Une science des rêves
(Paul Roazen)
(4e partie)
Wilhelm Fliess
Les changements de la pensée de Freud durant cette période nous sont connus par les lettres qu'il envoyait à un médecin berlinois, Wilhelm Fliess, qui lui avait été présenté par Breuer alors qu'il faisait ses études à Vienne. Tout au long de son auto-analyse, Freud entretint une relation intime avec Fliess, bien qu'il finît par s'en éloigner, comme il l'avait fait de Breuer.
De deux ans son cadet, Fliess était un beau-frère d'Oskar Rie, une connaissance de Vienne. Il est parfois difficile de discerner, dans les nombreuses lettres de Freud à Fliess, les endroits où il exagère en toute conscience et ceux où il est absolument sérieux; les attitudes conventionnelles ont, depuis, fort évolué.
Mais pour autant que l'on puisse en juger, Freud devint extraordinairement intime avec Fliess. Son ami de Berlin fut d'une extrême importance dans sa découverte de lui-même et dans son travail scientifique. Freud avait beau travailler dans la solitude à l'époque, il avait besoin d'un auditeur «J'ai besoin de vous comme public », écrivit-il un jour à Fliess.
En croyant en Fliess, Freud se rassurait lui-même sur certaines de ses propres idées : « Lorsque je vous parlai et vis que vous pensiez quelque chose de moi, je me mis réellement à penser quelque chose de moi-même...
Les deux hommes se faisaient part de leur travail et de leur vie au jour le jour à travers leur correspondance, mais ne faisaient presque aucune allusion à leurs femmes; on sait que Freud détestait intensément celle de Fliess. Il reprochait à Breuer, tout en prétendant « Je ne le méprise plus », de lui avoir inspiré de l'hostilité à son égard.
Freud écrivit à Fliess : « que fait votre femme sinon ressasser, en proie à une obscure compulsion, l'hypothèse que Breuer sema dans son âme en la félicitant de ce que, ne vivant pas à Berlin, j'étais dans l'incapacité de provoquer la rupture de son mariage. » Freud et Fliess tenaient, à l'occasion, des réunions parfois fièrement (et silencieusement) qualifiées de « Congrès ». Le dernier enfant de Freud, Anna, eut-elle été un garçon, on lui aurait donné le prénom de Wilhelm Fliess.
Par la suite, lorsque Freud eut plus d'assurance et de réserve, il se confia rarement à d'autres. Il conservait peut-être les sentiments chaleureux de la période Fliess, mais n'était plus si prompt à les verbaliser, par écrit du moins. Mais, à la fin des années 1890, il était à l'apogée de son auto-analyse.
Depuis quelque temps, il rassemblait les rêves de gens de sa connaissance, qui contribuaient ainsi à sa compréhension de lui-même et à son travail clinique; l'auto-analyse de Freud allait se poursuivre tout au long de sa vie, mais ce n'est qu'en cette période relativement courte qu'il eut besoin de son travail afin de se soigner lui-même. Comme il l'écrivit à Fliess « Je ne puis m'analyser moi-même qu'en me servant de connaissances objectivement acquises (comme pour un étranger). Une vraie auto-analyse est réellement impossible, sans quoi il n'y aurait plus de maladie. »
En dépit de l'esprit compétitif de Freud et de ses conflits touchant à la soumission et la domination, aucune rivalité ne troubla - pour un temps - l'étroitesse de ses relations avec Fliess. Ils vivaient à bonne distance l'un de l'autre cependant, et leur amitié n'aurait peut-être pas duré aussi longtemps (plus de dix ans) si Fliess avait habité Vienne.
D'une part, même en le maudissant parfois, Freud avait besoin de son propre isolement; ce qui ne l'empêchait pas de chercher en Fliess une surface de projection vierge. Ce dernier pouvait être un alter ego bien utile, et c'est parfois par son manque de réceptivité même qu'il encouragea Freud à élaborer ses propres idées.
Il se peut que les révélations intimes de Freud aient pesé à Fliess, même si elles étaient mitigées par le fait que leurs échanges avaient presque entièrement lieu par écrit. Les tournures qu'employait Freud pour exprimer ses émotions purent ne pas le troubler, en ce cas, couchées comme elles l'étaient en une forme rationnelle et élevée.
Plus tard, lorsque Freud eut abandonné cette sorte de dépendance - ou plutôt qu'il l'eut inversée en maintenant d'autres sous la sienne - son amitié pour Fliess fit place à un dialogue intérieur; il ne cessa de recourir à la technique socratique dans ses écrits. Il avait coutume de placer d'éventuelles objections à ses idées dans la bouche d'un observateur, montrant où toute concession mènerait en bonne logique.
Freud s'adressa un jour à Fliess comme à un « magicien »; « pour moi, lui écrivait-il, vous restez le guérisseur, le prototype de l'homme entre les mains duquel on confie, en toute assurance, sa vie et celle de sa famille ». Fliess fût le « premier lecteur et le premier critique »de L'interprétation des rêves, et Freud prenait ses commentaires au sérieux.
Il est intéressant de découvrir, à travers la lecture de ses lettres à Fliess, la précocité de certaines de ses idées les plus caractéristiques, même si certaines mirent plusieurs années pour émerger, pleinement rodées, dans des articles scientifiques. Le travail de Fliess avait, en retour, un grand impact sur Freud; en lisant un de ses articles, il remarque, par exemple « Première impression : stupéfaction que l'on puisse être plus visionnaire encore que moi et que ce quelqu'un soit justement mon ami Wilhelm. »
Il était clair que cette idéalisation de Fliess devait s'achever par une désillusion. Freud garda pourtant une immense admiration pour les nombreux talents de Fliess. Le concept de « période de latence », par exemple, qui s'intégra plus tard à la théorie psychanalytique (pour décrire le stade de quiétude relative de la sexualité dans le développement, entre le point culminant du complexe ddipe à cinq ou six ans et le début de la puberté) revient, à l'origine, à Fliess.
D'après Freud, Fliess avait fait « une découverte biologique fondamentale » concernant le rôle de la périodicité (vingt-huit jours pour les femmes, trente-trois pour les hommes) dans la vie humaine. Tout en doutant du bien-fondé de l'hypothèse de Fliess vers 1920, Freud n'en continuait pas moins à rendre hommage à la témérité de la tentative.
D'après la grandiose conception de W. Fliess, tous les phénomènes vitaux des organismes (y compris sans doute la mort) se rattacheraient à certaines échéances, par lesquelles s'exprimerait la dépendance de deux substances vivantes, mâle et femelle, par rapport à l'année solaire.
Les lois périodiques de Fliess étaient censées pouvoir déterminer la durée de la vie des gens. Freud vint à partager totalement les fantasmes numériques de Fliess et y trouva le fondement de certaines de ses superstitions à propos du nombre d'années qui lui restaient à vivre. (En 1909, Freud parla de ces croyances comme d'une « confirmation du caractère spécifiquement juif de mon mysticisme ».)
Jones interpréta intelligemment la crédulité de Freud comme un indice de la réceptivité et de l'ouverture d'esprit qui escortent le génie. Un autre concept commun à Freud et Fliess (et qui finit par déclencher leur rivalité) fut celui de bisexualité, qui avait une longue histoire. Depuis Platon au moins, les philosophes ont parlé de face féminine chez les hommes et de traits masculins chez les femmes.
Fliess proposa une généralisation non seulement de pareilles inversions sexuelles existent et ont des conséquences psychologiques, mais elles sont aussi à la racine de bien des difficultés névrotiques.
Tout à l'affaire d'illustrer « la tendance » de l'homme « à oublier ce qui lui est désagréable », Freud rappela plus tard comment il avait oublié, en 1900, de reconnaître à Fliess la paternité de la notion du rôle du refoulement de la bisexualité dans la névrose. « Il est douloureux, admettait-il, de se voir ainsi dépouillé de ce que l'on considère comme son apport original. »
Le thème de « l'emprunt à quelqu'un d'autre de ses idées » n'allait cesser de revenir au cours de la carrière de Freud. Quoique son originalité soit à présent incontestable, et que ses apports à la psychologie aient été tout à fait personnels, Freud se tourmenta toujours devant la possibilité de plagiat - tant dans ses propres écrits que dans ceux de ses collaborateurs.
Après sa défaillance mnésique quant au concept de bisexualité, il prétendit « Je suis depuis lors devenu plus tolérant, lorsque je trouve exprimée dans la littérature médicale une des idées auxquelles on peut rattacher mon nom, sans que celui-ci soit mentionné par l'auteur. »
Pendant un certain temps, Freud continua à reconnaître sa dette à l'égard de Fliess.
En 1905, il écrivit : « Pour rendre justice à W. Fliess de Berlin, j'avoue que je dois à une de ses communications d'avoir eu l'attention attirée sur le fait qu'on retrouve toujours et nécessairement une tendance à l'inversion dans les cas de psychonévrose, fait que moi-même j'avais pu constater dans des cas particuliers. » Vers 1910, cependant, alors que leur différend s'était déjà mué en controverse publique plus large, Freud s'affirma soudain moins tributaire de lui.
En 1905, il avait écrit dans Trois essais sur la théorie de la sexualité, que c'était par Wilhelm Fliess qu'il s'était familiarisé avec la notion de bisexualité, mais cinq ans plus tard (et dans les éditions suivantes du même livre), il laissa tomber les mots « par Wilhelm Fliess », tout en conservant le reste de la phrase. Comme il l'expliquait ailleurs dans l'ouvrage, « en 1906, Fliess a revendiqué la paternité de l'idée de bisexualité... ».
Dans un essai de 1937, Freud pensait avoir « déjà établi » dans un article de 1919 : « C'est Wilhelm Fliess qui attira mon attention sur la manière dont » l'attitude propre au sexe opposé peut « succomber au refoulement »; Strachey, toutefois, dut relever en corrigeant Freud qu' « en fait, Fliess n'était pas nommément cité dans cet article ».
Quoique fort réservé au sujet de ses propres idées - même selon Jones -, «il n'était pas homme à garder aisément les secrets de quelqu'un d'autre ». Son aptitude à l'indiscrétion lui posa assez de problèmes pour faire l'objet d'une discussion dans L'interprétation des rêves. Il rapporte, en liaison avec une question importante pour Fliess: « On me demanda de n'en rien dire à personne.
Cet avertissement me blessa, parce qu'il prouvait qu'on n'avait pas confiance en ma discrétion. Je savais, à vrai dire, que cela venait, non de mon ami, mais d'un intermédiaire maladroit ou trop inquiet; mais je fus très vivement touché par le reproche que cela enveloppait parce qu'il n'était pas totalement injustifié. »
Tout au long de son travail de psychanalyste, et peut-être plus que jamais à la fin des années 1890, Freud déborda d'idées. Devant l'éventail de ses objectifs, l'étendue de sa vision, les autres avaient du mal à garder l'allure. Dans ses lettres à Fliess, Freud exposa ouvertement le comment de son erreur, lorsqu'il avait cru en la vérité des récits de séduction de ses patients.
Il lui confessa « Dans mon cas, le père n'a joué aucun rôle actif, encore que j'aie trouvé une analogie entre lui et moi », admettant ainsi que ses sentiments pour ses propres enfants avaient contribué à cette « faute ».
Rétrospectivement, Freud fit preuve de courage et de ténacité en « perlaborant » ce matériel douloureux et lourd de conflits jusqu'à localiser la source de la névrose dans des fantasmes enfantins. Mais pour un contemporain tel que l'était Fliess, Freud avait abusé ses patients.
Connaissant la rancur inassouvie de Freud envers son père, et son ancienne conviction que Jakob avait séduit ses propres enfants, Fliess pouvait certes douter de l'objectivité de ses méthodes. Sa procédure de traitement reposait sur l'écoute des pensées de ses patients et, pour Fliess, cela avait des relents de magie et non de science.
Freud était resté « fidèle à la lecture des pensées » en tant que méthode scientifique compréhensive autant que curative, et il récusait l'idée que celui qui « lit les pensées » ne perçoit rien, sinon des projections de ses propres pensées. Et c'est ainsi que, sans que Freud ait reconnu à sa juste valeur le rôle qu'il avait pu jouer en suggérant les contes de séduction à ses patients, leur amitié commença à se disloquer et que l'intensité de leurs échanges se refroidit peu à peu.
D'après Jones (suivant ce qu'en avait dit Freud) : « Fliess... l'avait congédié avec colère, en dépit de ses tentatives de réconciliation. »Pour Freud, Fliess avait eu un accès de paranoïa, et lui-même en ressentait de l'amertume. Selon les théories psychanalytiques ultérieures, la paranoïa dérivait d'une homosexualité refoulée, et Freud dit à plus d'une reprise que c'était Fliess qui lui en avait appris le secret.
Freud n'établit la liaison qu'après la rupture de leur amitié. Néanmoins, on peut vraisemblablement supposer que Freud aurait refusé de poursuivre ses contacts avec un Fliess qui voyait en la « lecture de pensée » une sorte de magie.
En même temps, Freud avait besoin d'un nouveau public, et les dernières lettres amicales, quoique un peu formelles, entre Freud et Fliess furent échangées en 1902, l'année où Freud fonda le mouvement psychanalytique. quoi qu'il en dise, « toute trace de dépendance a disparu à tout jamais après cette rupture avec Fliess », Jones, une fois encore, a idéalisé Freud; car même s'il n'était plus à la recherche d'une figure de père comme Breuer ou de « magicien » comme Fliess, Freud avait besoin, désormais, que d'autres dépendent de lui.
Une part de la correspondance Freud-Fliess fut exclue du tome publié de leurs lettres. En 1904, Freud se retrouva au sein d'une controverse publique à propos de priorités, ce qui rappelle l'épisode cocaïne tout en présageant quelques batailles futures. Il discuta l'idée, chère à Fliess, des multiples rôles de la bisexualité dans la vie humaine (la façon, par exemple, dont les hommes féminins attirent les femmes masculines, et vice versa) avec un patient en cure.
Ce patient, Herman Swoboda, la transmit ensuite à son ami Otto Weininger, lequel, comme l'exprima Freud, « se frappa alors le front et courut chez lui rédiger son livre ». Le livre de Weininger fut un immense succès, et Fliess sortit de son silence pour demander à Freud comment s 'était produit ce « vol qualifié » de son idée.
Freud essaya de noyer le poisson en indiquant d'autres écrivains qui avaient souligné les mêmes thèmes. Mais Fliess le força non seulement à admettre qu'il avait joué un rôle plus grand qu'il ne voulait le reconnaître dans la divulgation de son concept, mais aussi qu'il avait oublié une ancienne discussion avec Fliess sur la bisexualité.
Expliquant sa conduite, Freud concéda qu'il avait été tenté de « dérober » à Fliess « l'originalité » de ce concept. « Les idées, argumentait Freud, ne peuvent être brevetées. » On ne peut que les taire, et on « a raison de le faire si l'on est attaché aux priorités ».
Là-dessus, Fliess encouragea un ami à dénoncer publiquement le « vol » de Swoboda et Weininger; et, ce faisant, l'ami publia sans sa permission les lettres de Freud à ce sujet. Swoboda, à son tour, poursuivit Fliess pour diffamation et pour publication illicite de lettres privées.
Le satiriste viennois Kari Kraus prit parti pour Swoboda, mais avec un avocat viennois peu versé dans la législation allemande sur la diffamation et les procédures judiciaires, il perdit le procès. Comme Freud l'écrivit en substance dans une lettre à Swoboda, à Weininger (qui s'était tué par balle en 1903) on ne saurait « manquer de reprocher... de n'avoir pas mentionné l'origine de cette idée centrale et de l'avoir fait passer comme venant de sa propre inspiration ».
Il serait erroné de n'envisager les rivalités entre scientifiques que comme l'expression d'une mesquinerie bien humaine. Car « l'institution qu'est la science met en permanence l'accent sur l'importance de l'originalité comme valeur fondamentale et a démontré que l'originalité signifie généralement tomber sur une idée... le premier ».
Dans le monde scientifique, la renommée est « un symbole et une récompense institutionnalisés pour avoir incomparablement bien accompli son travail d'homme de science». Un autre Viennois, le philosophe Ludwig Wittgenstein, était lui aussi extraordinairement sensible aux priorités.
Ses pensées étaient sa propriété, et il « détestait le plagiat »; Witt-genstein « était parfois visité par la crainte qu'après la publication posthume de ses uvres le monde savant puisse croire que ses idées venaient de philosophes qui avaient été ses élèves ».
Il est certain que d'autres personnages (Darwin, Spencer et Disraeli, par exemple) s'inquiétèrent des questions de priorité et de plagiat. Il n'en est pas moins frappant de constater avec quelle promptitude Freud récusait toujours, fût-ce dans le cas d'une «accusation manifestement absurde », la suggestion qu'il n'avait fait que répéter les idées de quelqu'un d'autre.
Il avait sincèrement besoin de tout repenser lui-même, et même s'il bénéficia parfois d'influences extérieures, ces idées devenaient les siennes une fois intégrées dans son propre cours de pensée.
En dépit de l'issue malheureuse de leur amitié, Freud eut toujours un portrait de Fliess chez lui. Il modifia bien des passages de ses écrits où se trouvait mentionné Fliess; parfois, lorsqu'il faisait allusion à leur amitié, il mettait les verbes à l'imparfait. Plus tard, il arriva à Freud de discuter de Fliess avec ses élèves.
Karl Abraham, par exemple, fut un jour traité par lui pour un problème médical, et tout enthousiaste qu'il fût pour ses idées, Freud continua à s'en méfier. Et dans une lettre de 1910 à Sandor Ferenczi, il écrivit qu'il comprenait les racines de la « passion d'aider » de Fliess:
La conviction que son père, mort d'un érysipèle, après avoir souffert des années durant d'une suppuration nasale, aurait pu être sauvé l'a incité à devenir médecin et, naturellement, rhinologiste. La mort subite de son unique sur, deux ans plus tard, le second jour d'une pneumonie, sans que le docteur puisse en être tenu pour responsable, le poussa, en guise de consolation, à la théorie fataliste d'une date prédestinée de la mort.
Cet élément d'analyse - qui lui fut très désagréable - fournit la raison véritable de notre rupture qu'il arrangea de la façon pathétique (paranoïaque) que vous savez...
Plus tard cette année-là, Freud expliqua à Ferenczi en quoi sa rupture avec Fliess avait changé les choses : « Depuis l'affaire Fliess que j'ai dû récemment m'occuper de liquider, le besoin en question n'existe plus pour moi. Une partie de l'investissement homosexuel a disparu et je m'en suis servi pour élargir mon propre moi. J'ai réussi là où le paranoïaque échoue.»
Les stades de la relation de Freud avec Fliess et les degrés de l'auto-analyse de Freud sont l'indispensable toile de fond de ses théories de l'inconscient et de l'onirisme; si elles nous sont à présent accessibles, on le doit uniquement à la survivance des lettres de Freud à Fliess.
Après la mort de ce dernier, sa veuve se refusa à ce que les lettres de Freud suivent le chemin des autres papiers de Fliess dans une bibliothèque de Berlin. Mais lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir, et que la famille Fliess conçut le projet d'émigrer, il s'avéra que l'on pouvait préserver les lettres en les vendant par l'intermédiaire d'un marchand qui put les sortir d'Allemagne.
Bien que la veuve de Fliess n'ait pas accepté de les vendre à Freud lui-même, on les vendit pour un prix dérisoire (cent livres) à une élève toute dévouée à Freud, Marie Bonaparte. quand elle l'informa de son achat, il lui en offrit la moitié du prix, mais elle refusa de Crainte qu'il ne veuille les détruire. Freud ne comprit rien à l'arrière-scène politique de la vente de ses lettres, et l'attitude de Mme Fliess l'indigna.