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Deux caractères expliqués par la psychanalyse

(Wilhelm Reich)

La structure du Ça

Le caractère génital a accédé pleinement au stade génital postambivalent, le désir d'inceste et le désir de supprimer le père (la mère) ont été abandonnés, l'intérêt génital a été reporté sur un objet hétérosexuel qui ne représente pas - comme c'est le cas du caractère névrosé - un objet d’inceste actuel, mais qui en a pris la place. Le complexe d’œdipe a perdu son existence actuelle, il s'est « évanoui»; il n'a pas été refoulé mais se trouve libre de tout investissement.

Les tendances prégénitales, telles que l'analité, l'érotisme oral, le voyeurisme, etc., ne sont pas refoulées mais en partie ancrées dans des sublimations culturelles, en partie satisfaites dans les actes du plaisir préliminaire ; de toute manière, elle sont subordonnées à la génitalité.

L'acte sexuel est l'objectif sexuel le plus important et qui procure le plus de plaisir. L'agressivité, pour sa part, est également sublimée en activités sociales dans la mesure où elle ne fait pas partie intégrante de la génitalité normale elle n'aspire en aucun cas à être satisfaite d'une manière directe et exclusive. Cette distribution des forces pulsionnelles forme la base de la satisfaction orgastique qui, il est vrai, ne peut être réalisée que dans la zone génitale, mais qui apaise aussi les tendances prégénitales et agressives.

On peut estimer que la satisfaction est d'autant plus vive, la stase libidinale d'autant moins gênante, que le nombre des désirs prégénitaux refoulés est limité, ce qui garantit une meilleure communication entre les deux systèmes, celui de la prégénitalité et celui de la génitalité.

Le caractère névrosé, par contre, est incapable d'une libération orgastique de sa libido flottante et non-sublimée. Pour les raisons suivantes, il est toujours plus ou moins impuissant sur le plan orgastique: les objets incestueux sont actuellement investis ou la libido correspondante s'épuise dans des formations réactionnelles.

Si le malade connaît une forme ou une autre d'activité sexuelle, leur caractère infantile saute aux yeux : la femme représente la mère ou la sœur, les relations amoureuses portent la marque de toutes les angoisses, inhibitions et particularités des relations d'inceste infantiles, La primauté génitale n'est pas établie, ou bien la fonction génitale est dérangée par la fixation incestueuse. Le malade pratique la continence, ou se contente d'actes préparatoires.

Ainsi s'installe un cercle vicieux : la fixation infantile entrave la fonction orgastique, ce qui provoque, par ricochet, la stase libidinale ; la libido ainsi accumulée intensifie les fixations prégénitales ; et ainsi de suite.

Comme conséquence de la prédominance de la prégénitalité, les pulsions libidinales envahissent les activités culturelles et sociales, ce qui provoque de nouveaux troubles du fait que ces activités sont associées à des pulsions refoulées et interdites ; dans certains cas, comme dans la crampe du violoniste, elles prennent même le caractère d'une activité sexuelle déviée. La composante libidinale de l'activité sociale n'est pas disponible puisqu'elle se trouve refoulée du fait de son association avec des objectifs instinctuels infantiles.

La structure du Surmoi

Le Surmoi du caractère génital adopte face à la sexualité une attitude positive; pour cette raison même, une harmonie profonde règne entre le Ça et le Surmoi. Puisque le complexe d’œdipe n'est plus occupé, le contre-investissement du Surmoi est devenu superflu.

Sur le plan pratique, on peut dire qu'il n'existe pas d'interdictions d'ordre sexuel au niveau du Surmoi. Le Surmoi ignore le sadisme non seulement pour les raisons indiquées ci-dessus, mais aussi parce que l'absence de toute stase libidinale évite l'activation des tendances sadiques.

La libido génitale qui bénéficie de satisfactions directes ne se dissimule pas dans les aspirations du Moi idéal. Pour cette raison, les réalisations sociales ne se présentent pas, comme dans le caractère névrosé, en premier lieu comme des preuves de puissance, mais elles procurent à leur auteur des satisfactions narcissiques naturelles sans aucune fonction compensatoire.

Comme la puissance n'est nullement amoindrie, il n'y a pas de sentiments d'infériorité. Le Moi idéal et le Moi réel se ressemblent, ce qui se traduit par une absence de tension.

Le Surmoi du caractère névrosé, par contre, se signale par une attitude négative face à la sexualité; par conséquent, le Ça et le Surmoi sont en conflit l'un avec l'autre. Comme le complexe d’œdipe n'a pas été surmonté, l'interdiction de l'inceste qui forme le cœur du Surmoi reste pleinement en vigueur et empoisonne toutes les relations sexuelles.

Les refoulements sexuels et la stase libidinale qui en résultent intensifient les pulsions sadiques qui se manifestent, entre autres, par une moralité brutale. Comme de tels caractères souffrent d'un sentiment d'impuissance plus ou moins conscient, les réalisations sociales revêtent d'abord la valeur de preuves compensatoires du maintien de la puissance virile, ce qui n'empêche nullement la formation de sentiments d'infériorité.

De toute façon, la compensation sociale considérée comme preuve de puissance ne saurait remplacer le sentiment de puissance génitale ; c'est pourquoi le caractère névrosé est incapable de se défaire d'une sensation de vide intérieur et d'incapacité foncière, quelques efforts compensatoires qu'il fasse. Ainsi, il se trouve que les exigences positives du Moi idéal sont en constante augmentation tandis que le Moi, impuissant et paralysé par ses sentiments d'infériorité (impuissance et Moi idéal élevé), s'affaiblit de plus en plus.

Tout ce qu’on peut raisonnablement attendre des parents est qu’ils fassent de leur mieux pour leurs enfants. Le reste ne dépend que d’eux.


 

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