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Une sexualité primitive spécifiquement féminine

(Karen Horney)

Là où le développement général est favorable - c’est-à-dire là où les relations d’objet de l’enfance ne sont pas devenues une source de conflits cette angoisse est dominée de manière satisfaisante et la route est ouverte pour que le sujet consente à son rôle féminin.

Que dans les cas défavorables l’effet de l’angoisse soit plus persistant chez les filles que chez les garçons est, je crois, indiqué par le fait que chez les filles il est relativement plus fréquent que la masturbation génitale directe soit tout à fait abandonnée, ou tout au moins qu’elle soit confinée au clitoris, plus aisément accessible et dont l’angoisse est moins investie.

Souvent, tout ce qui touche au vagin - la connaissance de son existence, les sensations vaginales et les pulsions instinctuelles est écrasé par un refoulement implacable ; en bref, la fiction est conçue et longtemps maintenue que le vagin n’existe pas, une fiction qui en même temps détermine la préférence de la petite fille pour le rôle sexuel masculin.

Toutes ces considérations me semblent être très en faveur de l’hypothèse que derrière « l’échec à découvrir » le vagin, il y a la négation de son existence.

Il reste à considérer la question de l’importance de l’existence des sensations vaginales précoces, ou de la « découverte » du vagin, dans la perspective de notre conception globale de la sexualité féminine précoce. Quoique Freud ne le dise pas expressément, il n’en est pas moins clair que si le vagin reste originellement « ignoré », c’est l’un des arguments les plus puissants en faveur soit d’une envie du pénis primitive biologiquement déterminée chez les petites filles, soit d’une organisation phallique originelle.

Car si aucune sensation vaginale ou aucun désir n’existait, mais que toute la libido était concentrée sur le clitoris conçu phalliquement, alors et alors seulement nous pourrions comprendre comment les petites filles, par besoin d’une source spécifique de plaisir bien à elles ou de désirs féminins spécifiques, doivent être poussées à concentrer toute leur attention sur le clitoris, pour le comparer au pénis des garçons, puis, du fait qu’elles sont désavantagées par cette comparaison, se sentir définitivement insignifiantes.

Si, d’autre part, comme je le suppose, une petite fille expérimente dés le début des sensations vaginales et des pulsions correspondantes, elle doit avoir un sens très vif du caractère spécifique de son propre rôle sexuel ; ainsi, une envie primitive du pénis aussi forte que l’affirme le postulat de Freud serait difficile à prendre en considération.

J’ai montré dans cet article que l’hypothèse d’une sexualité phallique primitive porte en elle des conséquences importantes pour notre conception tout entière de la sexualité féminine. Si nous admettons qu’il y a une sexualité vaginale primitive spécifiquement féminine, la première hypothèse, si elle n’est pas tout à fait exclue, est du moins tellement restreinte que ses conséquences deviennent très problématiques.


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