Masturbation et impuissance sexuelle
(Wilhelm Stekel)
La tâche primordiale des psychiatres est le traitement mental de limpuissance, mais ce n'est qu'un problème à peu prés insoluble, car chaque cas apparaît comme un exemple nouveau lors de l'examen médical et avec les motifs les plus variés. Pour définir cette carence on pourrait la résumer dans cette phrase Chaque cas isolé est une révélation. Comment établir alors une thérapeutique?
Si j'ose aborder cette entreprise téméraire, c'est parce qu'il n'y a pas de souffrance plus dépendante de la force psychique en elle-même éclairant et illustrant nettement toutes les autres méthodes curatives, avec un seul but conscient et poursuivi énergiquement une psychothérapie rationnelle et une thérapeutique individuelle.
Chez les malades psychiques on peut être tout particulièrement aiguillé sur un traitement faussé, nuisible sous toutes ses formes, « les sensations pathologiques » étant disciplinées par la persuasion d'une maladie qui, chez l'impuissant, est déjà une maladie en elle-même.
Ce comportement mental consiste en ce que la représentation des obstacles prédomine avec force et que les réflexes nerveux de la moelle épinière sont troublés par des influences refoulées, minimisées ou exaspérées.
Ils sont de natures les plus diverses et facilement curables par la suggestion dans les cas simples, avec tous les traitements variés mécaniques, tels que cure thermale, électricité, hydrothérapie froide, massages, fortifiants, tous les aphrodisiaques qui agissent dans un sens suggestif, par la conviction, l'assurance d'une prompte guérison, «... cela ira bientôt tout à fait bien ! », etc.
Avant de devenir psychiatre, j'ai guéri ainsi de nombreux cas pour lesquels j'étais. absolument désarmé et avec des résultats magnifiques. Fort longtemps, jai cru, selon l'enseignement classique, qu'il y avait une impuissance due uniquement à des troubles organiques datant de l'enfance; aujourd'hui je me suis rendu à l'évidence qu'il n'y a pas d'impuissance organique dans la jeunesse,. pas plus que dans lâge adulte, du moment qu'il n'y a pas de lésion de la moelle épinière, pas de diabète ou toute autre cause morbide, en tout cas je n'en ai jamais constaté. Il peut s'agir toutefois de malformation testiculaire, d'hermaphrodisme, etc., mais que nous devons envisager comme des exceptions.
Lorsque l'appareil génital est normal, bien constitué,. il n'y a qu'une impuissance psychique et toute intervention locale est inutile, voire même dangereuse et nuisible en général.
Je n'ai pas entendu incriminer souvent une cystite ou une blennorragie. Le domaine de l'impuissance est le psychisme. L'ignorance de cette particularité par les médecins a causé les plus folles erreurs. Il y en a encore un nombre incalculable qui en sont encore ignorants, il ne faut pas leur en faire grief, car si nous apprenons à l'école une multitude de formules chimiques, le département des sciences sexuelles fait totalement défaut.
Je crois aussi que les impuissants, à un certain âge, font incomber leurs troubles à des obstacles moraux ou sentimentaux. Je m'élèverai contre cette conception erronée, car nous rencontrerons des hommes qui, après une période d'impuissance de dix ans parfois, redeviennent actifs sur leurs vieux jours, et je le répète : ... La capacité sexuelle demeure jusqu'à la mort.
Une perte précoce de la virilité (lorsqu'il ne s'agit que de phénomènes passagers) aboutit à une sénilité précoce; mais Si l'on se. renseigne avec plus de précision, on découvre que ces hommes impuissants ont le matin, en rêve ou au réveil, de fortes érections, qui seront désignées comme « montée d'eau » ou attribuées à une vessie trop pleine.
Je ne connais pas, dimpossibilité physiologique plus flagrante que cette soi-disant « montée deau ». Si la vessie trop pleine amène une érection, la rétention volontaire de lurine suffirait à elle seule pour lempêcher et ainsi nous aurions un moyen bien simple pour guérir limpuissant. Nous conseillerons à lhomme dattendre jusqu'à ce que la vessie soit bien pleine pour utiliser lérection physiologique !
Je sais que les urologues revendiquent la paternité de cette expression : «montée d'eau » comme une lionne son petit, mais cela souligne seulement le souci d'une meilleure compréhension psychologique et physiologique. Chez les impuissants, malgré l'attrait de la femelle, il ne se produit pas d'érection, alors que dans le priapisme l'érection est permanente sans être sous la dépendance d'une vessie trop remplie: Il en serait de même chez les prostatiques qui, conservant une quantité de résidu dans leur vessie, seraient d'une puissance étonnante, ce qui n'est pas la règle, bien au contraire.
Les causes de l'érection matutinale et aux derniers instants du sommeil ont une tout autre cause. J'ai connu un boulanger qui ne pouvait dormir que le jour et qui était impuissant en apparence. Une érection apparaissait au moment de son réveil, c'est-à-dire qu'elle était amenée par le rêve, donc inconsciente.
Tous les individus qui souffrent d'impuissance psychique sont sous la domination d'obstacles; Leur sexualité est dominée par la force et l'impression d'une invisible interdiction qui les paralyse, ils luttent toute la nuit contre elle, puis le rêve leur offre la solution à cette gêne. C'est seulement au réveil, lorsque le mental de la nuit a marqué son empreinte, que cette situation est considérée comme un réflexe sexuel. C'est ce phénomène tout particulier que Freud a nommé : Régression, le rêve étant à son apogée le jour, puis de plus en plus enveloppant la nuit.
C'est toujours un retour sur le passé lointain, une régression sur l'enfance et sur toutes les sources de la génitalité, qu'il ne peut freiner étant éveillé par une censure morale quelconque. Les obstacles ne seront surmontés que lorsque le rêveur se trouvera dans une situation puérile où plus aucune contradiction ne subsistera. S'il ne surmonte pas les embarras présents il sombrera encore plus profondément dans le rêve et s'éloignera de la réalité.
Il atteint alors cette réalité et comprend tous les désirs qu'il était seul à bannir de ses espérances. Les songes qui encouragent cette érection et qui masquent le véritable sens de sa sexualité sont vite oubliés, il ne s'en souvient plus, ou tout à fait par hasard de leur but imaginaire.
J'ai connu un homme en apparence impuissant, son attrait étant pour les hommes, ayant une vive attirance homosexuelle inconsciente, les femmes le laissaient indifférent Il rêvait fréquemment, avait des érections et des mixtions, tout en ignorant le contenu de ses songes. A ma demande de me les décrire au réveil (sans que je lui ai fait une allusion quelconque à ses tendances pédérastes) il m'en fit part d'un très curieux, exclusivement homosexuel. Ceci n'est qu'un exemple entre mille. Les érections matutinales étaient la suite d'une lutte entre ses prédispositions et leurs obstacles. Ayant eu dans son enfance des rapports avec un jeune ami inverti, il en refoulait le souvenir en l'évoquant inconsciemment par cette érection.
L'érection matutinale est la signature de limpuissance psychique et confère le diagnostic certain de la nécessité de la psychothérapie.
C'est la question que nous voulons résoudre en premier lieu. Nous apprenons que fort souvent l'érection dura toute la nuit, ou bien n'est apparue que le matin, qu'elle est plus rare depuis quelque temps ou plus fréquente, ce qui est très important dans la solution des souffrances ressenties, car un grand nombre de ces impuissants s'adonnent alors à l'onanisme en s'éloignant ainsi de la femme. Selon que ces érections se produisent le jour ou la nuit il y a un trouble organique certain de l'impuissance, il faut éviter alors tout traitement local. Je sais que Freud fait suivre consécutivement ses malades par un urologue, ce que je considère comme une grosse erreur, en éloignant les chances d'une guérison possible et en masquant le processus morbide. Chaque impuissant psychique doit être soigné uniquement psychiquement.
Une autre énigme très importante est de savoir si le manque dérection du matin ou sa parution sont un signe certain que lon na pas affaire à un impuissant mental.
Je répondrai par un Non catégorique. Il y a des névropathes chez qui les rêves matinaux sont au contraire un frein, et ainsi les tendances ascétiques surpasseront l'impulsion. Je connais des individus qui n eurent aucune érection pendant des années et chez qui toute sexualité semblait disparue, je dis semblait, car ils s'extériorisaient dans les plus divers symptômes polir réaliser leurs songes physiques, consciemment ou inconsciemment. En supprimant toute contrainte par l'analyse, la faculté sexuelle réapparaissait dans toute sa force, parfois tellement tumultueuse que les malades en étaient effrayés, se conférant alors des instincts satyriques. « Je peux très bien freiner mes érections, me disait l'un d'eux, cela ne dépend que de ma volonté. »
Il ny a pas danaphrodisme congénital (Eulenbourg). Les observations dans ce sens de Krafft-Ebing, Hammond, Rohleder, Forel et Löwenfeld ne sont pas concluantes, car il y manque la base psychanalytique. Il en est de même pour l'infantilisme psychosexuel dans lequel l'attrait génital ne fait pas défaut. Comment cela se pourrait-il ? L'enfant est-il plus sexuel que l'adulte ?
La constatation d'absence d'érection jusqu'à cinquante ans n'est pas la preuve d'un diagnostic d'impuissance organique; nous en fournirons plus loin divers exemples. J'ai soigné un impuissant de soixante ans, qui avait jusqu'à quatorze érections nocturnes. Le traitement consista à éloigner des soucis hypothétiques et spontanément les nuits redevinrent calmes.
Il n'y a pas de manifestation physique qui soit plus facilement troublée par la représentation d'entraves, or rien n'est plus inconscient que cet effet. Les motifs connus ne sont pas aussi nocifs et ne conduisent que très rarement à l'impuissance. Un grand nombre d'hommes qui ont le dégoût des prostituées sont impuissants auprès d'elles. Elles le savent et sont persuadées que ce fait est inexistant avec d'autres femmes.
L'homme ignore que ces obstacles sont à la base et à lorigine de ses troubles psychiques. L'idée que « Je suis un impuissant! » agit comme auto-suggestion. Au prochain essai, avant l'acte, il pense déjà « Pourrai-je faire l'amour ? » Il doute, craint un mépris, et devant cette expectative l'appréhension agit automatiquement avec plus d'acuité que n'importe quel frein. Ces phénomènes grandiront de plus en plus et alors nous trouvons le type classique de l'impuissant psychique qui en rend responsable la partenaire lui enlevant toute libido. Si les causes réelles angoisse, hésitation sont supprimées, il y aura guérison immédiate.
Les malades les plus facilement curables sont ceux qui viennent nous consulter après le premier, ou un des tout premiers échecs. Une simple explication qui les étonne on un traitement d'analyse psychologique seraient une faute primordiale, car ce procédé exaspère les malaises et agit comme gêne dans les moyens curatifs. L'idée fixe : « Je suis impuissant » s'incrustera et chaque essai de thérapeutique sera une nouvelle expérience pour le médecin. Nous savons bien aujourd'hui combien la lutte inconsciente entre le malade et le médecin est importante pour le résultat final. Des patraques deviendront des malades pour mortifier le médecin et lui enlever sa réputation, pour ne pas lui laisser la satisfaction de la guérison.
Un grand nombre d'hommes veulent continuer un traitement, car il ne fut que « passager », et ils en sont persuadés. C'est parfois un amour pour le médecin, dont le contact leur apparaît plus efficace que celui de la femme. L'idéal pour la guérison de l'impuissant psychique est « plus le résultat est rapide, plus il est certainement durable ».
Nous ne devons pas parler à la légère des résultats momentanés, comme le font en générale les psychiatres qui conseillent aux malades d'aller trouver des prostituées pour obtenir une satisfaction passagère, leur faisant ainsi croire à une guérison définitive. Bientôt, après quelques semaines, les soucis passés réapparaissent. Chaque cas doit être pris à part, il faut déceler les causes pour lesquelles une analyse spéciale en dépend. La différenciation entre les cas fugaces et les cas graves implique une compréhension et une compétence extrêmes du psychiatre.
Nous allons vous présenter quelques exemples d'impuissances passagères dans lesquelles les bases psychiques font défaut, elles étaient pourtant prépondérantes. Parfois on se trouve en face dun dissimulateur, mais on arrive rapidement à le confondre quand il est devant le neurologue. Je sais bien qu'il y a peu d'individus absolument normaux, mais il faut tenir compte. des prédispositions à la névrose. J'ai déjà dit que les cas les plus simples sont ceux où l'on peut suggérer la suppression de l'obstacle passager « Tu es impuissant ! ». En voici un exemple probant
Exemple : M. J. B., trente-deux ans, voyageur; marié depuis quatre ans, était tout à fait normal jusqu'à ces derniers mois, il n'avait jamais eu à se plaindre de troubles ou d'irrégularités génitales et durant un long voyage l'abstinence prolongée lui fut pénible. Il alla au lupanar jus qu'à son mariage et n'avait connu que des prostituées. Il était totalement fidèle à sa femme et en voyage, aurait toujours surmonté et vaincu, ses désirs sexuels. Une fois pourtant après des libations il ne put se dominer, retourna au bordel qu'il fréquentait jadis et choisit une fille très sympathique. Contre toute attente il fut totalement impuissant. Il recommença le lendemain avec une autre femme et il en fut de même.
Dans son inquiétude il se demandait: « Suis-je devenu impuissant ? » Il fit un retour en arrière sur sa prime jeunesse et se souvint d'un onanisme passager pour lequel un médecin lui avait prédit : « Si vous n'abandonnez pas cette masturbation, voua deviendrez un jour impuissant. » La prophétie se réalisait ! Il consulta un médecin qui rejeta ces troubles sur sa manie passée, lui fit une ordonnance de lohimbin qu'il prit consciencieusement, mais il n'en obtint aucun résultat. il devait suivre aussi un traitement électrique, mais ses fréquents déplacements en empêchaient la régularité. Il se fit traiter à Vienne, attendant avec impatience son retour au foyer pour retrouver sa femme et se rendre compte ainsi s'il serait impuissant auprès d'elle.
Il était tellement énervé au retour que sa femme ne put sempêcher de lui dire « Mais qu'as-tu donc? Tu me sembles tout à fait changé. » Il se coucha avec appréhension et ne put remplir son devoir conjugal. A ses excuses sa femme répondait : « Ne t'en fais pas ! »
Après plusieurs essais infructueux, persuadé que lorigine en était l'onanisme passé, il vint me consulter. Lors de son exposé, je lui posai la question suivante:
- Aviez-vous des idées préconçues en allant au bordel ?
- Pas du tout, j'y suis allé éprouvant des désirs charnels.
- Vous êtes-vous fait des reproches, mentalement ?
- Oui, un instant, en songeant: « Tu es un sale individu. Ta femme te soigne, tu trouves auprès d'elle toutes les satisfactions et tu la trompes d'une façon indigne »
- Voyez-vous, ces pensées agissaient inconsciemment, de toute leur force, sur le frein moral; vous craigniez peut-être aussi une contamination possible?
- Oui..., vous me rappelez que j'y ai pensé. « Que deviendrais-tu si tu contractais une infection quelconque? » J'ai un ami à qui il est arrivé une aventure.
- Voulez-vous me la conter?
- Elle n'est pas à sa place ici.
- Au contraire, elle est tout à fait indiquée, racontez-la moi.
- Eh bien f mon ami rentrait chez lui après avoir rencontré une fille publique. il fut assez inconséquent pour avoir des rapports avec sa femme, au retour, ne se doutant absolument pas qu'il était contaminé. Ce fut le drame, sa femme tomba malade, le médecin découvrit qu'il était aussi malade et contagieux.
- Vous avez inconsciemment évoqué cette catastrophe lorsque vous fûtes chez les prostituées, les reproches mentaux et la crainte d'une maladie vous hantaient en pensant: « Il ne faut pas avoir de rapports avec cette fille f
Mais votre cerveau dominait votre moelle épinière, c'est-à-dire votre désir, et ce furent des obstacles moraux qui freinèrent votre érection.
- Cela se peut, yen conviens même, car je pensais : « Tu devrais te réjouir de cette incapacité. Qui sait si tu n'aurais pas contracté aussi une maladie? » Mais pourquoi en est-il de même avec ma femme?
C'est parce que vous avez forgé dans votre inconscient cette idée : « Tu es impuissant ! », ce qui vous confère inquiétude et doute, en vous demandant: « Serait-ce pour aujourd'hui ou non? »
Ces suppositions sont très dangereuses, pour un réflexe aussi fragile que le coït, cet acte devant s'exercer sans la moindre aide, sans aucune considération intellectuelle. Il ne faut à ce moment ni réfléchir, ni ne rien craindre, ne pas hésiter; ce doit être une attraction naturelle sans apport d'artifice quelconque.
- Je comprends, mais ne croyez-vous pas que les suites de cet onanisme ne sont pas seules en cause ?
- Non, je ne crois pas à la nocivité de la masturbation. Pendant combien de temps l'avez-vous pratiquée?
- De douze à seize ans.
- Avec quelle fréquence ?
- Une ou deux fois par semaine.
- Pas plus? Alors son influence est inexistante. Peu importe que vous ayez débuté avant ou après seize ans, puisque vous avez pu faire l'amour à cette époque sans aucun trouble et en particulier avec des prostituées, ces phénomènes ne sont apparus que par la force de votre imagination, et s'effaceront de même.
- Que dois-le faire, docteur?
- Rien du tout! Accomplissez tranquillement votre tâche, je vous certifie que vous guérirez et que vous retrouverez foutes vos facultés génitales; mais supprimez de tels essais en dehors de votre foyer, car vous avez pour cela une trop grande sensibilité.
- Je veux bien en convenir, mais nous autres voyageurs nous sommes des insouciants, on en trouve rarement qui soient fidèles à leur femme. Je le fus durant quatre ans et fus blagué par mes collègues, puis contre ma volonté je fis comme eux.
- Il ne faut jamais agir contre son gré, vous en avez la preuve et le châtiment et une punition sont venus deux-mêmes.
Le lendemain, le malade revenait rayonnant; les troubles avaient cessé et le résultat fut durable.
Par cette histoire d'un malade, nous apprenons que les « à-côtés » de la représentation : « Tu es un sale individu... Tu peux attraper la syphilis... » agissent comme obstacles, bien plus profonds que l'idée qui en découle : « Je suis impuissant. »
L'affirmation des médecins incriminant l'onanisme exacerbait encore la conviction : « Tu es impuissant ! » en faisant barrage à l'érection. C'est un fait fort curieux que ces, malades se rendent responsables en rejetant leurs troubles sur une masturbation passée. L'onanisme est un réservoir inépuisable à toutes les excuses passées et présentes.
Dans un article De l'Onanisme larvé (Uber larvierte Onanie) que j'ai traité dans mon volume: Onanisme et Homosexualité, j 'ai développé le peu d'influence que confère cette manie. Löwenfeld s'est très violemment dressé contre mes théories, et a lutté contre mes affirmations que l'onanisme n'a aucun rapport avec la puissance génitale.
Il prétend que les cas que j'ai publiés sont des exceptions. Voici ce qu'il écrit : « Je dois m'étonner que l'onanisme étant très fréquent, il soit tenu pour possible d'être sans effets morbides sur les facultés sexuelles, ne puisse entraver la capacité d'érection et le développement de sa fonction. »
Löwenfeld ne constate que l'onanisme et non les forces occultes qu'il masque toujours. Je n'ai pas émis ces prétentions à la légère et sur un cas isolé, car mes convictions dérivent d'études approfondies sur un matériel innombrable. Si un individu se masturbe parce qu'il a des idées dassassinat ou de nécrophilie, l'onanisme ne peut être mis en cause dans l'impuissance qui suivra, mais certainement comme obstacle à des chimères sadiques ou nécrophiles qui accompagnent cet acte.
Je ne suis pas un ami des discussions scientifiques, les convictions se superposent aux convictions, les contradicteurs s'en emparent; mais si je m'attarde sur l'article de Löwenfeld: De l'Onanisme, c'est parce que, à mon point de vue, il est le médecin le plus représentatif de la théorie concluant au rapport intime de limpuissance par la masturbation et la spermatorrhée. Le nombre de praticiens ayant les mêmes convictions est incalculable et dans chaque manuel on y découvre ces folles erreurs.
Or je ne puis exiger qu'un neurologue averti tel que Löwenfeld abandonne toutes ses convictions après la lecture d'un de mes articles et dire que cet acte est absolument sans danger, mais je veux insister sur l'interprétation individuelle et, dans ce but, le sujet proposé : Onanisme et Puissance sexuelle me semble tout indiqué. J'ai à plusieurs reprises prouvé que l'onanisme n'a aucune influence; Löwenfeld est convaincu du contraire et dit : « ... L'auteur prétend avec Guttzeit qu'il n'y a aucun rapport entre l'onanisme et
la faculté sexuelle, connaissant des hommes qui se masturbent depuis cinquante ans sans aucun trouble génital. Si cela se produit parfois, il s'agit de cas exceptionnels démontrant à quel point sont variables les capacités et les réflexes génitaux. En dehors des chocs pathologiques causés par cet abus il n'y, a pas d'autre incident possible. »
Une autre réflexion l'amènera à conclure : « La capacité d'érection ne peut être troublée par la masturbation, ni en évincer la faculté normale, ainsi que le prouvent mes écrits et les exemples qui les accompagnent. »
Tout ce quon peut raisonnablement attendre des parents est quils fassent de leur mieux pour leurs enfants. Le reste ne dépend que deux.