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L'amour chez les humains nécessite un Moi fort

(Michael Balint)

Je me propose de passer sous silence toutes les conséquences pathologiques intéressantes de cette théorie, à l'exception d'une seule. L'angoisse principale liée à cette situation est celle de perdre l'attitude de maturité et de ne plus pouvoir la retrouver par la suite.

Dans ces cas, la maturité est essentiellement une défense contre le désir d'être un enfant, ce qui signifie en retour que ces personnes ont eu beaucoup de mal à acquérir la maturité et que, de ce fait, elles ne peuvent pas s'abandonner. Tout plaisir prégénital est puéril, répugnant, rebutant, voire méprisable à leurs yeux; elles ne peuvent pas renoncer à leur « dignité d'adulte », elles n'osent pas perdre la tête pendant ou avant l'orgasme.

Chacun sait que trois dangers menacent habituellement un Moi faible:

a) la psychose, soit transitoire comme dans l'état d'angoisse aigu, soit chronique comme dans la paranoïa ou l'hallucination schizophrènique

b) l'intoxication, soit aiguè comme dans l'état d'ivresse, soit chronique comme dans l'état d'assuétude 

c) l'état amoureux. Tous les poètes, depuis la nuit des temps, savent que ces trois états sont étroitement liés, ils parlent souvent de l'amour comme d'un état qui rend fou ou enivre.

Le fondement psychologique de la ressemblance est le danger d'un effondrement de la structure du Moi. Le Moi doit être fort pour faire face à ce danger avec sérénité, fier de sa confiance en son pouvoir de sortir indemne de n'importe quel danger, voire d'en être stimulé et rénové.

En résumé : l'« amour génital» chez l'homme est vraiment mal nommé. L'amour génital au vrai sens du terme n'existe que chez les animaux qui évoluent en droite ligne et sans déviation du comportement infantile vers la sexualité génitale mature, et puis meurent.

L'homme, cet embryon néoténique, n'atteint jamais la maturité complète; il demeure un embryon quant à sa structure anatomique, son comportement affectif envers ses aînés et supérieurs - et son comportement amoureux. Ce que nous appelons « amour génital» est une fusion d'éléments disparates la satisfaction génitale et la tendresse prégènitale.

L'expression de cette fusion est l'identification génitale, et la récompense pour avoir supporté la tension inhérente à cette fusion serait la possibilité d'une régression périodique, pendant quelques instants de bonheur, à un stade réellement infantile, sans épreuve de réalité, au rétablissement de courte durée d'une union complète entre microcosme et macrocosme.

Tout ce qu’on peut raisonnablement attendre des parents est qu’ils fassent de leur mieux pour leurs enfants. Le reste ne dépend que d’eux.


 

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