ressemblance avec la paralysie spinale périphérique (paralysie détaillée, muscle par muscle, avec troubles trophiques et dégénérescence électrique du muscle atteint), il va comparer les deux formes, organique et hystérique, de paralysie « en masse », c'est-à-dire de fonction (atteinte globale d'un ensemble fonctionnel : cf. Jackson). La paralysie hystérique, dans ses aspects les plus caractéristiques, se révèle « d'une limitation exacte et d'une intensité excessive, tandis que son homologue organique « ne peut devenir absolue et rester délimitée à la fois ».

Or, « il n'y a pas le moindre doute sur les conditions qui dominent la symptomatologie de la paralysie cérébrale. Ce sont les faits de l'anatomie, la construction du système nerveux, la distribution de ses vaisseaux et la relation entre ces deux séries de fait et les circonstances de la lésion. [...] Chaque détail clinique de la paralysie [cérébrale] de représentation peut trouver son explication dans un détail de la structure cérébrale et vice versa nous pouvons déduire la construction du cerveau des caractères cliniques des paralysies ».

Quant à l'hystérie, elle « se comporte dans ses paralysies et autres manifestations comme si l'anatomie n'existait pas, ou comme si elle en avait nulle connaissance ». En effet, « il ne peut y avoir qu'une seule anatomie cérébrale qui soit la vraie et comme elle trouve son expression dans les caractères cliniques des paralysies cérébrales, il est évidemment impossible que cette anatomie puisse expliquer les traits distinctifs de la paralysie hystérique ».

J'ai déjà souligné dans la première partie l'importance capitale de ce type de constat pour l'épistémologie de la découverte freudienne : il démontre que la saisie correcte de la véritable nature des phénomènes hystériques s'inscrit à l'intérieur des progrès des connaissances neurologiques, physiologiques et pathologiques, et que c'est donc le savoir médical qui fut la condition de possibilité de la psychanalyse. C'est la rigueur de son raisonnement de neurologue qui conduit ainsi Freud aux portes de l'inconscient.

Au reste récuse-t-il aussitôt le concept ambigu de « lésion dynamique » auquel s'accroche encore Charcot : « Qu'est-ce donc qu'une lésion dynamique ? [...] La lésion dynamique est bien sûr une lésion, mais une lésion dont on ne retrouve pas la trace dans le cadavre, comme un œdème, une anémie, une hyperémie active.

Mais ce sont là, bien qu'elles ne persistent pas après la mort, qu'elles soient légères ou fugaces, des lésions organiques vraies. Il est nécessaire que les paralysies produites par les lésions de cet ordre partagent en tout les caractères de la paralysie organique. [...] L'anatomie du système nerveux déterminera les propriétés de la paralysie aussi bien dans le cas d'anémie fugace que dans le cas d'anémie permanente et définitive. »

Ainsi la véritable nature de la « lésion » hystérique peut-elle être mise en évidence : « la lésion de la paralysie hystérique est une altération de la conception, de l'idée » d'une fonction ou d'un organe. C'est ce qui explique que l'hystérie prenne « les organes dans le sens vulgaire, populaire du nom qu'ils portent la jambe est la jambe jusqu'à l'insertion de la hanche, le bras est l'extrémité supérieure comme elle se dessine sous les vêtements ».

Le symptôme hystérique n'est qu'un trouble psychique, une « lésion » de la représentation des fonctions et des organes, d'où son ignorance des conditions véritables de la production organique des symptômes de cet ordre; cela, c'est le savoir du neurologue, déduit de sa connaissance de la clinique, de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie du système nerveux, qui permet de l'affirmer.

Ainsi devrait s'effondrer la métaphore nerveuse qui, depuis des lustres, domine l'abord de l'hystérie; mais nous allons voir que les choses ne sont pas si simples reste le côté objectif des symptômes que Freud garde en tête et qu'il refuse de troquer contre une interprétation dans un cadre psychologique traditionnel.


bilan

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