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Des maternages qui laissent des traces

(Robert Stoller)

Dans ce qui est sans doute son plus remarquable exposé sur le rôle de l’homosexualité latente dans l’étiologie de la maladie - le cas Schreber - Freud a pensé démontrer que la peur de l’homosexualité était à l’origine des états paranoïdes, dont la psychose; selon lui, l’homosexualité, particulièrement chez l’homme, était la résultante pathologique de la résolution du conflit œdipien entre le garçon et son père. Cette vue a par la suite été bien souvent critiquée par ceux qui insistent sur le rôle de la frustration, du traumatisme et du conflit lors des tout premiers stades de la vie.

Pour ces chercheurs, la relation entre la mère et le petit enfant passe au premier plan. Pour certains, compte tenu du potentiel de violence et d’hostilité du stade oral, il y aurait également chez Schreber, et, par extension, chez d’autres psychotiques ainsi que chez ceux qui sont ouvertement homosexuels, le désir de se fondre de nouveau avec la mère.

Pour ce qui nous intéresse, nous pouvons constater, comme l’ont fait Macalpine et Hunter il y a des années, que ce que Freud a appelé l’homosexualité de Schreber est en fait une vague d’impulsions transsexuelles : le corps de Schreber devient un corps de femme. Or, cette impulsion est l’une des causes de la peur de l’homosexualité, qui pourrait peut-être s’appeler plus justement « peur du transsexualisme ».

Ces modifications, dont je reconnais l’existence, ramènent les conflits pathogènes vers la toute première enfance. Elles soulignent toutes qu’un mauvais maternage, des déficiences innées du nourrisson ou bien les deux à la fois détruisent de façon traumatisante ce qui devrait être une symbiose heureuse. Il faut toutefois se souvenir que, pour bien des nourrissons, cette fusion est dénuée de conflit et ne suscite pas de mécanismes de défense : pour certains, c’est une expérience merveilleuse.

Les nourrissons n’ont pas tous avec leur mère la même relation symbiotique; pour d’autres, c’est une expérience douloureuse qui les met donc en danger. Pour d’autres encore, c’est une expérience joyeuse; mais, même dans ces cas, elle est risquée car elle laisse des traces bien après que le petit garçon s’est frayé une voie vers la masculinité aux dépens de cette symbiose.

En d’autres termes, le développement de l’enfant du sexe masculin est menacé non seulement par l’absence de symbiose, mais il l’est aussi, de manière différente, par un maternage satisfaisant et, plus encore, par un maternage trop gratifiant. Compte tenu de cet aspect non conflictuel, peut-être le concept de « fusion avec l’autre » peut-il passer du cas spécial de la psychopathologie à la situation générale de la psychologie normative. L’individu transsexuel est le lien entre l’un et l’autre.


bilan

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