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La comparaison envieuse avec l’homme

(Karen Horney)

Je crois que nous avons ici la réponse à une objection qui peut s’élever, à savoir que de nombreux rêves indiquent l’idée qu’une ouverture n’est créée que lorsque le pénis pénètre brutalement le corps pour la première fois. Car de tels fantasmes ne naîtraient jamais sans l’existence antérieure des instincts - les sensations sous-jacentes de l’organe

ayant un but passif de réception. Parfois, le contexte dans lequel se produisent des rêves de ce type indique très clairement l’origine de cette représentation particulière.

Car il arrive occasionnellement que lorsqu’une angoisse générale au sujet des conséquences préjudiciables de la masturbation apparaît, la patiente a des rêves dont le contenu typique est le suivant: elle est occupée à un ouvrage de couture lorsque tout à coup apparaît un trou dont elle a honte ; ou bien elle traverse une rivière ou un gouffre sur un pont qui soudain se rompt au milieu ; ou bien elle marche sur une pente glissante et tout à coup commence à glisser et risque de tomber dans un précipice.

Etant donné de tels rêves, nous pouvons supposer que lorsque ces patientes étaient enfants et se livraient à l’onanisme, elles étaient amenées par des sensations vaginales à la découverte du vagin même et que leur angoisse prenait la forme de la phobie d’avoir fait un trou où il n’y aurait pas dû y en avoir. Je voudrais dire ici que je n’ai jamais été entièrement convaincue par l’explication donne e par Freud au fait que les filles répriment la masturbation génitale directe plus facilement et plus fréquemment que les garçons.

Comme nous le savons, Freud suppose que la masturbation (clitoridienne) devient odieuse à la petite fille parce que la comparaison avec le pénis porte atteinte à son narcissisme. Lorsque nous considérons la force contraignante de la pulsion derrière les pulsions onanistes, une mortification narcissique ne semble pas peser suffisamment pour amener la suppression. D’autre part, la phobie de s’être causé à elle-même un préjudice irréparable dans cette région peut être assez puissante pour empêcher la masturbation vaginale, soit pour la contraindre à restreindre la pratique au clitoris, soit pour la dresser de façon permanente contre toute masturbation génitale manuelle.

Je pense que nous avons une autre preuve de cette phobie précoce du préjudice vaginal dans la comparaison envieuse avec l’homme, des patientes de ce type nous disant fréquemment que les hommes sont « si bien fermés en dessous ». De même cette angoisse très profonde née de la masturbation, la phobie qu’elle a rendu la femme incapable d’avoir des enfants, semble relever plutôt de l’intérieur de son corps que de son clitoris.


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