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Œdipe effacé (Transsexualisme)

(Robert Stoller)

Le développement de la situation œdipienne (...)  se caractérise surtout par l’absence de conflit. Le petit garçon n’établit jamais de relation hétérosexuelle avec sa mère (indépendamment du traitement) et il n’apparaît donc jamais de conflit œdipien.

La mère et le fils ne font qu’un, leurs contacts physiques sont si libres de toute restriction qu’il ne se développe pas de tension sexuelle. Le petit garçon ne désire pas sa mère en tant qu’objet distinct de l’autre sexe, et sa mère n’a pas envers lui de désir sexuel (ce qu’illustre son manque d’intérêt pour la masculinisation de son fils).

Ce n’est qu’avec le traitement et les premières manifestations de la masculinité qu’apparaissent le conflit œdipien et les symptômes névrotiques de l’enfance auxquels est notoirement associé le conflit œdipien.

Cette analyse de la situation transsexuelle permet de mettre en évidence les forces qui déterminent la féminité chez l’homme. Je pense qu’on peut dire (encore qu’il faille faire preuve de prudence, car le nombre de familles étudiées n’est pas suffisamment important pour que la chose soit vérifiée) que lorsque tous ces facteurs sont présents et qu’ils agissent intensément, la féminité est particulièrement marquée.

Si l’intensité des facteurs diminue ou si l’un d’eux disparaît, la féminité est moins évidente. J’extrapole donc en avançant que, dans l’état normal de tout être masculin, il y a une tendance minimale au transsexualisme. Ceci nous ramène aux principes énoncés par Freud dés 1905 et qu’il n’a réfutés ni dans ses écrits théoriques ni dans ses observations cliniques, à savoir que la bisexualité (homosexualité, protestation mâle, peur des femmes) faisait partie de la constitution masculine.

La seule différence est qu’il a qualifié d’« homosexuel» ce que nous appelons maintenant « transsexuel » (ce n’est nullement le seul sens qu’il a donné au terme « homosexuel»). Voyons de plus près ces concepts.

Dans le dernier article qu’il a écrit sur la sexualité de l’homme et de la femme, Freud a dit qu’il ne pourrait jamais résoudre chez les individus de l’un ou l’autre sexe leur « protestation mâle», c’est-à-dire la nécessité pour les hommes d’insister sur leur masculinité et de craindre qu’elle ne soit attaquée et pour les femmes de réagir par l’envie du pénis et ses permutations dans le sens d’une castration imaginaire.

Il attribuait ces phénomènes à l’« homosexualité latente », dont une autre manifestation était le désir interdit - inconscient ou conscient - de connaître le plaisir sexuel avec une personne du même sexe. Pour lui, la peur de l’homosexualité était pathogène dans bien des situations couvertes par des rubriques diagnostiques et ses plus proches disciples ont allongé la liste, de telle sorte que cette peur est devenue un facteur étiologique dans tous les troubles psychiques.

Plus tard, l’idée a été analysée de près, car cliniciens et théoriciens trouvaient l’explication trop vaste. Certains ont avancé que l’homosexualité était en soi une défense plutôt qu’une cause initiale; d’autres ont souligné que l’homosexualité masculine, qui pour Freud semblait provenir avant tout d’une perturbation de la relation entre le fils et son père, pouvait avoir son origine dans des troubles préœdipiens de la relation entre la mère et le fils.


bilan

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