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La mère du futur transsexuel : une totale fusion

(Robert Stoller)

(...) Dans son enfance, elle a très peu valorisé son appartenance au sexe féminin et sa féminité. Sa propre mère l’a traitée comme si elle était neutre; son père, plus admiratif, l’a encouragée à s’identifier à ses intérêts masculins.

Entre la première enfance et la puberté, ces traits masculins se sont accentués au point que la petite fille a souhaité être un garçon et, pendant des années, elle s’est habillée et s’est fait couper les cheveux comme un garçon; elle n’a joué qu’avec des garçons, rivalisant avec eux en égale, notamment dans le domaine sportif.

Avec l’apparition des modifications physiques de l’adolescence, la fille - contrairement aux filles transsexuelles, auxquelles elle ressemblait jusque-là - a dû abandonner tout espoir de jamais devenir un homme. Elle a alors adopté une façade féminine et s’est mariée le moment venu.

Son mari - le père du transsexuel - est un homme passif et distant sans être efféminé, qui n’est pas censé dominer ou jouer un rôle important dans le couple. Elle attend de lui qu’il subvienne aux besoins de sa famille; autrement, il n’est pour elle qu’un objet de dérision.

C’est cette malheureuse union que vient consacrer le futur transsexuel. Pourtant, malgré cette dynamique familiale, il n’apparaît de transsexualisme chez l’un des enfants que s’il naît un fils que la mère trouve beau et gracieux. Cet enfant est ce qui arrive de mieux dans sa vie : enfin, après des années de désespoir tranquille, indifférente à son sexe ou à son identité sexuelle, pleine de haine et d’envie à l’égard des hommes, elle a créé un peu d’elle-même, par l’intermédiaire de son corps, dans une sorte de parthénogénèse symbolique qui rejette le mari; elle a forgé le meilleur d’elle-même, son idéal - le phallus parfait.

Le petit garçon n’aura pas cette empreinte masculine à la fois haïe et enviée; sa beauté physique, pense sa mère, en est la garantie depuis sa naissance, en même temps que l’intense expérience de l’allaitement où l’enfant avide jouit pleinement du corps de sa mère. Cette symbiose bienheureuse depuis la naissance est farouchement maintenue par la mère, car elle représente pour elle l’antidote de la tristesse et du désespoir. Une énergie empreinte de joie lui permet et même l’oblige à garder un contact physique et psychique excessivement étroit avec le petit enfant, tout au long de la journée et des années.

En établissant cette symbiose, elle lie - intègre - son fils à elle-même dans toute la mesure où cela est physiquement possible. En s’identifiant à lui, elle tente d’annuler son enfance traumatisante, de remplacer sa mauvaise mère; la mère et l’enfant seront tout ce qui est bon. Le bonheur dans lequel baigne cette symbiose devient pour elle l’aura qui entoure une mère nouvelle, idéalisée et parfaite.


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